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#1 11-04-2007 18:43:17

irajonas
Rédacteur
Lieu: Meyrargues (13)
Date d'inscription: 09-04-2007
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ACTE 1 : Chaos

Bonjour à tous, c'est mon premier post du côté de Jerichofr. J'ai posté une fic sur un autre forum. Je l'ai divisé en deux parties pour la poster ici :

La 1ere, celle sur laquelle je travaille le plus :

Chaos : Dans cette histoire, les attaques nucléaires sont internationales. Dans le Sud de la France, Jonas sauve in extremis une de ses amies juste avant que la ville ne disparaisse en fumée. Malin de nature, Jonas essaie de se dépêtrer dans ce nouveau monde, isolé dans un village (fictif) dénommé "La Croisée".

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Part 1 : Journal télévisé
Sud-est de la France,
02h18 Heure Française


Je griffonnai sur le papier les informations que j'avais entendues à la télévision pendant la quasi totalité de la matinée. Une carte avait été affichée à l'écran, montrant les villes américaines touchées.
Le nombre était effrayant. Tout contact avec les Etats-Unis avait disparu quelques heures auparavant. Des avions militaires français sont partis du pays pour survoler les USA.
On a perdu contact quelques minutes plus tard.
Dans mon carnet, j'avais noté les villes que j'avais eu le temps de retenir. J'y comptais Washington, Los Angeles, Atlanta, Dallas, Saint Louis, Detroit et Minneapolis. Personne n'avait revendiqué les attentats.
Tout le monde chez moi était bloqué devant la télé. Pour la première fois, nous étions entièrement concentrés sur les infos. Nous qui, d'habitude, ne les regardions jamais. D'habitude, je me servais du Web, mais les réseaux étaient soit saturés, soit coupés.
Il n'y avait pas que la famille chez moi. Il y avait mon père, ma mère, ma petite soeur. Il y avait aussi les voisins d'en face, qui avaient la trentaine, et qui étaient d'habitude plutôt réservés. Il y avait nos voisins directs, qui étaient les boulangers du village, et à qui, d'habitude, je n'adressais jamais la parole (ils avaient laissé leur doberman me courir après, deux ans avant).
« - Qui a pu avoir une idée aussi tordu? Demanda le boulanger.
Les Etats-Unis sont une bonne cible pour tous le monde. Dès qu'on a le pouvoir, on devient tout de suite vulnérable, même avec des protections comme les leurs, répondis-je.
- Ils ont des satellites qui peuvent te retrouver n'importe où sur Terre, Jonas, me contredit mon père. Ils pouvaient pas ne pas le voir.
- Alors qu'est-ce que ça veut dire, hein? Qu'ils se sont eux-mêmes attaqués? Rétorquai-je. »
Je refermai le carnet et le passai dans ma poche intérieure. Les médias coupèrent les rediffusions en boucle des attentats pour annoncer un flash d'infos.
« - Les forces des Nations Unies se sont déployées de part le monde, craignant qu'une catastrophe d'une telle envergure n'affecte d'autres pays. Les nouvelles, je le crains, sont plus mauvaises que jamais. »
D'autres pays... Je me laissai m'effondrer dans le fauteuil. Alors que les cartes défilaient, montrant Jerusalem, Kyoto, Bombay, victimes elles aussi, d'attaques nucléaires.
Jamais je n'avais rencontré une peur telle. Je me sentais entièrement paralysé. Je courus dans ma chambre et tentai à nouveau de me connecter à internet. Mais rien ne répondait.
J'insistai. Encore, et encore, mais rien. Et j'eus comme une sorte de pressentiment.
Je sortis mon téléphone portable et appelai une amie sur Paris. Aucune tonalité ne résonna.
« - Non, non, non... »
Le pressentiment se fit chaleur, la chaleur se fit opressante. Comme quand on sait que quelque chose de grave, de très grave, va arriver, et que malgré le fait que ce soit inévitable, on s'évertue à croire qu'on peut y échapper.
J'appelai un pote sur Aix en Provence. Toujours aucune tonalité. Lorsque je revins dans la salle à manger, les larmes aux yeux par la nervosité, mon père était penché à l'arrière de la télé, triturant les fils électriques. L'écran n'affichait que des parasites.
Je sentis ce pressentiment devenir une horrible réalité.
Je pris les clefs de la voiture sur le rebord de la cheminée et courus à l'extérieur. Je crois que j'agissais sous l'adrénaline, incapable de réfléchir.
« - Jonas, me fit ma mère. »
Je la regardai un instant dans les yeux, puis sans un mot, je courus dehors. Je montais dans ma voiture, tournai directement les clefs. Puis je partis au quart de tour, entendant la voix de ma mère, sortant à son tour de la maison, me hurler:
« - Jonas, reviens! Jonas! »
Mais j'étais déjà parti. Je sentais qu'il fallait que je parte maintenant. Qu'il fallait que j'aille les chercher maintenant. Quelle intention me poussait à agir? Impossible à le savoir. Trop de trucs en tête. La vie était tranquille, encore hier. Je n'étais qu'un lycéen, en étude littéraire. Un pauvre imbécile qui avait raté sa vie par avance, et dont le quotidien n'était qu'une succession d'échecs et de maladresses.
Je n'étais pas fait pour prendre des initiatives. Je n'étais pas fait pour jouer les héros. Je n'étais pas vraiment fait pour cette vie.
Mais quelque chose me poussait à partir en direction d'Aix en Provence. De les retrouver, et de les emmener avec moi.
Je craignais qu'il ne soit trop vite trop tard...

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Part 2 : Boulevard Carnot
02h42 Heure Française


La peur, omniprésente, me tenait éveillé.
J'espérais me tromper. Profondément en moi, j'espérais avoir tort. J'espérais que mon intuition était mauvaise.
Mais je n'avais pas le droit au doute. Si j'échouai, les seuls amis que j'avais encore aller mourir.
A cette heure de la nuit, la circulation devait être inexistante sur le boulevard périphérique. Trop enclin à sombrer dans la panique, je pris le boulevard Carnot en sens inverse. Pour gagner du temps.
Trois voitures, sur ma route, me klaxonnèrent, alors que je les évitais presque en criant.
En sueur. J'étais dans une sorte d'état second. Le souffle qui poussait une accélération si violente, que j'étais à deux doigts de l'hyperventilation. Je regardai mon téléphone portable, espérant que, par miracle, le réseau soit rétabli, et qu'Alice m'appelle.
Je tournai dans la rue et arrêtai la voiture devant l'immeuble. Alors que j'ouvrais la portière, je vis, dans le conteneur de l'accoudoir, mon vieux cran d'arrêt. Celui que je laissais dans la voiture. « Au cas où ». Je le pris et le glissai dans ma poche.
J'ouvris la porte de l'immeuble d'un coup brusque, si brusque que je crus que la vitre en allait se briser. Sur l'interphone, je sonnai à répétition chez Alice. Instinctivement, je regardai derrière moi, comme si je m'attendais à voir l'Enfer s'ouvrir devant mes yeux, en commençant par me montrer ses flammes.
Comme ça ne répondait pas, j'appuyais comme un fou sur le bouton.
« - Alice! Hurlai-je. Merde, Alice, répond, répond!
-Kisaksé? Grommela une voix endormie dans l'interphone.
- Alice ! Tu es réveillée? C'est Jonas?
- Jo... mais kestufou? Baragouina-t-elle. C'est trois heures du mat', ma soeur est endormie...
- Alice, ecoute moi, réveille ta soeur, habille-toi vite et descend !
- Jo, qu'est-ce qui t'arrive?
- Alice, par pitié! »
Je regardai la rue. Je vis une camionnette passer, entourer de deux alfa romeo grises. Ce furent les dernières voitures que je vis.
« - Tu regardes jamais les infos? Les attentats, c'est pas qu'aux Etats-Unis, il y en a eu au Japon, et en Inde... Alice, j'ai peur que ça n'arrive ici! »
De toute évidence, elle me prit pour un fou et préféra raccrocher. Plus que coléreux, carrément hors de moi, je levai le pied et frappai dans la porte du sas.
Elle résista à un coup. Deux coups. Au troisième, elle s'ouvrit avec fracas.
Je montai à toute vitesse les escaliers, le visage brûlant. Je martelai alors la porte de l'appartement, en hurlant :
« -Alice! Alice! »
Elle m'ouvrit, et m'apparut, le visage crispé par la lumière du couloir.
« - Jo, t'es con ou quoi? »
Je lui pris le bras et la tirai dans le salon, alors qu'elle me criait dessus. Je refermai la porte derrière nous, et lui pris la tête entre les mains.
« - Alice, combien de fois tu m'as vu comme ça?
- Jo...
- Combien de fois, Alice? »
Elle tenta de se dégager de mes bras, mais je la retins. Elle insista. Et moi aussi.
« - Combien de fois? Répétai-je. »
Elle renonça, et leva les yeux vers moi. Elle me répondit alors, après deux secondes de silence:
« - Jamais.
- Peut-être que je me trompe, et je l'espère, mais viens avec moi. Viens chez moi, juste pour cette nuit. »
Je m'étonnai alors.
« - Au fait, ta mère n'est pas là? Demandai-je.
- Naan, elle est partie à Toulon, j'suis seule avec ma soeur...
- Ok. Réveille Céleste, prends des vêtements, et suis moi.
- Jo...
- Alice, par pitié ! Juste pour cette nuit. Juste au cas où. »
Elle me regarda dans les yeux. J'ai une sorte de peur du regard. Je ne regarde jamais personne dans les yeux. Jamais, à moins d'avoir une bonne raison d'insister.
Et là, je décidai d'insister. Elle qui me connaissait mieux que personne, comprit, ou fit semblant de comprendre, que je pouvais avoir raison. Elle grogna et ala réveiller sa soeur, qui avait onze ans. Celle-ci me regarda avec des yeux un peu haineux, comme si j'avais commis le pire des crimes en la réveillant. Alors que j'attendais devant la porte, Alice rassemblait des affaires.
« - Tu me laisses le temps de me changer? Me demanda-t-ell.
- On n'a pas le temps. Désolé. »

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Part 3: Le choc
03h13 Heure Française


Alors que je prenais la route pour rejoindre La Croisée, j'entendis une explosion, et sentis une sorte d'onde de choc faire trembler la route. Je donnai un coup brusque du volant, et la voiture partit dans le décor, entre deux platanes. Céleste et Alice hurlèrent de terreur, tandis que la voiture se fichait dans une haie violemment. Le choc était mince. Suffisant pour la surprise, et l'adrénaline, mais pas assez pour nous blesser. Après quelques secondes dans lesquelles j'étais plongé dans un état second, je regardai Alice, et me tournai vers l'arrière pour m'assurer que sa petite soeur allait bien.
« - Tout est ok? Demandai-je.
- A part mon coeur qui bat à deux cent à l'heure, oui... »
J'essayai de redémarrer le moteur, qui avait calé. Impossible. Je frappai le volant, et ouvris la porte violemment. Rapidement, Alice et Céleste firent de même.
« - On fait quoi? Me demanda Céleste.
- Je sais pas, répondis-je en baissant la tête vers elle. Je... »
Alors que j'étais au milieu de la route, le regard dirigé vers Les Platanes, je vis le nuage.
C'était une faible charge. Beaucoup plus faible qu'Hiroshima. Suffisamment pour faire exploser le centre, et embarquer dans le souffle la ville entière, et une partie des villes limitrophes. Dans le reste, il n'y eut qu'une onde de choc.
Je n'avais jamais imaginé que je verrais un jour ce genre d'image. Et encore moins d'aussi près. J'eus envie de tomber à la renverse. Céleste se mit à pleurer, et Alice la plaqua contre elle, lui tournant la tête, lui cachant l'image de ce champignon géant.
- On aurait pû mourir avec ça, me fit simplement Alice.
- C'est.... c'est... »
Je retins mes larmes, pris une profonde inspiration.
« - Aix est une petite ville par rapport à toutes celles qui ont été bombardées. C'était une petite charge. On est assez loin pour ne pas subir le souffle de l'explosion. Mais à quelques minutes près, on aurait... »
Je ne trouvai rien à dire, je me tournai vers mon amie. Je crois que ce fut à partir de cette seconde qu'elle se mit à me détester.
Parce que son copain était de l'autre côté d'Aix en Provence, et qu'à ses yeux, je venais de la séparer de lui. Définitivement.
« - Alice, on doit avancer. »

Je posterai la suite plus tard (suspens oblige).

C'est pour l'instant très calme, mais je mets tout ça en place.

I'J'

Dernière modification par irajonas (05-04-2008 18:31:12)


Nuts !

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#2 11-04-2007 19:24:26

DJo
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Re: ACTE 1 : Chaos

Clap Clap Clap ! tongue

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#3 11-04-2007 22:07:52

Ouark
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Re: ACTE 1 : Chaos

Passionnant big_smile

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#4 11-04-2007 23:07:14

koala
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Re: ACTE 1 : Chaos

pas mal du tout irajonas!
en tout cas, tu as un bon coup de crayon!
Chapeau tongue

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#5 11-04-2007 23:32:52

irajonas
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Re: ACTE 1 : Chaos

Part 4 : Le centre auto
03h58


  J’entrai la clef  dans la serrure de la porte, jetant un regard furtif derrière nous. Alice tenait sa sœur entre ses bras. Celle-ci dormait à poings fermés.
« - Jo, qu’est-ce qu’on fait, exactement ? »
  J’ouvris la porte et lui fis signe d’entrer.
« - On passe la nuit dans un endroit sûr. »
  J’allumai les lumières, et le hall sortit de l’ombre. Le carrelage blanc était presque aveuglant. J’éteignis l’alarme, et fermai la porte derrière Alice qui entra, découvrant mon lieux de travail.
« - C’est là que tu bosses, fit-elle simplement.
- Ouaip. »
  Je fermai la porte à clef et m’avançait dans le hall, dans lequel étaient exhibées différentes voitures, de toutes marques, et de tous modèles.
  Il n’y en avait pas des masses. Un 4x4, une fourgonnette, des berlines, des citadines. Je pris les clefs de la fourgonnette, et ouvrit la porte arrière latérale. Je me retournai, le visage impassible, pour parler à Alice. Ce que je lui avais fait ce soir, était à double tranchant.
  Je lui avais sauvé la vie. Et je l’avais condamnée à vivre sans l’homme qu’elle aime. Sans savoir même s’il était vivant. Quelle allait être notre vie, maintenant ? Maintenant… maintenant que « ça » était arrivé ? Combien de temps allait-il falloir à Céleste pour effacer de sa mémoire le champignon nucléaire ? Ou même pour seulement pouvoir vivre avec le souvenir de cette image ?
  Qu’est-ce que j’avais fait ? Est-ce que j’avais seulement sauvé deux vies ? Est-ce qu’il y avait un autre choix ?
« - Alice, euh… »
  Elle resserra sa sœur contre elle, me regardant avec des yeux brillants de larmes. Ou de fatigue. Ou de colère.
  Ou de tout ça réuni.
« - Ecoute, je ne sais pas comment sera le monde quand on se réveillera. Et je sais pas non plus comment on va vivre. Mais…
- On a déjà eu cette discussion auparavant, me coupa-t-elle. »
  Je la regardai dans les yeux, sans comprendre.
« - De ce qu’on ferait, si c’était le bordel dans le pays, me rappela-t-elle.
- J’imaginais pas un tel bordel, Alice. »
  Deux minutes plus tard, j’avais sorti de la remise deux grands matelas rembourrés que j’avais entreposés à l’arrière de la fourgonnette. Encore deux minutes plus tard, Alice et Céleste dormaient à l’arrière de la fourgonnette, alors que j’étais couché sur les places arrières d’un 4x4. J’étais couché, mais pas endormi.
  Je ne pouvais pas dormir. Pas avec toutes ces pensées en tête. Car le pire n’était pas l’image du champignon nucléaire, ni Céleste en train de pleurer, ni de ne pas pouvoir rentrer chez moi ce soir, ni même de savoir si quelque part ailleurs en France, d’autres villes étaient parties en fumée.
  Ce qui me faisait peur, c’était de savoir que, dès le lendemain, nous allions connaître le pire des mondes, traverser des épreuves telles que nous n’étions pas préparés à les affronter. Mais loin de savoir ce qui nous attendait exactement, j’étais terrifié à l’idée d’ignorer quel danger nous guettait.
  Je ne m’attendais pas à devoir tuer un homme dès mon réveil.
___________________________
Part 5 : Tous des vandales
4h42

Le bruit de tôle, et les explosions m’ont alerté. C’était de faibles explosions au loin. Pas assez fortes pour réveiller Alice et Céleste. Mais suffisamment pour attirer la curiosité d’une personne éveillée.
J’ai ouvert la porte, et je suis monté au premier étage. J’ai regardé par la fenêtre, discrètement. Mon instinct de survie me disait que je ne devais pas montrer que nous étions là.
  Et mon instinct de survie avait raison.
  Les voitures, au dehors, étaient en feux. Des voitures et des camionnettes passaient, avec des gars hurlant à l’intérieur, comme si les destructions qu’ils semaient sur leur passage.
  Je jetai un coup d’œil vers le mur, comme si je voyais Alice et Céleste dormir paisiblement, au travers. Et l’idée que ces gens, entrent ici, et nous réservent le chaos qu’ils étaient en train de semer…
  Un hall plein de voitures attire la convoitise, quand on a l’occasion de se servir à volonté. Et j’avais dans la tête déjà tous les détails qui s’engageaient, les uns avec les autres, engrenage après engrenage. Comme tout au long de ma vie, ou aucun détail ne m’a jamais échappé.
  Je retournai dans le hall, et toute lumière qui aurait pu encore fonctionner, je les arrêtai. Je réveillai doucement Alice, je lui expliquai la situation. Ce qu’il se passait là dehors. Qu’il fallait qu’on se prépare à les voir arriver. Elle ne me dit pas un seul mot. Peut-être me faisait-elle confiance. Ou peut-être n’avait-elle pas le choix. Elle et moi manoeuvrâmes en silence la camionnette pour la pousser au fond de l’atelier de préparation.
« - Jo, commença-t-elle. »
  Je me tournai vers elle, impassible. Je ne pouvais pas lui montrer à quel point j’avais peur. Si moi, je craquais, qui allait veiller sur nous trois ? Qui allait nous assurer que nous allions revoir la lumière du jour ?
« - Qu’est-ce qu’il y a ?
- Est-ce que ça va être comme ça tous le temps, maintenant ? »
  Je baissai les yeux, cherchant une réponse rassurante. Que pouvais-je bien trouver de rassurant, au beau milieu de la nuit, avec la menace pesante telle une épée de Damoclès dont la lourdeur se fait ressentir au dessus de nos têtes que des groupes de vandales allaient essayer d’entrer par effraction, et de se servir, au risque de nous tuer, si ils devaient en arriver là ? Quelle police allait se lever au matin, et gérer à la fois une ville en ruine, des radiations nucléaires, et des troupes incomptables de vandales près à se servir du chaos pour accéder à tous les plaisirs matériels qui leur étaient dès lors offerts ?
« - Je ne sais pas, Alice, répondis-je simplement. Je ne sais pas. »
  Le choc contre le rideau de fer me rappela à la triste réalité. Je sentis un frisson glacé me parcourir l’échine, et curieusement, me donner la sensation de me brûler de l’intérieur. Je trouvai sur le côté de l’atelier un balai cassé, dont la brosse était détachée, qui devait être la seule arme à ma disposition, avec les clefs d’une Mégane. Je fis signe à Alice de ne faire aucun bruit et de rejoindre sa sœur. Rapidement, je passai devant l’établi de l’atelier. Alors qu’un second choc vint frapper contre le rideau de fer, je m’activai à vider un spray, pour le remplir de white spirit, de diluant, et de nettoyant vitre. Quand je refermai le spray, je le secouai, et l’accrochai par le bec à ma ceinture.
  En quelques secondes, j’avais mis à ma disposition un spray lacrymogène de fortune. Tel était mon talent : transformer n’importe quel objet à ma disposition, en arme. Générer une défense à partir de n’importe quoi était quelque chose auquel je m’étais habitué, à force d’agressions à mon égard, et d’une passion grandissante pour les arts martiaux. Un établi était pour moi une ressource importante d’armes potentielles, et un simple manche de balai devenait entre mes mains aussi dangereux qu’un revolver.
  Ce n’était pas quelque chose en rapport avec ma fierté. Simplement un fait vérifié lorsque, un jour, agressé au revolver, je n’avais à ma disposition qu’un balai, justement qui traînait là. Ce jour-là, je considère qu’il fut miraculeux que je puisse survivre.
  Mais mon agresseur, ce jour-là, était maintenant mort.
  Et lorsque j’entendis la porte du côté se fracturer, je caressai du bout des doigts ce bâton entre mes mains, et me cachai derrière le 4x4, accroupi.
  Je vis alors trois hommes entrer avec des lampes torches. L’un d’eux s’extasia :
« - Ouah ! C’est une vraie caverne d’Ali Baba, ici ! »
  J’entendis l’un des intrus ouvrir une porte. En voyant leurs faibles ombres, je vis qu’ils étaient trois. J’eus alors cette idée stupide.
  J’attendis à peine quelques secondes quand  je vis l’une des silhouettes avancer dangereusement vers moi. J’ouvris alors la portière du 4x4 auquel j’étais accolé. Et BAM !
  La portière percuta l’un des intrus de plein fouet dans un bruit métallique, et un son avoisinant le craquement de bois (le bruit que fit son nez en se cassant). Il tomba au sol, assommer. Se relevant doucement, il reçut mon pied en plein visage, et retomba, inerte. Les autres se tournèrent alors dans ma direction, dirigeant vers moi leurs lampes torches.
  Je devins alors livide, dépourvu d’idée. Une seule chose m’emplit et me poussa à agir, et ce par-delà la réflexion.
  L’improvisation.
Je sortis les clefs du 4x4 et sautai à l’intérieur du véhicule, fermant en hâte les portières. Je tournai la clef, et le moteur rugit alors. Je tournai le volant à l’extrême gauche, et faisant confiance à la boîte automatique, j’appuyai sur l’accélérateur.
  Le hall n’était pas assez grand pour me laisser une grande marge de manœuvre, mais j’eus de bons réflexes et l’effet de surprise de mon côté, et en l’espace de trois secondes, j’avais bloqué un des intrus entre le pare-choc avant et le mur. Je voyais à peine sa tête dépasser au dessus du capot, le visage déformé par la douleur, et un hurlement qui pris son écho dans le hall.
  Quand je regardai autour de moi,  il ne restait qu’un seul des vandales toujours debout. Il me montra un visage haineux par la vitre du côté passager, exhibant un couteau qui paraissait mal aiguisé. Paniqué, je cherchai une idée, me tenant la tête entre les mains. Je l’entendis me maudire, m’insulter, me menacer, et forcer sur les poignées des portières. Et, en même temps, je priais, au fond de moi, pour qu’il ne trouve ni Alice, ni Céleste.
  Et la simple pensée qu’elles pouvaient être en danger par ma faute m’exorciser de mon trop-plein de pensées.
  Je sortis de la voiture, caressant ma poche doucement. Je m’avançai, peu sûr de moi, vers ce gars, qui se rua dans un hurlement de rage. Dans un réflexe miracle, je l’esquivai, et sortis mon spray lacrymogène. Quand il se rua à nouveau, il reçut le liquide dans les yeux, et lâcha le couteau pour porter ses mains aux yeux dans un cri de douleur insoutenable. Quand il fut au sol, je l’attrapai par les cheveux, et frappai un grand coup derrière la nuque. Il tomba raide contre le carrelage.
  Ma respiration était profonde, saccadée, perdue entre une toux oppressante, comme si mon « exploit » était une maladie qui allait me rester en travers de la gorge.
  Et les gémissements de douleur du troisième gars, coincé contre le mur par le capot de la voiture, me rappela à la réalité. Je me tournai vers lui. Et voir qu’il avait mon âge, un couteau dans la main, me donna envie de lui péter la gueule.
  Mais je me retins. Je m’avançai lentement vers lui, et le regard qu’il me porta me donna l’impression qu’il regardait dans les yeux son pire cauchemar.
  Comme si moi, Jonas, celui dont tous le monde est persuadé qu’il était angélique, était un démon à ses yeux.
« - Qui t’es ? me demanda-t-il en gémissant. »
  je m’avançai plus près encore de lui, et ce sentiment de supériorité m’envahit. Comme si sa vie, sa pauvre petite vie, dépendait de moi. Et ce qui me faisait peur n’était pas que je pouvais le tuer, ni qu’il pouvait se libérer et me tuer, non…
  Ce qui me faisait peur, c’est que cette supériorité me faisait plaisir. Une allégresse telle que j’avais envie de le narguer.
« - Jonas… fit une voix gémissante dans mon dos. »
  Alors que le calme était revenu, Alice était sortie de sa cachette. Elle était agenouillée à côté du dernier type que j’avais mis à terre. Celui qui avait reçu mon coup derrière la nuque.
  Alice me lança un regard comme jamais je ne l’aurais cru. Comme si elle ne me reconnaissait pas. Comme si je lui faisais peur. Et elle m’annonça, les larmes aux yeux :
« - Tu l’as tué… il est mort… »

Je ligotai les deux premiers, les bâillonnai, à l’arrière d’un Master. Je refermai la porte coulissante, puis refermai le garage derrière moi. Le corps de leur compère était dans un sac, à l’avant du Master. Alice me regarda.
« - Tu te rends compte de ce qu’il vient de se passer ?
- Je nous ai protégé, répondis-je.
- Tu as tué un homme, Jonas ! Toi ! »
  J’encaissai son cri. J’encaissai sa colère. Mais je n’encaissai pas ses larmes. Je tentai de la prendre entre mes bras. Elle me repoussa.
« - Non, Jonas. Les choses ont changé. Je ne te croyais pas capable de ça. Jamais. Je vais rester avec toi. Je vais te faire confiance. Mais d’ici à ce que je te regarde comme je te regardais avant, il va se passer du temps. Beaucoup de temps. »
  Elle me tourna le dos.
« - Alice… »
  Elle ne me répondit pas. Elle rejoignit sa sœur, et s’endormit avec elle. Je retournai à mon tour dans le hall, et m’endormit tant bien que mal sur les sièges d’une Alfa Romeo.


Part 6 : La réunion
11h42

« - Qu’est-ce qu’on va faire d’eux ? me demanda Alice au réveil. Et qu’est-ce qu’on va faire tout court ? »
  Je baissai la tête, et réfléchis.
« - Je sais pas… Et il va falloir que je retourne à mon village. Mes parents sont là-bas, il faut… »
  Quelqu’un tapa alors contre le rideau de fer. Alice et moi croisâmes nos regards. Je filai dans l’atelier de préparation, arracha le manche à balai.
  Les coups contre le rideau de fer retentirent à nouveau.
« - Hey ! fit une voix de femme. Hey ! »
  Redoutant que cette femme ne soit accompagnée d’autres personnes moins fréquentables, je saisis trois couteaux. Trois grandes lames que je fixai aussi rapidement que possible au bout du manche à balai, à grand coup de chatterton.
  Devant la porte d’entrée, j’ouvris et enclenchai la levée du rideau.
  Je fis signe à Alice de passer derrière moi, alors que je me plaquai contre le mur. Quand la personne ouvrit la porte, je levai mon arme artisanale, avant la surprise.
« - Jonas ? me demanda-t-elle.
- Katia ? m’écriai-je. »
  Je baissai mon arme et la prit dans mes bras. Katia était une amie datant d’un an. Elle était plus grande que moi, taille qui la complexait, et était particulièrement jolie.
  Sauf qu’elle était toute ébouriffée, choquée, et essoufflée.
« - Qu’est-ce qu’il t’es arrivé ? comment.. et où est Fabrice ? lui demandai-je. »
  Fabrice était son copain. Elle me répondit d’un geste désespéré. Prenant son souffle, elle me demanda :
« - Comment tu as atterri là ?
- Euh… »
Je fis signe à Alice de s’approcher.
« - Quand j’ai vu qu’ils parlaient des attaques à la bombe nucléaire partout dans le monde, j’ai eu une sorte de mauvais pressentiment. Je suis allé chercher Alice, et quelques temps après… »
  Je n’arrivai pas à parler de l’explosion. Ca restait bloqué sur le bout de mes lèvres. Je baissai alors la tête.
« - Je travaille ici. Enfin, je travaillais ici… et c’est le premier refuge que j’ai trouvé. »
  Elle m’expliqua qu’elle a vu l’explosion d’Aix depuis son village, plus loin dans les terres. Comme elle n’avait pas la télévision chez elle, je l’informais que les grandes villes du monde entier avaient été victimes d’attentats à la bombe nucléaire, et que le territoire américain entier en avait été victime.
« - Autant de radiation, ça devrait rendre la vie infernale sur Terre, non ? me demanda-t-elle.
- Pour Aix, la puissance de la bombe était minime. Suffisamment forte pour détruire Aix, mais pas assez pour que le souffle thermique dévaste les environs.
- Comment tu peux savoir tout ça ? me demanda Alice. »
  Je me tournai vers elle.
« - Tu sais que je suis quelqu’un de très curieux, et que je m’intéresse à tout. Si tu savais la quantité d’informations que j’ai pu accumuler en faisant des recherches…
- Comment tu t’es intéressé aux bombes nucléaires ?
- La question n’est pas là, répondis-je. Katia, pourquoi est-ce que tu es venue taper ici ? »
  Elle parut se rappeler alors de la raison pour laquelle elle était venue au centre auto.
« - Quand on a vu le nuage, mon père a embarqué toute la famille en voiture. On a commencé à partir, en direction de l’est. Mais arrivés sur les autoroutes, il s’est passé un truc bizarre… Des chars roulaient et bloquaient la route. Il y avait des avions cargos portant le drapeau de l’Allemagne qui prenait le chemin des airs en direction de Paris et de Marseille. Puis d’un coup, ça a été le bordel sur la route. On a fait demi-tour, et arrivés sur les routes de la ville, il y a eu des militaires qui nous ont forcés à descendre des voitures. Ils nous disaient que les routes étaient bloquées par des vandales, et qu’il fallait qu’on se replie sur nos villages.
- Des militaires ? Comment est-ce qu’ils ont fait pour se déployer aussi vite ? demandai-je.
- Quoiqu’il en soit, ils n’ont pas fait long feu. Les vandales étaient si nombreux sur la route, que les militaires sont partis, et ne sont jamais revenus. Et ça a été la panique. J’ai pu retourner à La Croisée, mais pas dans mon village. Quand j’ai vu que d’autres vandales saccageaient les rues, je me suis réfugiée à la Mairie. Là, le Maire m’a expliqué qu’Aix avait été victime d’un attentat terroriste, et qu’on ignorait l’auteur de l’attentat. Quand je lui ai parlé des militaires, il s’est servi d’une vieille radio pour contacter la police. Dans la nuit, ils ont chassé les vandales, mais ils ont perdus tant d’hommes, que si d’autres devaient venir, ils ne pourraient pas résister.
- Et maintenant ? demanda Alice, terrorisée. Comment va se débrouiller la ville ? »
  Katia se tut un instant, puis répondit :
« - C’est pour ça que le Maire a décidé qu’il devrait faire une annonce. A tout le monde, au village, et qu’on devrait tous s’y rendre.
- Il a bien raison, rajoutai-je. Parce que, si je ne me trompe pas, on va peut-être avoir aujourd’hui la pire des journées qu’on n’ait jamais connue. »
  Je me tournai vers les nuages. Katia et Alice suivirent mon regard sans comprendre.
  Quelques instants après, nous avions réveillé Céleste et nous nous dirigions vers le centre de La Croisée en SUV. Et j’avais cette peur en moi, de cette chose qui allait arriver droit sur nous, qui me pesait sur le ventre. Comme si quelqu’un me piétinait les abdos.
  J’avais peur.

  C’était la ruade. Tous les habitants sur la place de la Mairie. Jamais je n’avais vu ça. Et le pire, dans l’histoire, c’est que nous étions la seule voiture à nous diriger vers la place. Lorsque nous arrivâmes, tous les regards se tournèrent vers nous. Et un doigt accusateur, lui, se leva vers nous.
« - Eh ! Ils en ont encore une, eux ! Vous trouvez ça normal, vous ? »
  Des cris retentirent, et j’échangeai un regard perdu avec Alice et Katia.
« - Restez dedans, ordonnai-je. »
  J’étais tellement peu habitué à donner des ordres, qu’elles ne cherchèrent pas à me contredire. Lorsque je descendis de la voiture, je reçus un coup de poing. Levant la tête douloureusement, je vis un second coup arriver. Je le parai et assommai mon assaillant en le frappant au cou. Personne ne pense jamais à frapper ici. C’est pourtant si sensible…
  Je relevai la tête vers une foule soudain silencieuse. Tous me regardaient comme s’ils s’attendaient… à tout. J’avais mon arme artisanale à trois lames dans les mains, qui me faisait passer à la fois pour un péquenot et à la fois pour un vandale. Je regardai la foule avec un regard dur. Un regard que je n’avais pas l’habitude de prendre. Un regard sûr de moi. Car si je baissai la garde, j’allais subir les assauts d’un village désemparé, qui voyait en moi l’occasion de se défouler sur quelqu’un. De rendre quelqu’un fautif. Même si c’est un gamin de dix-neuf ans.
« - On pourrait m’expliquer ce bordel ? réclamai-je.
- Il y a que toute la ville a été vandalisée. A tel point qu’il n’y plus de téléphones, plus de générateurs, plus de voitures…
- Sauf une ! cria quelqu’un. »
  Je levai les yeux au ciel alors que les voix redoublèrent d’intensité. Un haut parleur retentit alors.
« - S’il vous plaît ! »
  Les regards se tournèrent vers le Maire. Il était assez jeune, probablement la trentaine, ce qui était surprenant pour un maire. Il paraissait suivre le même chemin que moi, à essayer de paraître sûr de lui. De ne pas se laisser dépasser par une situation rarement connue en France.
« - Monsieur ? me demanda-t-il. Voulez-vous bien vous approcher… sans votre, euh… sans votre arme ? »
  Je regardai autour de moi ces visages qui n’attendaient que la bonne occasion de me mettre sur le dos tout ce qu’il s’était passé durant cette nuit. J’ouvris le coffre de la voiture et déposai mon arme dedans, avant de refermer à clef. Je jetai un regard à mes amies, et avançai dans la foule qui s’écarta pour me laisser passer. A l’approche du Maire, celui-ci baissa son porte-voix.
« - Vous êtes… ? me demanda-t-il personnellement.
- Jonas Aminati. Je suis pas de ce village, mais je travaille au centre auto. Quand j’ai vu que c’était le bordel, et que je revenais d’Aix…
- Qu’est-ce que vous faisiez là-bas ? me demanda-t-il en me coupant. »
  Je le regardai dans les yeux. Il n’y avait rien d’accusateur dans ses yeux. Il voulait simplement être sûr de la personne à qui il parlait.
« - Quand j’ai vu les infos, j’ai préféré aller chercher une amie du temps qu’il l’était encore possible.
- Comment avez-vous su pour l’attentat d’Aix ? Rien ne nous laisser présager… enfin, vous comprenez qu’Aix en Provence n’est pas assez importante pour subir une attaque nucléaire à l’échelle mondiale.
- Rien dans le domaine politique n’aurait pu présager cela ? Pas même la présence du chef de l’Etat actuel ? »
  Cela eut son choc. Le Maire parut même déstabilisé que ce soi quelqu’un comme moi qui le lui rappelle, plutôt qu’un adjoint, ou même de ne pas se l’être souvenu par lui-même.
« - Et la voiture ? me demanda-t-il. La vague de violence dans la nuit a été si forte que même les autorités n’ont pas pu les arrêter. Seulement les chasser.
- On m’a expliqué. Sauf que je travaille dans le centre auto, et que quand on m’a prévenu qu’il y avait une assemblée au centre-ville, j’ai préféré prendre une voiture. Je crois qu’étant donné les circonstances, considérer ça comme un crime friserait le ridicule. »
  Le Maire accepta mon explication. Je m’empressai d’ajouter :
« - Dans la nuit, trois vandales sont venus dans le centre. Deux d’entre eux sont attachés et enfermés à l’arrière d’une camionnette, dans un garage à l’arrière du bâtiment.
- Et le troisième ? voulut-il savoir. »
  Je ne répondis pas, mais mon regard dût probablement me trahir.
« - J’enverrai des agents chercher vos captifs.
- Vous me faites donc confiance ? m’étonnai-je.
- Il a volé une voiture ! cria quelqu’un dans la foule. »
  Je m’emportai alors. La faute aux nerfs, sûrement, mais je me mis à hurler :
« -Vous avez besoin d’un coupable et ça vous arrange que j’arrive à ce moment-là ! C’est quoi, l’embrouille ? Votre voiture est plus importante qu’une explosion nucléaire ? »
La phrase eut son effet. Et je ne m’arrêtai pas là. Je ne pouvais plus.
« - Parce que c’est de ça que vous devriez avoir peur. Pas de moi.
- Qu’est-ce que vous voulez dire ? me demanda le Maire. Est-ce que vous savez de quoi vous parler ?
- M. le Maire… C’est quoi, votre nom de famille, déjà ?
- Descordes, me répondit-il posément.
- C’est ça, M. Descordes. Vous n’avez personne qui connaisse quelque chose à ce genre de situation ? demandai-je. »
  Il me répondit « non » d’un signe de tête. Désespéré, au moins autant que lui, je lui demandai :
« - Je peux vous parler en privé ? Je crois qu’on va manquer de temps. »
___________________________
Part 7 : Retombées atomiques
12h30

   Dans le bureau du Maire, nous étions tous les deux seuls. Je lui expliquai alors la situation :
« - Dans le meilleur des scénario, l’explosion était suffisamment faible pour nous éviter le souffle thermique. Croyez-moi que là-dessus, on a eu une chance incroyable. Autre chance incroyable, si on agit vite : il s’agit des nuages au dessus d’Aix.
- Développez, me demanda Descordes.
- Les particules lourdes de l’explosion nucléaires ont probablement déjà chuté à proximité de l’épicentre de l’explosion. Les particules légères sont moins radioactives, mais produisent des rayons X qui eut, sont très nocifs. Mais ça, vous le savez. La pluie et les vents vont nettoyer l’épicentre de ces particules légères.
- Sauf que la pluie va arriver sur La Croisée.
- Exactement, confirmai-je. Et très vite, connaissant la région. »
  Le Maire Descordes parut désespéré.
« - Et on peut faire quelque chose ? me demanda-t-il.
- M. Le Maire, avant d’aller plus loin, vous devez comprendre que je ne suis pas un expert en la matière. Je suis simplement un lycéen très curieux qui a accumulé des informations en faisant des recherches.
- Et vous en savez déjà plus que la plupart des gens de La Croisée, rajouta-t-il.
- Ok. Si des habitants ont des puits, ils vont devoir les fermer hermétiquement dès qu’ils arriveront chez eux. Ils devront se cloîtrer dans leur maison. Et comme les villages français ne disposent pas d’abris anti-atomiques, il va falloir faire avec ce qu’on va. Ceux qui ont des caves vont devoir s’y enfermer, et recouvrir autant que possible leurs murs de plastique. Ils vont devoir s’enfermer hermétiquement.
- Pendant combien de temps ?
- Au vu de la pluie et de la vitesse des vents, je conseillerais d’attendre deux jours avant de sortir de chez soi.
- Vous savez l’effet que ça va provoquer, n’est-ce pas ?
- La panique. Beaucoup de gens vont vouloir quitter le village.
- Et on ne pourra pas les en empêcher. Et d’autres ne nous écouteront pas.
- C’est possible. Mais on doit essayer. Ou nous mourront tous. »

13h10
  Le Maire avait fait son speech, et nous ne fûmes pas surpris de la réaction massive des gens qui décidèrent de quitter la ville.
« - Ils sont fous, murmurai-je.
- Ils refusent la réalité et refusent de nous écouter. Et je n’ai pas assez de personnel pour faire régner l’ordre.
- Alors, on les laisse mourir, c’est tout ?
- M. Aminati, j’ai peur qu’on n’aie pas le choix. »
  Cette pensée me répugnait. Comment pouvait-on laisser les gens courir droit vers l’épée de Damoclès qui allait leur tomber dessus, à un moment ou à un autre ? Fuir était-il pour eux la meilleure vie qu’ils pouvaient se trouver ? Combien de temps allaient-ils fuir ? Combien de temps surviraient-ils ?
« - Mr. Descordes, j’ai une dernière faveur à vous demander.
- Curieusement, ça ne m’étonne pas de votre part. »
  La confiance qu’inspirait cet homme, et la confiance qu’il me donnait, avaient quelque chose de dérangeant. Comment pouvait-il me parler comme à un égal, comme à une personne de confiance, face à une crise d’une telle ampleur ? J’en venais presque à me dire qu’il était fou. Néanmoins, je lui annonçai :
« - Cette nuit, au centre auto, trois cambrioleurs ont essayé d’entrer par effraction. J’ai réussi à les arrêter, et… à en tuer un. »
  Il resta silencieux, ses yeux gris plongés dans la foule qui se dispersait. J’attendis quelques instants, puis demandai :
« - Mr. Descordes ?
- Je vous entends, M. Aminati. Mais il y a eu neuf morts cette nuit. Neuf personnes que je ne connais pas. Et parmi les gens que nous essayons de protéger, il y a probablement encore des responsables du chaos de cette nuit. »
  Il se tourna vers moi, et me fixa dans les yeux.
« - Vous avez vu la réaction des gens quand ils vous ont vu arriver en 4x4. D’après vous, comment réagiraient-ils si vous nous livriez des cambrioleurs captifs ? »
  Je tremblai. Je savais déjà que je condamnais mes captifs à mourir si jamais je les livrai à la Mairie. J’avais déjà tué l’un d’entre eux, allais-je être assez… fort, ou bien fou, ou bien malsain, pour mener les deux autres à la mort ?
  Etais-je cette personne que j’aurais détesté par le passé devenir ? Etais-je vraiment un meurtrier ?
  Je ne pus plus davantage supporter de rester sur la place, et alors que j’allais partir, le Maire me retint.
« - Si nous devons survivre aux retombées atomiques, et nous réveiller dans un monde différent de celui d’hier, revenez à la mairie dès que le calme sera revenu.
- Pourquoi ? demandai-je, surpris. »
  Il me lança un regard explicite.
« - J’ai dix-neuf ans, M. Le Maire. Je ne suis qu’un lycéen. Si vous cherchez du soutien pour gérer la situation, vous vous trompez de personne. »
  Je courus en direction du 4x4. Et malgré la situation alarmante, malgré l’urgence, et malgré les nuages qui arrivaient, j’étais flatté que le Maire me propose de lui apporter mon aide.
  J’enclenchai le contact.
« - Où est-ce qu’on va ? me demanda Katia.
- Le centre auto est à côté d’un resto. On va faire des provisions, nous barricader… et prier.
- Prier pour quoi ? »
  J’hésitai. Céleste était là. C’était une gamine. Est-ce qu’elle allait comprendre ? Est-ce que j’allais lui détruire sa vie, ses espoirs, la choquer à vie ?
« - J’ai peur que nous ne survivions pas aux deux prochains jours. »

Arrivés au centre auto, je m’empressai de fermer les rideaux de fer. Je me ruai à défoncer la porte du restaurant. Quand Alice me lança un regard accusateur, je répondis :
« - Je ne crois pas qu’on prendra le temps d’aller au resto avant longtemps, Alice. »
  Même si une part de moi savait que chaque acte à l’origine illégal que j’entreprenais étai justifié, j’avais quand même des remords. Aussi, je ne pris dans les réserves que le strict nécessaire.
  Jusqu’à ce que le courant cesse d’un coup.
« - Qu’est-ce que ça veut dire ? me demanda Katia.
- L’explosion nucléaire a provoqué une impulsion électromagnétique. Faible, vu le temps qu’elle a mis à venir jusqu’ici. Ca a perturbé tout ce qui fonctionne à l’électricité.
- C’est pas censé les mettre hors circuit ? »
  Je me tournai vers Katia. Comment savait-elle cela ?
« - J’espère que l’explosion était suffisamment faible pour ne faire que les perturber. »
  Les deux jours suivant se résumèrent à espérer, à pleurer, à trembler… et à attendre.
  Car pendant ces deux jours, nous n’osâmes pas parler. Alice refusait de m’adresser la parole. Katia était apparemment trop choquée pour dire quoique ce soit. Quant à Céleste, elle était trop jeune pour comprendre quoique ce soit. Et comme sa sœur me faisait la gueule, elle aussi, suivait le rythme.
  Pendant ces deux jours, être seul serait revenu au même. Le bruit de la pluie avait cessé, mais je préférai encore attendre. Les vents pouvaient encore entraîner des particules légères. Et aucun autre bruit ne provint de dehors pendant un jour.
  Et après, j’entendis des avions. Des Mirages, sans doute,  au bruit.
  Plusieurs fois, j’avais essayé de mettre le contact les voitures (les démarrer aurait consommer de l’oxygène, et je préférais éviter, dans la mesure où nous étions hermétiquement isolés). Il n’y a que le Cerato qui se mit en contact sans problème. Toutes les autres voitures mirent du temps avant d’accepter de se mettre en marche. Cela me prit tellement de temps que j’avais redouté que l’impulsion provoquée par l’explosion ait mis les voitures HS.
  Dans la journée, je pris des fruits, et forçai nos captifs à manger. Ils avaient essayé de se débattre, et de défaire leurs liens, mais, contrairement à ce qu’on peut voir dans toutes les séries télé, ils avaient échoué. Et, bon gré mal gré, ils mangèrent ce que je leur avais donné, non sans me couvrir d’insultes. Je les renfermai dans le noir derrière moi.
  Le deuxième jour, c’est la voix du Maire dans un porte-voix qui me réveilla. Il appelait ses habitants à sortir de chez eux, et à rejoindre une assemblée devant la Mairie.
  Je relevai lentement le rideau de fer. Comble de joie pour moi, l’impulsion n’avait pas endommagé le système d’ouverture. Petit à petit, les rayons du soleil s’engouffrèrent dans le hall, éclairant nos visages. Jamais je ne me suis senti aussi bien de voir le soleil levé dans le ciel. Il devait être à peu près midi. Ma montre avait été à peine perturbée.
  J’ouvris la porte, et Alice prononça son premier mot à mon égard :
« - Finalement, tout s’est bien passé. »
  J’acquiesçai en ajoutant :
« - J’ai jamais été aussi content d’avoir eu tort. »

____________
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Dernière modification par irajonas (11-04-2007 23:33:53)


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#6 13-04-2007 17:39:59

clad2001
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Re: ACTE 1 : Chaos

Très bon style cool


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#7 18-04-2007 20:46:01

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Re: ACTE 1 : Chaos

Une fic passionnante et bien écrite, bravo ^^!

Y'a une suite en vue ?


JERICHO - Escape From Garneth, une fanfiction interactive dont VOUS êtes le héros !
Coming Soon...

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#8 18-04-2007 22:17:14

irajonas
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Re: ACTE 1 : Chaos

Pas mal de parlote dans les Part 8, 9 et 10, mais je prévois plus d'action par la suite!


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#9 20-04-2007 12:39:54

irajonas
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Re: ACTE 1 : Chaos

Part 8 : Un colis urgent
La première chose que je fis, fut de prendre les clefs du Master. Et de vouloir emmener les captifs (et le corps).
« - Tu ne m’avais pas dit que… commença Katia, abasourdie.
- Que quoi ? coupai-je. Que j’avais tué un homme ? Que deux cambrioleurs étaient ligotés dans un camion ? Tu voulais quoi, que je te panique encore plus ? »
  Katia eut un mouvement de recul.
« - Je te reconnais pas, Jonas, me fit-elle simplement. »
  Je baissai les yeux, regardai les deux captifs, et fermai la porte coulissante du Master.
« - Ce monde a changé, j’essaie de m’y adapter. Je suis désolé si je ne suis plus le type fragile de la semaine dernière, Katia. »
  Je montai dans la camionnette, et Katia eut un geste qui me surprit au plus haut point.
  Elle monta avec moi, sans dire un mot. Je la regardai un instant, puis démarrai.
  Nous traversâmes des rues sinistrement silencieuses. Par endroit, la pluie, légèrement noircie, rendait l’ambiance plus sombre encore. L’eau ruisselait jusqu’aux égouts comme des coulées de goudron, liquide noir qui donnait l’impression de sortir des entrailles de l’enfer. Et si ce n’était pas la réalité, c’était l’impression malsaine qui en résultait.
« - Pourquoi ils ne sortent pas ? Le Maire a bien fait l’annonce, pourtant.
- Si tu enlèves le nombre d’habitants qui ont désertés, le nombre d’habitants encore apeurés… peut-être même qui seraient… enfin bref. Moi, ça m’étonne pas. »
  Je n’arrivais plus à trouver mes mots. Katia avait raison : j’avais énormément changé… en si peu de temps. Autrefois, je parlais trop. J’étais quelqu’un qui n’avait pas confiance en lui… l’explosion avait-elle fait de moi cette personne que je n’aimais pas ? Ou bien était-ce d’avoir tué cet homme sans rien ressentir de plus ? Pourquoi avais-je changé à ce point ? Et comment redevenir celui que j’étais ?
  Nous arrivâmes au panneau « La Croisée », à la sortie de la ville.
« - Tu es sûr de ton coup, Jo ? me demanda-t-elle. »
  Je la regardai dans les yeux. C’est quelque chose que j’ai beaucoup de mal à faire. Et quand elle me vit tenir le regard, elle n’insista pas davantage. Elle descendit, et je la suivis, le revolver à la main.
« - Tu peux ouvrir la porte, s’il te plait ? lui demandai-je.
- C’est sans danger, répondis-je. »
  J’étais quand même nerveux quand j’ai levé mon revolver. Et j’étais soulagé de voir mes deux captifs toujours fermement attachés. Je sortis de dessous les sièges avant mon arme artisanale dotée de trois lames et la confiai à Katia. Surprise, elle l’accepta, et me regarda faire.
« - Allez, on descend, crachai-je à mes captifs. »
  Je les forçai à se lever, et ils me regardèrent avec haine. Je ne relevai pas et tentai de rester froid. Ils se débattirent, mais en vain. Je les poussai du Master, et ils tombèrent sur la route dans un gémissement de douleur. Katia garda mon arme artisanale dirigée vers eux. Si j’étais inquiet, elle, était loin d’être rassurée.
  Très loin. Surtout que de dominer quelqu’un avec une arme ne lui ressemblait pas du tout. Mais après tout, est-ce que ça me ressemblait, à moi ?
Ils se levèrent tant bien que mal, et je pointai mon flingue droit sur eux. Je pris alors l’arme artisanale des mains de Katia, et avec la lame, coupai leurs liens.
  Ils se poussèrent l’un de l’autre en se massant les poignées. Ils levèrent leur regard vers moi, à la fois surpris, et enragés. Ils commencèrent à s’avancer. Du coin de l’œil, je vis Katia frémir. Mais je levai mes armes, tentant une nouvelle fois de rester froid.
« - Eh, j’essaie de vous éviter le lynchage, alors évitez de me donner une bonne raison de vous tuer.
- T’en serais capable ? me cracha l’un d’eux.
- Provoque pas, le coupa l’autre. T’as déjà oublié qu’il a tué Eric ? »
  Ils se regardèrent, puis parurent attendre mon jugement. Comme s’ils s’attendaient à ce que je presse la détente, ou que je baisse mon arme. Mais je ne fis rien de cela. Je les gardai en joue, et les priai :
« - Vous allez partir. Sur les routes, essayer de rejoindre ceux qui ont quitté la ville.
- Maintenant ? Sans rien ? s’écrièrent-ils.
- Tu crois quoi, que je vais te donner la camionnette et mon flingue ? rétorquai-je violemment. Tu veux pas non plus que je baisse mon froc devant toi ? »
  Ils ne relevèrent pas. Pendant de longues secondes, je crus qu’ils allaient se ruer sur moi et me faire la peau. Je crus qu’ils allaient essayer quelque chose, n’importe quoi, contre Katia et moi. Et si je me souciais au moins un peu de ce qui pouvait m’arriver, je m’en serais voulu à mort s’ils avaient fait quelque chose à Katia.
  Mais ils ont simplement obéi aux ordres. Ils ont pris la route. Et Katia et moi avons fait demi-tour.

Part 9 : La Mairie
  J’arrivai devant la Mairie. J’étais soucieux vis-à-vis d’Alice, seule avec sa petite sœur au Centre Auto. L’espace de quelques instants, je redoutais que d’autres vandales subsistent encore dans le village, et intérieurement, je priais pour que mon passage à la Mairie soit bref.
Sauf que cela dura. Lorsque j’arrivai, avec Katia, à l’entrée de la Mairie, notre aspect parut choquer l’assemblée. Le maire et les adjoints avaient une tenue à peu près valable. Bien habillés, coiffés, lavés. Ils avaient pu profiter du confort dont ils disposaient encore, et sur ce point, malgré ma jalousie, je ne leur en tiendrai pas rigueur. Qui s’en serait privé par simple respect envers les « Réfugiés » ?
  Il n’empêche que nous devions certainement avoir l’air d’avoir traversé une tempête de sable, les cheveux en batailles, les vêtements froissés à l’extrême. Et, de toute évidence, nous devions aussi probablement bien puer.
  Le regard des adjoints étaient pour la plupart hautains. Ils considéraient, encore aujourd’hui, qu’il était de rigueur d’avoir l’air présentable. Mais, visiblement, je m’étais – trop – vite habitué à l’idée que certaines choses ne seraient plus du même ordre en ce jour.
  L’espace d’un instant, j’étais vraiment mal à l’aise. Le plus jeune d’entre eux – le Maire Descordes avait un peu moins du double de mon âge. Les autres n’étaient pas de ma génération. Autant dire que je faisais tâche dans le tableau. Je m’attendais déjà à ce qu’ils me descendent, qu’ils désapprouvent et mon opinion, et mes conseils. Mais j’étais prêt à me battre pour qu’ils m’écoutent.
  Pourquoi ? Parce que, tant que les routes seraient impraticables et en dehors de toute sécurité, cette ville, La Croisée, était chez moi. Pour le meilleur et pour le pire.
  Le Maire Descordes s’avança vers moi, et me tendit la main d’un air strict. Il me regarda dans les yeux, avec un sourire – très – léger.
« - M. Aminati, c’est ça, je me souviens bien ? »
  Je lui serrai la main en retour.
« - Oui, c’est ça, M. Le Maire. Voici, euh, Katia, elle est restée avec moi au Centre Auto, rajoutai-je en faisant signe à Katia de s’avancer. »
  Le Maire lui serra la main avec douceur et élégance. Katia lui sourit.
« - On s’est déjà rencontrés, ajouta-t-elle. »
  Je levai la main un peu maladroitement, et sourit. Bien pour la première fois depuis quelques temps, d’ailleurs. Quand mon regard se reporta sur les adjoints, le Maire Descordes s’empressa de faire les présentations. Ainsi, j’ignorais comment était normalement constitué le personnel de la Mairie, mais les adjoints du Maire étaient au nombre de cinq. Un homme, typé arabe et très sympathique, du nom de Yannis Messaoui, fut le premier, cordial, à me serrer la main. Clara Terucci, qui avait l’air obscure d’une directrice d’école (et, en effet, j’appris plus tard qu’elle était directrice d’école), ne m’accorda qu’un regard respectueux. Malgré cette froideur, cette impression de respect suffit à me rassurer.
  Henri Bernard avait l’air jovial d’un bon buveur. Le physique typique d’un patron de bar. Il était en réalité directeur d’une auto-école. Comme quoi les apparences sont très trompeuses, en d’occasions. Néanmoins, il ne m’adressa même pas un regard.
  Cherchez l’erreur…
  Restaient Michel Jasson, et Angelica Nott, en retrait, qui avaient un air sérieux, et en même temps, mal à l’aise. Comme si Descordes les avaient appelés en urgence, et en remplacement.
« - Nous n’attendions plus que vous, M. Aminati, me fit l’adjoint Bernard.
- Euh… on peut commencer, alors ? fis-je maladroitement. »
  Je détestai ce genre de situation, où j’étais complètement perdu, dépassé. Comme si je n’avais pas ma place dans l’assemblée. Et, en effet, une semaine avant, je n’aurais pas eu ma place ici.
  Quelques minutes après, nous étions dans la salle de réunion. Et Descordes ne perdit pas son temps pour me surprendre.
« - M. Aminati m’a apporté ses conseils avant que les pluies arrivent sur La Croisée. Comme vous le savez tous, notre situation est totalement inédite, et sans cette réaction, nous serions peut-être morts irradiés. Aussi, malgré son jeune âge, je vous demande de le considérer comme égal à n’importe lequel d’entre nous. »
  Et vlan, dans la gueule de tous le monde. D’une part, dans celle des Adjoints, qui, déjà déstabilisés de ma présence, étaient désormais privés du recours à l’excuse de la jeunesse. D’autre part, dans ma gueule, car j’étais pris au dépourvu. Je ne m’attendais pas du tout à cela, et avais déjà prévu de m’imposer. Au lieu de cela, Descordes nous avaient tous mis sur le même étage du podium. De toute évidence, ce gars était intelligent. Et, vis-à-vis de mon préjugé envers les hommes politiques, cette attitude ne cessait de me surprendre.
« - Est-ce qu’on est certains que l’air est respirable, que les radiations sont passées ? demanda Clara Terucci d’un ton plat. Qu’est-ce qu’on sait de ce genre de situations ? »
  Comme personne ne répondit, je pris la parole. Maladroitement, manquant de bégayer, mais je pris la parole.
« - Euh… Je ne pense pas qu’on n’aie jamais pris en compte, dans les programmes de sécurité des villages, l’éventualité d’une attaque à la bombe nucléaire. D’après ce que je sais, Aix a dû subir une explosion tout juste de la masse critique de 10 kilotonnes. Je me souviens plus exactement des chiffres, mais approximativement, l’explosion a dû emporter… un rayon de 300m à son ampleur maximale.
- A peine 300m ? demanda Henri Bernard.
- Croyez-moi, c’est déjà trop. 300m dans l’explosion, mais le souffle thermique est extrêmement puissant. Nous avons eu énormément de chance dans ce qu’il vient de se passer. Le souffle thermique, l’onde de choc, les radiations, et j’en passe, ont terminé de détruite Aix et ses alentours. Notre chance, c’est notre emplacement en profondeur par rapport à Aix, et la pluie. La pluie nous a, je crois, presque sauvés des retombées atomiques.
- D’où tenez-vous ces informations ? me demanda Michel Jasson. »
  Je crus un instant que la question était accusatrice. J’hésitai. Descordes me permit de passer outre cette réponse qui m’aurait ridiculisé face à cette assemblée :
« - En dehors de ce qu’il s’est passé hier, si nous sommes là, c’est pour décider de ce que nous allons faire aujourd’hui, et les jours prochains. »
  Je vis  rapidement que l’assemblée était constituée, à ma surprise, de personnes posées et consciencieuses, qui, outre mon jeune âge qui les déstabilisait, me prenait au sérieux. Katia fut leur principale source de renseignement concernant ce qu’il s’était produit en dehors de La Croisée.
  Les avis divergèrent, néanmoins, quand je leur annonçai mon point de vue concernant l’eau et les vivres.
« - Est-ce qu’on a des relevés géologiques concernant une nappe phréatique en dessous de La Croisée ? demandai-je.
- M. Jasson est lui-même professeur de géologie en université. Je pense qu’il pourra nous faire un compte-rendu à ce sujet, me répondit Descordes.
- Cool. Mais avant d’utiliser les eaux souterraines, ou même, d’ailleurs, de boire de l’eau qui  ne sortirait pas d’une bouteille, on va devoir faire des analyses. On doit vérifier que les eaux sont sûres, ajoutai-je.
- Vous vous doutez bien que les gens ont sûrement déjà dû utiliser l’eau du robinet, me rappela Mme. Nott.
- On va devoir leur dire d’arrêter, et tant que rien n’est sûr, on va également devoir rationner. »
  Cette idée fut très gênante. Comment rationner sans provoquer de crise ? Descordes emprunta un tableau noir auprès de l’école primaire et en fit l’inventaire des besoins.
  Lorsque je leur annonçai que les terres exploitables devaient être retournées, tous apportèrent leur soutien à cette idée.
« - Et pour les secours ? demandai-je. Est-ce qu’on a eu des nouvelles des militaires ? Des villages alentours ?
- Aucune nouvelle, répondit Descordes.
- Si, coupa Terucci, qui était restée silencieuse jusque là. »
  L’assemblée se tourna vers elle.
« - J’habite en haut de la ville. Des chars ont traversé la route quelques heures après la fin de la pluie.
- Et il y a eu des Mirages, aussi, me rappelai-je.
- Qu’est-ce qu’il s’est passé exactement ? demanda Descordes. Est-ce vraiment une guerre ? »
  Je réfléchis un instant. Une idée me vint alors.
« - On va devoir s’organiser, dis-je. »


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#10 21-04-2007 12:26:54

irajonas
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Re: ACTE 1 : Chaos

Part 10 : Salle des Théories
« - M. Aminati ! fit une voix dans mon dos. »
  Alors que je m’éloignai de la mairie avec Katia, Yannis Messaoui accourut vers moi. Il paraissait préoccupé.
« - M. Messaoui, fis-je simplement.
- Est-ce que vous avez un endroit où dormir ? me demanda-t-il directement. »
  Je regardai Katia. Nous partageâmes deux secondes de regard surpris, déstabilisé par cette demande qui venait un peu comme un steak dans le frigo d’un végétarien. Et au diable les comparaisons ridicules.
« - Euh… Nous avons commencé à installer le Centre Auto… Pourquoi ? demanda Katia.
- Ecoutez, je sais que ça va paraître culotté de ma part, et un peu abusé, mais j’ai un ami qui habite en face du Centre… enfin, qui y habitait. Il est parti avec l’exode vers l’est, donc si vous voulez y loger… je peux vous avoir la clef. »
  Je regardai à nouveau Katia, qui se tourna vers Messaoui.
« - C’est généreux de votre part, mais… pourquoi nous donner cette maison, juste comme ça ?
- Parce que j’ai un service à vous demander, répondit-il du tac-au-tac. »

Arrivés dans le Centre Auto, je donnai les clefs de la maison à Alice. Elle me regarda avec surprise.
« - Ce sont deux maisons collées l’une là l’autre. Les parents des amis de Messaoui habitait à côté de leurs enfants. Quatre chambres dans une maison, trois dans l’autre.
- Il t’a juste donné les clefs, comme ça ? me demanda-t-elle.
- Ouais. Faut croire qu’il y a encore des gens bien. Même dans ce monde. »
  Je m’attachai alors à une tâche à laquelle je m’étais moi-même assigné durant la réunion à la Mairie. La réunion m’avait accordé la direction du bâtiment du Centre Auto tant que la « crise » ne serait pas passée (cette ville s’était rapidement faite à l’idée que le monde allait changer très vite). J’avais d’ailleurs rapidement déserté les lieux pour m’atteler à la tâche, tandis que le Maire Descordes donnait un compte-rendu à la ville.
  Je débarrassai la salle des voitures vendues. Je fus tellement rapide, que je pris même le temps de remettre le hall en place. Il  nous fallait quatre voitures. Pas des citadines, trop petites. J’avais prévu trois breaks, et le 4x4. Je courus dans la salle de préparation, prit les bidons de diesel, et remplis les réservoirs, avant de laisser deux bidons de diesel pleins dans le coffre de chaque voiture. Une heure, peut-être une heure et demi plus tard, la camionnette que j’avais prêtée arriva avec le matériel prévu.
« - Vous m’avez apporté la mappemonde ? demandai-je au conducteur. »
  Il acquiesça. Je les aidai à tout m’apporter dans la salle que j’avais préparée. Le long du mur, ils m’installèrent trois tableaux (deux tableaux noirs, un tableau blanc). Dans l’angle, juste à côté de l’entrée de la salle, ils m’installèrent le planisphère géant qui allait m’aider à référencer toutes les villes touchées dans le monde.
  Chaque indice, chaque détail, chaque information que cette ville allait obtenir sur ce qu’il se passait à l’extérieur, allait apparaître sur cette carte et ces tableaux. Parce qu’une fois, j’ai entendu quelqu’un de sensé dire que plus que tout, on a besoin d’informations. Et comprendre comment cette chose était arrivée était essentiel.
  Je ressortis de ma poche le carnet qui n’avait pas quitté ma veste depuis mon départ de chez moi, et sur lequel était griffonné le nom des villes américaines bombardées. Je m’empressai de les marquer sur la carte. Ajoutant également Paris et Aix, et mes souvenirs remontant à Bombay et Kyoto.
  Dans mon dos, j’entendis un bruit sourd. Je me retournai. Les « livreurs » m’avaient posé un lit dans le coin de la salle. J’acquiesçai d’un signe de tête à une question inexistante.
« - Merci, fis-je.
- Qu’est-ce que c’est que ça ? me demanda Alice, qui arrivait dans la salle. »
  Revenant de la maison, elle s’était changée et avait prit une douche. Voilà une chose qui me ferait du bien…
« - Une salle des théories. Je me suis proposé volontaire pour essayer de comprendre la merde de…
- Pas ça, me coupa-t-elle. Le lit. Qu’est-ce qu’il fout là ? »
  D’un coup, je fus mal à l’aise. Je baissai la tête, fixant un point invisible au sol.
« - Euh… je me suis dit que tu préfèrerais éviter de partager le même toit que moi pendant quelques temps. »
  Je relevai la tête. Elle fronça les sourcils, me fixant du regard, cherchant à me jauger.
« - Ecoute. Je t’ai tirée de ton lit, avec ta sœur, et juste après, Aix est parti dans… la catastrophe. Je t’ai séparée de ta famille, de ton copain. J’ai tué un homme sous tes yeux et sous ceux de ta sœur. Je crois t’avoir assez ruiné la vie comme ça. »
  Elle s’avança doucement. Je me sentais mal à l’aise. Coupable d’une erreur dont je cherchais encore la nature.
« - D’abord, tu m’as sauvé la vie. Et ensuite, ces évènements sont capables de changer n’importe qui. Même l’ange que tu étais. Ca ne veut pas dire que tu ne me fais pas peur, ajouta-t-elle brusquement. Mais même si j’adhère à ta décision, tu te rends beaucoup trop coupable. »
  Je n’ajoutai rien. Je restai silencieux. Comme ces nombreuses fois où, au cours d’une conversation dont je suis le sujet, je ne trouve rien à dire. Elle sourit faiblement, et fit demi-tour, me laissant seul, dans cette stupide salle des théories.

Part 11 : L’expédition.
20h30
Les six personnes entrèrent dans la salle tour à tour. Trois équipes de deux, et moi, j’étais seul.
Car c’était là la deuxième tâche qu’il m’était assigné dans le but de récolter des informations. Nous sept étions en charge de trouver des secours, ou des survivants, dans les villes alentours. Même le Maire avait décidé de faire parti de l’expédition.
« - Ce n’est pas parce que je suis Maire que je dois rester à réfléchir derrière un bureau, m’avait-il dit. »
  L’un d’entre nous, ancien chasseur, nous donna à chacun un fusil de chasse. En plus du pistolet que m’avait donné le Maire Descordes, je me sentais presque en sécurité. Exception faite que je ne me sentais pas capable de me servir de telles armes.
  Et le comble, c’est que j’étais capable de créer des armes avec n’importe quoi, mais que je ne savais rien des armes à feux. Vraiment RIEN.
  Grande différence se faisait car si mes armes étaient faites pour blesser, les armes qu’on me donnait avaient le pouvoir de tuer. Et ça, ça me faisait plus peur qu’autre chose.
  Je les jetai sur le siège passager du 4x4, et refermai la porte. Nous nous tournâmes alors tous vers Descordes.
« - Je vous rappelle les instructions, messieurs. Il s’agit pour nous de trouver des secours, et de retrouver la trace des militaires qui ont tenté de gérer la crise, il y a trois jours. Les routes ne sont plus sûres, et n’importe quoi pourra vous arriver. J’aimerais quand même, par soucis éthique, que vous ne soyez prêts à tirer quand dernier recours. Nous sommes bien d’accord ? »
  Du coin de l’œil, je vis tout le monde acquiescer.
« - Essayez de rentrer le plus tôt possible. Vous avez des provisions à votre disposition pour deux jours. J’espère que nous serons rentrés avant. Des questions ?
- Qui est en charge de la ville durant votre absence ? demandai-je.
- M. Messaoui, me répondit-il simplement. »
  Je fus dès lors rassurer de savoir la ville en de bonnes mains. Messaoui m’avait laissé une bonne impression. Et je me trompe rarement à ce sujet.
  Nous dirigeâmes les véhicules au centre-ville. Les familles des « explorateurs » finirent de leur apporter des provisions supplémentaires. En dehors de cette agitation, je jetai un simple sac à dos vide – à l’exception de mon vieux carnet, d’un stylo et d’une lampe-torche.
  Katia, Alice et Céleste attendaient avec moi. De toute évidence, la ville n’accordait que peu d’importance à notre présence. Ce qui, en un sens, n’était pas plus mal. Mais je regardai quand même les autres avec envie. Ils avaient encore leurs familles à leur côté. Tandis que je ne savais même pas si mes parents étaient encore vivants.
« - Tu pars seul, toi ? me demanda Katia.
- Oui. On n’a pas besoin de mettre plus de vies en danger. »
  Ma réponse la fit trembler. Quatre jours auparavant, j’aurais paniqué à l’idée que je pouvais ne pas revenir.
  Maintenant, ça me préoccupe juste. Je me tournai vers les trois filles, qui allaient devoir se supporter pendant au moins deux jours, et je leur conseillai :
« - Si jamais vous avez un problème, vous pouvez aller voir Messaoui. Il sera en charge de la ville pendant que le Maire sera parti. Je lui fais confiance, et puis, c’est lui qui nous a « offert » les maisons.
- Jonas ! »
  Je me retournai. C’était Henri Bernard qui arrivait vers moi, une radio CB à la main. Je le regardai, surpris.
« - Ce sont des vieilles CB de camionneur. Restez branché sur le canal 22, comme les autres. On a aussi un émetteur/récepteur radio à la Mairie qui devrait nous permettre de rester en contact… au cas où.
- Vous avez pensé à tout, fis-je. Merci, M. Bernard.
- Henri, juste Henri, rectifia-t-il.
- Merci, Henri. »
   Le Maire donna un coup de sifflet, signale de départ. J’ouvris la porte du 4x4 et commençai à monter. Alice me retint, et me regarda dans les yeux.
« - J’espère pour toi que tu vas vite revenir. Sinon, c’est moi qui viendrais te chercher. »
  Je restai silencieux. Muet comme une tombe. Je refermai la portière derrière moi et baissai les vitres. Je tournai la clef, et la voiture trembla. Le moteur poussa son rugissement caractéristique, et démarra. Pour éviter de regretter rapidement de m’être porté volontaire pour cette mission, je quittai la ville au plus vite.
  Direction Ventabren, nord-est.

  Pendant un long moment, tout était vide. Mes phares éclairaient une route qui ne bougeait pas. Pas d’autres voitures, pas de bruit. Je me sentis soudainement terriblement seul. Comme si, soudain, je me rendais compte que le monde avait cessé de tourner. Et ce moment de solitude fit défiler tout un flot de questions dans ma tête.
  Comment allions-nous organiser ce nouveau monde ? Quelles allaient être les conséquences de toutes les explosions nucléaires aux quatre coins de la Terre ? J’avais entendu parler de la théorie de l’Hiver Nucléaire… était-ce possible que cela nous arrive ? Etait-ce possible que nous commencions déjà à sombrer dans ce scénario catastrophe ?
  Et ensuite, ce sont des questions plus personnelles qui vinrent m’assaillir. Où étaient mes parents ? Comment allaient-ils ? Etaient-ils partis avec l’Exode Vers l’Est ?
  Et ces gens auxquels je tenais, ici comme plus au nord du pays, avaient-ils eux aussi survécu ? Combien de gens que je connaissais avaient péri ? Combien de gens avaient péri tout court ?
  Bon Dieu, mais qu’est-ce que l’Être Humain venait de faire ?
  C’est à ce moment-là que je vis les phares dans mon rétroviseur.
  Ils s’étaient allumés un moment, puis s’étaient éteint par la suite. Comme si le conducteur avait voulut me voir, puis disparaître à mes yeux. Mon regard vacillait entre la route et le rétroviseur. Je sentais la sueur commencer à couler sur mon front, et une appréhension soudaine m’envahir de l’intérieur, fut-ce une maladie qui aurait voulu me faire suffoquer de terreur.
« - Où est-ce que tu es, où est-ce que… »
  D’un coup, je vis une camionnette entrer dans le champ de vision du rétroviseur, et allumer ses pleins phares. Je fus aveuglé, et détournai le regard. Je sentis la camionnette frapper violemment le cul de mon 4x4.
« - Et chier ! hurlai-je. »
  J’appuyai comme un fou sur l’accélérateur. Je regrettai à ce moment là que ce foutu 4x4 soit doté d’une boite automatique. Je passai en séquentiel, et forçai l’allure. Tout comme la camionnette, qui vint frapper une nouvelle fois le cul de ma caisse. Qu’est-ce qu’il voulait, ce fils de pute ? Me foutre dans le décor, c’était ça qu’il voulait ?
  Alors c’était ce qu’il allait à voir. Je forçai l’embardée à travers champ. Les pneus crissèrent, le moteur gronda, et je hurlai intérieurement quand je tournai le volant à l’extrême. Prenant appui sur le bord de la route qui formai une sorte de rampe, je m’accrochai nerveusement, crispé de tout mon cœur, mû par une peur panique innommable, lorsque les roues du 4x4 quittèrent le sol, et que la voiture effectua un vol plané, dont je redoutai, plus que tout ce que le monde pouvait faire défiler sous mes yeux,
  Le pire atterrissage de toute mon existence.
____________

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#11 27-04-2007 15:24:07

irajonas
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Re: ACTE 1 : Chaos

Part 12 : L’expédition.

  A l’atterrissage, violent et grondant, alors que les suspensions me donnaient l’impression de s’écraser à mort, ma tête cogna violemment contre le volant. Je criai, et la voiture continua hors de mes actes sa course sur plusieurs dizaines de mètres, avant que je bascule sur le côté passager.
  Ma tête battait violemment la chamade. Comme si un rat s’était logé derrière mon front, et griffai de toute ses forces contre mon crâne dans l’espoir de s’y frayer un chemin, sous peine de me faire souffrir plus encore.
  Je relevai doucement la tête, me redressant, douloureusement, ouvrant les yeux dans un malaise gémissant. Ce genre de situation me faisait regretter d’être aussi fin… et aussi idiot.
  Je vis alors, dans le rétroviseur extérieur, deux silhouettes avec des lampes torches s’approcher doucement. Ma main effleura le revolver. Je détestai cette arme plus que tout au monde, mais si je voulais survivre, il allait falloir que je brave cette exécrable répugnance envers les armes à feux, et que je me vois capable de faire feu si la situation m’y forçait.
  Bordel, mais pourquoi étais-je capable de tuer à mains nues, et incapable d’accepter le pouvoir d’une arme à feux ? Peut-être à cause de ce souvenir, qui traversa alors mon cerveau, et qui me terrifia dans un soubresaut. Je jetai le revolver sur le tapis de sol. Rien à faire, malgré toute ma volonté, mon instinct de survie ne dépassait pas la force de mes souvenirs.
  Et mon cerveau, pourtant encore engourdi, concocta à nouveau un plan suicidaire qui pouvait ne marcher que par miracle. Je mis alors ma survie entre les mains de ma capacité à créer, inventer, supposer, agencer les probabilités, et surtout, à ma capacité de me défendre. Capacités dont j’étais fier, à défaut de leur faire véritablement confiance.
  J’ouvris la porte brusquement, et me forçai à gémir de douleur, m’écrasant au sol, au milieu des immenses brins de maïs.
  Je restai alors immobile, crispant mes doigts. Je limitai ma respiration au maximum, concentrant chacune de mes pensées pour ne réagir ni trop tôt, ni trop tard.
  Sans quoi, j’étais mort.
  Du coin de l’œil, je vis qu’il s’agissait de deux hommes. L’un était – osons le dire – obèse, tandis que l’autre était petit, et parlait avec une voix nasillarde. Et, malgré la faible lueur de leur lampe torche, je vis qu’ils n’avaient pas d’armes à feux.
  Je refermai les yeux, et ne bougeai pas. Surtout pas. Ils devaient me croire mort. Le plus petit des deux me donna alors un coup de pied dans les côtes, comme pour vérifier si j’étais encore vivant. Et je dus lutter de toutes mes forces pour ne pas gémir de douleur.
« - C’est malsain, ce qu’on fait, fit le gros d’une voix révulsée.
- Ah, recommence pas, Franck. On en a déjà parlé. Depuis l’explosion, c’est butter, ou être butté.
- On recommence comme les barbares, on est plus civilisés que ça, merde ! Y a d’autres moyens de s’en sortir.
- Ah ouais ? Lesquelles ? cracha son compère.
- Il pouvait nous aider, fit « Franck » posément.
- Peut-être. Dans tous les cas, c’est trop tard pour en parler. »
  Et il éclata dans un rire gras. Une sorte de « rire de beauf ».
  C’est le moment que je choisis pour sortir la lame de mon cran d’arrêt, dont je tenais fermement le manche depuis le début. Je le plantai alors violemment dans le pied du petit nasillard, qui hurla de douleur.
« - Ah, le fils de pute ! hurla-t-il, sa voix se perdant dans le vide du champ. »
  Avant qu’il ne réagisse, je retirai la lame, prenant soin de la remuer dans sa plaie, et roulai sous le 4x4. Je m’arrêtai un instant, évaluant la situation.
« - Trouve-le, cet enculé ! cria le nasillard. Trouve-le et bute-le ! »
  Je roulai à nouveau sur le côté, me retrouvant de l’autre côté du 4x4. Je me servis des marchepieds caractéristiques de la voiture pour monter silencieusement sur le toit. Tout mon esprit était scindé, comme à chaque fois, entre une monstrueuse peur lancinante, qui m’aurait paralysé, si je n’avais pas à mes côtés cette dame étrangement forte qu’on appelle « Adrénaline. » Je me jetai sur le Petit Nasillard et le plaquai au sol en hurlant. Il me regarda d’un air horrifié, alors que de mon poing fermé, je le frappai à la tempe. Sa tête bascula sans force, et il finit KO.
  J’étais essoufflé, agenouillé au dessus du Petit Nasillard. Je salivai tant j’avais forcé sur le moindre de mes muscles, meurtri par des mouvements trop brusques pour mon pauvre corps frêle. Je crachai alors au loin, et levai la tête vers « Franck », qui tressaillit.
« - Calmos, mon gars, fis-je simplement. »
  Je levai les mains devant lui, me mettant debout, et lui montrai que je n’allais pas l’attaquer. Pourquoi ?
  Parce qu’il avait eu cinq secondes pour me montrer qu’il était intelligent, et qu’il avait brillamment gagné ma confiance.
« - Vous êtes qui, vous ? Ou plutôt vous êtes quoi ? me fit-il. »
  La remarque aurait pu me faire sourire. Je fis un pas de côté, et m’avançai vers lui. Il recula. Je fis alors le test.
  Le cran d’arrêt toujours en main, je le retournai, et le lui tendis. Il me regarda sans comprendre. Je ne voyais que son imposante silhouette, qui avait quelque chose d’impressionnant. Et au-delà de ce stupide stéréotype qui montre continuellement le « gros idiot » que l’on voit dans les séries TV, ce « Franck » me semblait être quelqu’un de relativement intelligent. Probablement plus intelligent que moi.
« - Ecoutez, du peu que je vous ai entendu, vous m’avez l’air d’être pacifique. Je le suis tout autant.
- Pardonnez-moi si j’en doute, après ce que vous venez de faire.
- J’ai dit pacifique. Pas pacifiste, répondis-je du tac au tac. Prenez ce couteau. »
  Il hésita un instant, sans comprendre, puis s’avança vers moi. Tremblant, il prit le couteau entre ses mains, et recula. Je levai les mains.
« - Voilà. J’ai deux armes à feux dans la voiture. Si je voulais vous faire du mal, vous auriez tout le temps de me tuer. »
  Il tendit la lame devant moi, toujours tremblant. Ca se sentait qu’il n’avait jamais fait de mal à personne. Ca se voyait comme le nez au milieu de la figure.
« - Qui êtes-vous ? me demanda-t-il.
- Je m’appelle Jonas, je viens du village de La Croisée, me présentai-je.
- Qu’est-ce que vous faites ici ? enchaîna-t-il.
- J’ai été envoyé par le Maire pour récolter des informations sur les militaires qui ont traversé la région après l’explosion. Est-ce que vous êtes prêt à me croire, Franck ? »
  Il tressaillit, sembla réfléchir un instant, puis abaissa le cran d’arrêt qu’il me rendit. Dans mon jargon, c’est ce que j’appelle un « échange de confiance ». Je pris le couteau, refermai la lame, et le rentrai dans ma poche. Il me tendit la main.
« - Franck Espinosa, me dit-il, alors que je lui serrai la main. Je viens de Ventabren. »
  L’expression de mon visage changea soudainement.
« - Franck, montez avec moi. Je crois qu’on va pouvoir faire un bout de chemin ensemble.
- Et pour lui ? me demanda-t-il, en me montrant le Petit Nasillard.
- Vous savez, dans certains cas, il est préférable de buter celui qui comptait vous buter, dis-je simplement. »
  Il me regarda, soutenu par un doute soudain, puis s’avança vers le 4x4.
« - Nous allons retourner chez vous, Franck, annonçai-je. Et vous allez tout me raconter. »
*************

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#12 27-04-2007 20:23:58

Fallout
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Re: ACTE 1 : Chaos

C'est toujours aussi bien, continue comme ça ^^!


JERICHO - Escape From Garneth, une fanfiction interactive dont VOUS êtes le héros !
Coming Soon...

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#13 27-04-2007 20:28:26

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Re: ACTE 1 : Chaos

Jte donne mes impréssions ce weekend big_smile

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#14 28-04-2007 15:09:10

irajonas
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Re: ACTE 1 : Chaos

Merci pou vos encouragements !

Petite transition calme dans cette Part 13

Part 13 : L’histoire de Franck
  Avant le D-Day, Franck était mécanicien. L’un des meilleurs, d’après lui. Il m’apparut comme quelqu’un de très intelligent. Il m’expliqua ceci :
« - A peine deux heures après l’explosion, c’était le bordel à Ventabren. On a perdu l’électricité, le téléphone, et les poussières radioactives projetées par l’explosion empêchaient même la radio de marcher.
- Vous êtes proches d’Aix, c’est pour ça ? demandai-je.
- Suffisamment pour être incommodés par les retombées atomiques, mais pas assez pour avoir subi le souffle thermique, me répondit-il. »
  Les mains sur le volant, perplexe, je regardai la route en lui affirmant :
« - Vous n’avez pas idée à quel point je suis heureux de parler à quelqu’un d’autre qui sache les effets secondaires des explosions nucléaires.
- Ca vous fascine, mais les gens sont des bœufs, et personne ne m’a écouter du côté de Ventabren, me répondit-il. C’est vrai, qui écouterez le gros mécano ? ironisa-t-il.
- Croyez-moi ou non, mais le Maire de La Croisée a accepté de m’écouter, et on a pu protéger les croiséens des retombées atomiques. »
  Franck, mal à l’aise, se remua sur son siège.
« - Vous avez eu de la chance. Mais à Ventabren, personne n’a su comment réagir. Tout le monde pensait être en dehors du champ d’action des effets secondaires.
- Et qu’est-ce qu’il s’est passé ? demandai-je. »
  Franck baissa la tête, cachant son visage sous sa casquette.
« - Les retombées sont arrivées. La plus grande partie a été portée par la pluie et le vent vers l’Est, mais des poussières radioactives se sont portées par le souffle en direction de Ventabren. »
  Je le laissai parler. Se remémorer cela paraissait terrible. Il avait la voix tremblante.
« - J’ai essayé d’alerter des gens, mais la plupart ne m’écoutaient pas. Une partie a quitté la ville en voiture, une partie s’est cloîtrée comme je l’ai conseillé. Mais le Maire a fait venir la ville sur la Place pour une réunion d’urgence, et il n’avait pas prévu que les poussières radioactives arriveraient à ce moment-là. Presque toute la population de Ventabren a respiré ces poussières. »
  Il avait les larmes aux yeux. Il luttait douloureusement pour contenir le souvenir, et ses larmes.
« - Les irradiés encore en vie ont cherché à fuir dans l’espoir de trouver un hôpital. Les survivants sont rares en ville.
- Combien d’entre vous ont survécu ? demandai-je.
- A Ventabren, nous ne sommes plus que 48, m’annonça-t-il du tac au tac pour s’éviter une attente torturante. »
  Je crispai mes doigts sur le volant.
« - Et d’où est venue l’idée du carjacking ? demandai-je à Franck.
- C’était l’idée de Paul, le type qui était avec moi. Il fat partie d’une sortie de bande, et ils ont pris Ventabren sous leur autorité en très peu de temps.
- Comment ils ont fait ?
- De la façon qui marche le mieux, dans ce nouveau monde. Par la force. »
  Je réfléchissais à toute vitesse. Je priai, intérieurement, pour que celle que je venais chercher soit encore vivante. Pour que je n’aie pas pris tous ces risques pour rien.
« - Comment réagissent les habitants ? questionnai-je. Et pardonnez-moi si je suis brusque dans mes questions. »
  Il acquiesça d’un signe de tête, contenté de ce simple geste, puis me répondit :
« - Ils ont peur. On fait avec ce qu’on peut, et on cherche comment survivre. Mais la plupart des survivants sont des jeunes, et leur plus gros problème, c’est leur goût de la révolution. Pour eux, c’est une sorte de 1968, puissance dix mille. Ils préfèrent s’imaginer leurs scénarios plutôt que de véritablement organiser leur survie. »
  Intérieurement, je me demandai si, dans un sens, je n’étais pas en train de commettre la même erreur. Je me promis alors de trouver mon amie, coûte que coûte. Puis de revenir à La Croisée, et faire de mon mieux pour ne pas sombrer dans cette attitude, que je redoutais déjà auparavant, et que je redoute encore plus, d’autant que je pouvais en être coupable.
« - Qu’est-ce qu’on peut faire pour aider les habitants ? me demandai-je à moi-même, à voix basse.
- Si j’avais un conseil à vous donner, ça serait de vous préoccuper d’abord de leur réaction en vous voyant arriver. »
  Il disait ça alors que nous arrivions en ville. Et rapidement, la voiture fut mise en joue par des renégats.
  Et Franck et moi étions dès lors sous leur emprise. Et la peur me domina.


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#15 28-04-2007 19:34:06

irajonas
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Re: ACTE 1 : Chaos

Part 14 : Renégats

J’arrêtai le contact et me baissai doucement pour glisser la clef dans ma basket, et mon cran d’arrêt dans l’autre. Je sentais les deux objets me faire mal, mais je n’allais pas râler. La seconde d’après, j’étais extirpé de la voiture, ainsi que Franck, par deux gars armés jusqu’aux dents.
  Et eux ne se contentaient pas d’un cran d’arrêt. C’était un fusil de chasse qui caressait ma colonne vertébrale. Et, là, j’étais vraiment terrifié. Même l’adrénaline ne pouvait rien faire pour m’aider.
« - Du calme ! criai-je. Du calme ! Je m’appelle Jonas, je viens récolter des informations !
- Ta gueule, me cracha un renégat. »
  Je reçus alors un coup dans le dos, probablement la crosse du fusil. Je ne le saurai jamais, car l’instant d’après, je sombrai dans l’inconscience.

Je repris conscience, agenouillé, les mains dans le dos. J’étais dans une sorte d’entrepôt. J’essayai de me levai, en vain. J’étais menotté, et un type me tenait fermement. Je levai la tête. Il était inexpressif, la trentaine, les traits durcis par la hargne. Je bougeai alors la tête, et regardai devant moi. Un autre type me dominait. Il avait l’air d’un colosse, du genre un mètre quatre vingt dix (comparé à moi, c’était un colosse), les yeux bleus me fixant avec une sorte de haine inexprimée, et un revolver fièrement rangé dans son holster à la ceinture.
« - D’où tu viens ? me demanda-t-il. »
Rapidement, je réfléchis.
« - Je viens de St Martin, répondis-je. J’ai été envoyé pour récolter des informations.
- Des informations sur quoi ?
- Il y a des rumeurs selon lesquelles les militaires sont passés dans le coin. J’espérais les retrouver et leur demander de l’aide, et retrouver une amie.
- Une amie, hein ? »
  Je craquai, paniqué.
« - Mais bordel, vous me voulez quoi ? »
  Il ne me répondit pas. Il me pointa alors le canon du revolver au visage, et je crus que ma dernière avait sonné dans un glas retentissant. Je me mis alors à parler à toute vitesse.
« - Je m’appelle Jonas Aminati, de St Marin, je suis venu chercher une fille qui s’appelle Marine Elgim, qui vit à Ventabren, je jure sur la tête de tout ce que vous voulez que je raconte la vérité, mais putain de bordel de merde, vous me voulez quoi ?
- Arrête-toi, Chris ! hurla la voix de Franck. Tu vas faire quoi ? Le buter ? Ca va t’apporter quoi, à par la jouissance de lui trouer la gueule ? »
  Je tournai la tête à gauche. Franck était lui aussi à genoux, menotté. Il avait un filet de sang qui coulait du coin de la lèvre.
« - A quoi ça me servirait de vous garder, les gars ? nous fit Chris. Donnez-moi une seule bonne raison.
- Je suis mécano, Chris. Peut-être même le seul qu’il te reste en ville. Ca t’emmerderait de tomber en panne pendant que tu vas te servir chez les autres, non ? »
  Chris parut réfléchir à la proposition de Franck. Il hésita un moment, puis rapprocha le canon du revolver de mon front.
« - Eh, eh, eh ! criai-je.
- Ah, la ferme ! me lança Chris.
- Laisse-le, qu’est-ce que tu fais ?
- Toi, t’es mécano, ça peut me servir, mais lui ?
- Il est dangereux, répondit Franck. »
  Il y eut un silence de quelques secondes, puis Chris, le type qui me tenait l’épaule, et trois de leurs acolytes se mirent à exploser de rire.
« - Ah, nom de dieu ! T’as de l’humour, mon pauvre Franck. Regarde-le bien ! »
  Ils me toisèrent tous. Forcément, les apparences ne jouaient pas en ma faveur. Ils étaient tous baraqués, et moi, face à eux, je n’avais l’air de rien. Mon pauvre mètre soixante-quinze, mes pauvres cinquante six kilos bloquées par un métabolisme déréglé, dont le catabolisme était trop rapide, ne faisait pas le poids… à leurs yeux.
  Je me rendis compte que ces apparences pouvaient être un atout. Ils me sous-estimaient. Et j’étais si fin… et souple. Il y avait des chances que ça marche. J’étais suffisamment souple pour pouvoir passer mes mains vers l’avant de mon corps, par-dessous mes pieds. Après, je pourrais choper le revolver du type, et…
  Et puis quoi ? Il ne me restait qu’une solution : Improviser.
« - Diversion, murmurai-je, en direction de Franck, espérant qu’il lise sur mes lèvres, alors que les autres s’esclaffaient. »
  Franck fronça les sourcils, et pencha la tête en avant, comme pour me faire comprendre qu’il n’avait rien compris.
« - J’ai besoin d’une diversion ! murmurai-je.
- Allez, Franck, raconte pas de connerie. Ce type s’envolerait au premier coup de vent !
- Il a raison, je suis dangereux, accentuai-je, pour gagner du temps. Si vous me laissez le temps, je ferai mes preuves.
- C’est ça, c’est ça, grogna Chris, à deux doigts de rire à nouveau. Bon, Franck, t’as encore une chance de lui sauver sa peau, une seule et dernière chance !
- Tu veux la preuve que ce gars peut t’être utile ? fit Franck. Va voir dans sa voiture, tu y trouveras des armes. »
  Bingo. Franck avait touché le bon endroit. Ce genre de gars recherche toujours des armes. Il trouve ça encore plus jouissif que de se secouer la queue un samedi soir. Ils s’organisèrent, et nous nous retrouvâmes à cinq dans l’entrepôt. Franck et moi, tenus chacun par un garde, et un troisième qui faisait le guet à la porte. Je réfléchis à toute vitesse. Au mieux, nous avions gagné cinq minutes. Discrètement, je sortis le cran d’arrêt de ma basket, au grand confort de mon pied, et tins fermement le manche au creux de ma paume. Toujours discrètement, je regardai Franck, et lui fis un signe de tête, de sa direction, dans celle de mon garde. Il parut réfléchir un instant, essayant de comprendre le sens de mon geste, puis se leva d’un coup, basculant sa tête en arrière pour assommer son garde. Il bascula alors tout son poids en arrière et écrasa violemment le garde au sol. Mon garde, lui, tourna la tête vers Franck, Et c’est le moment que je décidai pour sortir la lame du cran d’arrêt et la plantai, à trois reprises dans la cheville du garde, qui hurla de douleur. Il me lâcha alors, et je me levai, m’écartant rapidement. Franck, les mains dans le dos, se rua sur mon garde, l’emporta dans sa course, et le percuta dans un craquement sonore contre un mur. Je sautai rapidement, ramenant mes jambes contre mon buste, et passai mes poignets, et les menottes, en dessous de mes pieds. Lorsque j’atterris, j’avais mes mains face à moi. Je n’eus qu’une seconde pour me réjouir, car l’instant d’après, un revolver me faisait face.
« - Franck, à l’abri ! hurlai-je. »
  Je courus sur le côté, quand les coups de feu retentirent. Je plongeai derrière des barils, et une balle vint percuter le mur. J’entendis la voix de Chris gronder dans l’écho de l’entrepôt :
« - Imbécile, tire pas là-dessus ! C’est de l’essence, merde, tu veux nous faire exploser ? »
  De l’essence ? Dans des barils comme ceux-ci ? Quels cons, il y a trop de risques d’étincelle !
Etincelle ?
  Je levai le bras et cherchai le bouchon du baril, que je tournai, puis jetai. Je me relevai, plaquant la lame du couteau à l’intérieur du goulot du baril, et regardai les renégats.
« - Wow, wow, du calme, les gars ! criai-je alors qu’ils levaient leur flingue. Vous avez été suffisamment con pour mettre l’essence dans des vieux barils de fer, et si vous tirez, l’étincelle que je provoquerai nous fera tous péter. Ca serait con pour vous, non ?
- Parce que t’auras le cran de te faire péter la gueule ? m’envoya un des gars de Chris. »
  J’eus un rictus de folie, ou du moins, je m’y forçai.
« - Je suis dangereux, faudrait pas l’oublier. »
  Chris n’eut plus l’air si amusé que ça à partir de ce moment là. Je vis la silhouette imposante de Franck passer dans leur dos, pour disparaître à l’extérieur. Je regardai autour de moi : il n’y avait personne. Ils étaient tous face à moi, et je sentais un certain ridicule dans la situation. Il n’empêche que j’avais le dessus, malgré le fait que j’étais tremblant comme une feuille.
« - Qu’est-ce que tu vas faire, alors ? me demanda Chris. Tout faire péter…et puis c’est tout ?
- Vous avez deux fusils et deux guns. Je veux que deux d’entre vous aillent les poser dans la voiture. Tout de suite. »
  Ils se regardèrent un instant. C’était un peu comme si on demandait à un gamin de poser le bonbon qu’on venait de lui offrir.
« - Allez-y, faites-le, fit Chris.
- Mais…
- Obéis, merde ! rugit-il. Tu préfères finir en saucisse grillée ? »
  Ils rassemblèrent leur fusil, et deux d’entre eux coururent à la voiture.
« - Mais d’où tu sors ? me demanda Chris.
- A partir de maintenant, je suis celui qui pose les questions, et t’es celui qui réponds. Où sont les habitants ?
- Ils sont dans les maisons du centre-ville, en dehors du couvre-feu.
- Comment vous avez fait pour prendre le contrôle de la ville aussi facilement ?
- Je suis chasseur, répondit Chris. Les armes à feux, c’est pas ce qui me manque. Et puis, le Maire est mort le lendemain de l’explosion. Fallait que quelqu’un prenne le commandement !
- En instaurant la terreur ? grognai-je.
- Qu’est-ce que t’en sais ?
- J’en sais que Franck m’a mis au parfum. Tu devrais te méfier des gros mécanos et des petits cons qui ont la peau sur les os. »
  C’est le moment que choisit Franck pour tenir un gun tremblant dans ses mains, ramenant les deux gardes désarmés à l’intérieur de l’entrepôt. Franck se forçait à s’imposer.
« - T’es pas capable de tirer, Espinosa, lui grogna Chris. Tu devrais poser ce joujou.
- Tu n’as strictement aucune idée de ce dont je suis capable de faire pour survivre, espèce de fils de pute d’enculé de…
- Franck, prend un des bidons d’essence qui sont par-terre, s’il te plaît, le coupai-je calmement. »
  Il hésita un moment, puis s’approcha de moi, lentement, tenant toujours le groupe en joue. Il prit un bidon, et l’ouvrit.
« - Et après ? me demanda-t-il.
- Asperge le sol tout autour d’eux. Et fais-toi plaisir sur la dose. »
  Il obéit. Rapidement, Franck fit un cercle d’essence tout autour du groupe.
« - Tu fumes ? demandai-je calmement à Franck.
- Ouais, euh… quoi ? c’est quoi le rapport ?
- C’était juste pour savoir si tu avais un briquet sur toi. Fous-y le feu, lui demandai-je.
- Hein ?
- Encore une fois, il vaut mieux baiser celui qui voulait te baiser, Franck, le priai-je. »
  Il me regarda en transpirant, puis se tourna vers les renégats, qui n’osaient pas bouger. Probablement étaient-ils trop sur d’eux pour envisager une situation où ils seraient dépassés. Surtout d’une aussi piètre manière.
  Franck sortir alors son briquet, et le cercle d’essence prit feu autour du groupe, qui se mit à hurler de terreur. Rapidement, je poussai devant mon le baril d’essence, et je fis signe à Franck de courir avec moi en dehors du bâtiment. Je sautai dans la voiture, et lui à son tour. Je sortis la clef de ma basket, et mit le contact.
« - Dis-moi, t’es quoi exactement ? me demanda Franck.
- Quelqu’un de vraiment dangereux, répondis-je en passant la marche arrière. »
  Je sortis rapidement de la ville. Cinq minutes plus tard, l’entrepôt explosait.
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#16 04-05-2007 00:01:53

irajonas
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Re: ACTE 1 : Chaos

Part 15 : Beau réveil à Beauréveil

  Je fonçai sur la route, priant pour qu’aucun des renégats ne m’aie pris en chasse. Mon regard allait frénétiquement du rétroviseur à la route devant moi, alors que notre allure aurait, il y a trois jours, fait exploser tous les radars.
  Je commençai à réaliser l’ampleur de ce que je venais de faire, et ce presque de sang froid. J’avais fait pire qu’utiliser une arme à feux : j’avais littéralement fait exploser un entrepôt.
  Et quelles en seraient les conséquences ? Est-ce que cela avait vraiment rendu service aux habitants de Ventabren, que de faire exploser l’entrepôt, et les renégats ?
« - La ville les détestait, me fit Franck comme s’il avait lu dans mes pensées. »
  Je me tournai vers lui, silencieusement, incapable de prononcer un mot. Pas en état de choc, non. Simplement que je ne trouvais rien à dire.
« - L’essence, c’est peut-être la seule ressource de valeur que contenait l’entrepôt. Pour le reste, il s’agissait d’armes et d’objets électroniques du genre lecteur DVD, etc…
- Comme quoi ils n’avaient pas compris dans quel monde nous vivions. »
  Je réfléchissais à toute allure. Comme toujours. Trop de pensées qui se bousculaient, les unes après les autres, les unes avec les autres.
« - On doit y retourner, annonçai-je.
- Dis-moi, gamin, tu serais pas un peu dingue ?
- Marine est peut-être là-bas, elle a peut-être besoin d’aide ! criai-je.
- Ca va, calme toi. Malgré tout ce que t’as fait jusqu’à maintenant, t’estimes pas forcé de jouer les héros.
- C’est mon amie. Je dois la sauver.
- Un conseil : sauve ta peau avant d’essayer de sauver celle des autres. Et pour info, si tu t’imagines que tu dois sauver le monde, tu aurais mieux fait de réagir trois jours plus tôt. »
  Son ton sec avait quelque chose de blessant, mais de toute évidence, il avait raison. Bordel, je ne suis qu’un gamin ! Qu’est-ce que je peux faire contre une ville ? Contre une armée de renégats ?
« - Okay, désolé, c’est les nerfs… j’ai pas beaucoup dormi, ces derniers jours…
- T’excuse pas, me fit Franck. Et, si ça peut te rassurer, je te suis redevable. »
  J’acquiesçai d’un signe de tête. Comme si j’attendais quelque chose en retour chaque fois que j’offrais mon aide…

  Nous nous arrêtâmes sur le bord d’une aire d’autoroute. Franck me proposa son aide pour forcer les pompes à essence. J’hésitai un instant.
« - Je ne crois pas que les flics reviendront de sitôt, Jonas, me fit-il. »
  J’acquiesçai. Je ne sais pas comment il s’y pris, mais en dix minutes de bidouillage, il m’avait permis de faire le plein.
« - Je te propose de dormir ici. Dans le magasin de la station, lui proposai-je. C’est pas le grand luxe, mais ça nous suffira pour passer la nuit.
- Ca me va. Mais on devrait cacher la voiture avant. »
  J’acquiesçai à nouveau. L’avantage, c’est que le 4x4 était noir, facilement camouflé. Dans le magasin – une fois la poignée de porte forcée, je sortis une lampe torche, et l’allumai.
« - Il n’y a plus de courant, annonçai-je.
- Cette station est plus proche du point d’explosion que nos villages. Elle a du subir l’EMP.
- Quelle EMP ? demandai-je.
- Après une déflagration nucléaire, il y a une surémission d’électrons. La Croisée et Ventabren sont suffisamment éloignés pour avoir subi uniquement des perturbations, mais la station, ici, a dû s’en prendre un coup.
- La zone doit être irradiées, alors.
- On est à l’Est de la ville, Jonas. De ce côté-là, les particules légères ont été portées par la pluie au loin.
- Et les particules lourdes ? demandai-je.
- On est près du point zéro, mais n’exagère pas trop non plus, me répondit-il simplement. »
  Il n’empêche que je n’étais que peu rassuré, et regretter que les compteurs Geiger soit si rares en France. Je déteste être dans l’expectative d’un danger potentiel. Improviser est un fait, anticiper, c’est une autre histoire.
  Je sortis de mon sac un sandwich que j’avais fait à la va-vite en partant de La Croisée, que je dévorais à pleine bouche, alors que Franck dormait déjà dans le couloir des boissons.
  Avant de tomber de sommeil, beaucoup d’interrogations vinrent occuper mon esprit. Il allait me falloir arrêter de penser comme un adolescent. Comme ces renégats. Franck m’avait mis face à cette situation : jusqu’à maintenant, j’ai eu coup de chance sur coup de chance. J’aurais pu mourir quand les cambrioleurs sont rentrés au Centre Auto. J’aurais pu mourir quand Paul Le Nasillard a essayé de me renverser en voiture. J’aurais pu mourir quand les Renégats m’ont fait prisonnier.
  Pourtant, j’étais encore vivant. Etait-ce seulement du talent ? Etait-ce seulement de la chance ? Un mélange subtil des deux ?
  Il allait falloir faire preuve de plus que d’un talent à l’improvisation. Il allait me falloir m’organiser. Et réfléchir à ce qui allait se passer demain. Et les jours prochains.
  Je ne pouvais pas rentrer à La Croisée ce soir. J’avais à payer ma dette envers Messaoui.

J + 04, 11h30.
  Il y avait un village, entre La Croisée et Ventabren. Beauréveil. Un nom stupide, n’est-ce pas ?
  Beauréveil disposait d’une importante nappe phréatique, et plus important encore, du seul centre médical potentiellement en service de la région, depuis l’explosion. C’était ça, le service que Messaoui m’avait demandé : contacter Beauréveil pour se lier à leur centre médical.
  Et c’était considérable, car La Croisée ne disposait que de deux médecins avec simplement leur cabinet, et deux pharmacies qui seraient rapidement dépourvues de stock, tant que la question « Quand est-ce que les secours arrivent ? » n’aura pas de réponse. Et cette question n’amenait pas le temps d’une réponse, il fallait anticiper, et supposer qu’ils mettraient beaucoup de temps à venir.
  Selon les explications que Franck me donna dans la nuit, les militaires en sous nombres ne pouvaient pas à la fois faire la police dans tous les villages et gérer la sécurité des différentes Exodes. Ils ont été forcés de faire un choix. Ils avaient choisi d’escorter les mouvements de masse, et l’Exode vers l’Est avait été préférée à la sauvegarde des villes. Un choix qu’on ne pouvait leur blâmer : comment choisir entre la vie des uns et celle des autres ?
  Maintenant, avec l’ampleur des attaques nucléaires, y avait-il encore une petite probabilité que des organisations puissent mettre en place des secours, surtout pour des régions comme la nôtre ? L’ONU tendrait à venir en aide aux Etats-Unis, qui n’avaient certainement pas conscience de l’état du reste du Monde. Donc, logiquement, nous étions laissés à nous-mêmes. D’où la nécessité de réagir. Et vite.
  Mais je ne m’attendais pas à trouver la ville de Beauréveil dépourvue d’âme qui vive. Les rues étaient silencieuses, les maisons ouvertes, vides. Une ville fantôme.
« - Qu’est-ce qu’il s’est passé ? me demanda Franck.
- Je dirais que l’exode a emporté tous le monde… »
  Et je vis alors l’hôpital. Un frisson d’effroi parcourut mon échine. La façade de l’hôpital s’était effondrée sur elle-même. Des gerbes d’étincelles s’échappaient de part et d’autre dans des craquements stridents.
« - Ou pas, ajoutai-je à ma phrase. »
  Je distinguai, dans le hall de l’hôpital, des corps inertes dont la chair déjà consommée par les insectes dégageait une odeur malsaine.
« - Qu’est-ce qu’il s’est passé ? répétai-je.
- J’ai peur de comprendre, me fit Franck. On devrait aller voir la grande surface. »
  Cinq minutes après, nous trouvâmes une véritable hécatombe sur le parking de la grande surface. Je ne sais pas si c’était l’odeur des corps ou bien le choc de la vue, mais j’ouvris la porte, et posai violemment et douloureusement une gerbe qui exhibait mon maigre repas du matin.
« - Mon Dieu, fis-je.
- Il a dû y avoir une émeute après l’explosion, affirma Franck en déglutissant. Les militaires ont réagi, et il y a eu une merde. Ils ont tiré sur la clinique, avec un tank sans doute.
- Tu veux dire qu’ils se sont tous entretués ? m’exclamai-je, horrifié.
- Je veux surtout dire que quelqu’un est responsable de ce massacre et que ce quelqu’un n’est pas forcément mort, lâcha-t-il lourdement. »
  Nous nous regardâmes un instant.
« - Je prends le fusil, me fit-il. »

Nous nous aventurâmes dans la grande surface, des masques de fortune nous couvraient le nez et la bouche, nos armes levées devant nous. La répugnance de l’arme s’était dissipée une fois la confrontation avec les Renégats de Ventabren passée. Soudain, dans le combat des convictions face à la survie, la survie venait de l’emporter.
  Les étalages étaient dévastés, renversés, détruits. Des corps jonchaient le sol dans un chaos complet, s’amoncelant les uns sur les autres, et je luttais pour ne pas tourner de l’œil. Moi qui n’avait jamais vu que cinq corps morts jusque là, des dizaines apparaissaient alors sous mes yeux.
  A chaque couloir passé, je soupirai douloureusement, à la fois soulagé de ne pas avoir été attaqué, et à la fois terrorisé par l’idée de l’être au prochain couloir.
  « - Jonas ! entendis-je hurler soudain. »
  La voix de Franck provenait de la réserve. Mu par une force qui me permettait de dépasser ma répugnance, j’accourus dans sa direction, gardant mon attention ouverte. Je traversais une réserve sans dessus dessous et arriva devant un immense poids lourd.
  Franck avait gardé sa garde levée, et me regardai.
« - Le camion est chargé, comme s’ils étaient prêts à partir.
- Et pourquoi tu as gueulé ? N’importe qui aurait pu t’entendre, Franck !
- Je pense pas, Jonas. Je pense pas… »
  Je fis le tour du camion, le revolver levé. Je vis des traces à l’avant du camion. Je levai la tête, et regardai la cabine, dont les portes étaient entrouvertes. J’en ouvris une d’un coup sec, et un corps ensanglanté manqua de m’écraser.
« - Putain ! crachai-je en l’esquivant. »
  Je me retournai. Un autre corps, plus rouge encore de sang, contre le mur, me fit sursauter dans un haut-le-cœur violent qui me plaqua contre le camion.
« - Merde… Franck, il n’y a plus personne !
- Quoi ?
- Ramène-toi ! hurlai-je. »
Franck vint me rejoindre sans baisser son fusil. Je respirai profondément.
« - Comment ça, « il n’y a plus personne » ? »
  Je lui montrai les deux corps.
« - Ils se sont entretués parce qu’ils voulaient tous le camion. Probablement parce que les habitants voulaient protéger leurs ressources, et que les autres voulaient se les approprier. »
J’avançai, baissant mon arme. Franck me suivit, et je lui montrai les traces de pneus.
« - Deux camions, Franck. Un premier est parti. Le deuxième devait probablement le suivre, mais on dirait qu’il n’a pas eu autant de chance que le premier. »
  Je regardai les traces avant de lever la tête vers Franck.
« - ils se sont tués, tous, pour se battre le camion. Ca n’a pas de sens ! m’exclamai-je.
- Tout dépend ce que contient le camion, me fit-il. »
  Il monta dans la cabine et saisit les clefs, qui n’avaient pas bouger des mains du défunt conducteur.
  La minute d’après, nous ouvrions la porte arrière. Nous vîmes alors son contenu. Et nous cessâmes de bouger.
« - Bordel de chiottes de saloperie ! m’exclamai-je vulgairement.
- Qu’est-ce que… »
  Nous fîmes silence un instant, tentant de comprendre. Tentant de réaliser.
« - Qu’est-ce qu’on fait ? demandai-je.
- Il n’y a plus personne pour réclamer le camion. Si on laisse ça, n’importe qui peut tomber dessus. De mauvaises mains. »
Je réfléchis un instant.  Des hommes s’étaient entretués pour ça. Vaudrait-on mieux qu’eux en se l’appropriant ?
« - Je ne sais pas conduire les poids lourds, affirmai-je.
- Moi si, me fit-il avec un sourire.
- Alors, qu’est-ce qu’on fait ? demandai-je. »
  Il regarda la réserve, et me demanda :
« - Jonas, il y a une place pour moi à La Croisée ?
- J’ai l’autorisation de ramener des survivants s’ils ne menacent pas la ville de surnombre, Franck. Il y a une place pour toi. »
  Il sourit.
« - On finit de remplir le camion. La Croisée va vivre et survivre. »

Narrateur : Katia
« - Qu’est-ce qu’il se passe ? demandai-je. »
  Une quinzaine de personnes s’étaient agroupées devant le Centre Auto.
« - Ils ne comprennent pas pourquoi un « gamin » comme Jonas, qui n’est même pas croiséen, soit en charge des voitures, m’informa