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#1 11-04-2007 18:55:17

irajonas
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Lieu: Meyrargues (13)
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Away From Jericho

Voici donc la deuxième Fanfiction dont j'ai parlé, et la première que j'aie commencé autour de Jericho.

Trame principale : Eli Jaccob, et Lina Arsen quittent Denver en bus sans regret en direction de Topeka. En chemin, pris dans un bouchon, le bus est témoin de l'explosion au loin de la ville de Denver. Pour Eli, Lina, Earl (le chauffeur du bus), et tous les passagers, c'est le début de l'enfer.

Part 1 : H-2

«- Eli! »
Je levai la tête, sortant de ma torpeur. Où étais-je?
Ah, oui. Le bus. Le bus qui devait m'emmener à Topeka... Lina était assise à la place devant moi, et s'était retournée pour me réveiller.
Topeka... Le plus long voyage de mon existence. J'avais quitté Denver en trombe, choisissant sans vraiment réfléchir une direction au hasard. Lina avait décidé de m'accompagner dans mon périple... « mon périple »... Tu te lèves un matin, et te voilà en train de fuir, loin de chez toi, avec ta voisine de palier.
Partir de rien, recommencer à zéro. C'était ça, notre idée. Et Topeka était la direction que le hasard nous avait proposée.
Mille trois cent dollars à tous les deux pour partir loin de chez nous. J'avais à peine rassemblé quelques affaires dans un sac de voyage et un sac à dos, que j'avais rejoint Lina au coin de la rue. On s'était juste regardés, et on était partis.
On avait décidé de quitter Denver. On avait pris le bus en direction de Lawrence, mais il y a eu une défaillance en cours de route, et une navette avait été envoyée pour nous transporter jusqu'à Topeka.
Lina me regardait de ses grands yeux bruns. J'ai toujours été doué pour lire dans les émotions des gens, mais Lina a toujours été douée pour cacher ses émotions. La regarder dans les yeux revenait à écouter un code morse qu'on serait incapable de déchiffrer.
« - Tu penses à quoi? Me demanda-t-elle. »
Je la regardai avec plus de profondeur. Ses cheveux étaient d'un blond éclatant qui m'a toujours paru pur. Son regard, quoique inexorablement illisible, avait quelque chose de doux. C'est le genre de fille qui vous donne envie de la protéger quand vous la rencontrez, et le genre de fille qui vous protège quand vous la connaissez.
Je n'ai jamais rien compris à sa logique. Alors, je ne cherche même plus à comprendre. Je ne sais toujours pas moi-même pourquoi elle m'a suivi.
« - A quoi veux-tu que je pense, Lina? On a tout quitté. On est seuls maintenant. »
Elle tapota le dossier du siège, semblant plonger dans une profonde réflexion, puis se retourna à nouveau vers moi.
« - Qu'est-ce qu'on fera, une fois à Topeka?-
  -J'avais pensé me poser à l'hôtel, le temps de retrouver quelques repères. Après, on pourrait toujours continuer la route pour Lawrence, ou partir en direction de Wichita. Ou bien rester à Topeka...
- Rien ne sera plus facile, hein? »
Mais c'est qu'elle commençait à me fatiguer, avec ces questions!
Je fis un geste hésitant de mes mains, baissant la tête, puis la relevai pour la regarder dans les yeux.
« - Ecoute, Lina, je suis complètement crevé, est-ce que tu pourrais... juste quelques minutes... »
Elle hésita, puis acquiesça, et sans un mot, se retourna.
Replongeant dans mon état comateux, je repensais au visage de Lina, qui n'exprimait ni la déstabilisation de se retrouver sur le chemin de Topeka plutôt que celui de Lawrence, ni la peur de l'inconnu, ni la gêne de se retrouver dans le même voyage que son voisin qu'elle connaissait finalement à peine. Je replongeai alors dans mon sommeil, aussi léger fut-il...
___________________
Part 2 : H-0

Le bus donna un à-coup, et ma tête vint taper le dossier du siège de Lina. Tous le monde, instinctivement, releva la tête.
« - Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda un type au fond du bus. »
Je me relevai, et avançait jusqu’à être à côté du chauffeur. Je regardai la route : des kilomètres entiers de bouchons qui s’étendaient jusqu’à l’horizon.
« - Eh merde ! s’exclama le chauffeur. On n’arrivera jamais à Topeka dans la soirée ! »
Je le regardai, puis détourna mon regard sur la longue file de voitures.
« - C’est quoi, la raison de ce bouchon ? demandai-je. J’ai jamais vu un embouteillage pareil… »
Le chauffeur fit une grimace, puis tourna le bouton de la radio. Les fréquences s’enchaînèrent, mais rien ne fut capté.
« - Oh mon Dieu ! hurla une femme vers le milieu du bus. »
Je me retournai. Lina était à côté de cette femme, elle regardait elle aussi par la fenêtre. Elle se tenait la bouche, comme si elle se retenait de hurler. Ou de vomir. Parce que ce qu’elles voyaient était un traumatisme suffisant pour avoir envie de poser sa gerbe.
Le chauffeur ouvra la porte du bus et descendit. Je le suivis aussitôt, entraînant derrière moi l’intégralité des gens du bus, qui s’écartèrent les uns des autres autour de moi. Je m’avançai lentement par rapport aux autres, tandis que Lina me rejoignait. Comme elle, je regardai l’horizon avec un frisson d’effroi qui me donnait l’impression que chacune de mes vertèbres tremblaient et menaçaient de me tordre l’échine. Comme elle, j’avais les larmes aux yeux, les jambes tremblantes, les nerfs à vifs, une folle envie de partir en courant, et de vomir tout ce que j’avais à vomir.
Le nuage montait haut dans le ciel. Le spectacle aurait eu quelque chose de beau, si ce nuage avait était un nuage ordinaire. Sauf qu’il exhibait l’étrange forme d’un champignon, du genre grand pied et chapeau enflé. La fumée, légèrement orangée par l’horizon, semblait se porter dans les airs, pour être aspirées plus en hauteur dans le centre du chapeau. Au pied du champignon, il y avait des éclats noirs, des émanations de fumée si sombre que rien ne pouvait être présagé de bon dans une image pareil.
Le grondement vint après, se faisant ressentir jusqu’au plus profond de mes tripes et de mon crâne. Plus sourd qu’un tremblement de terre, mais moins terrifiant. Non, plus oppressant.
Lina se rapprocha à nouveau de moi, plus près encore, jusqu’à s’accoler contre moi. Instinctivement, je passai mon bras autour d’elle. Je la sentais trembler, des pieds jusqu’à la tête. Je sentais la panique que lui inspirait une telle image.
« - Eli… »
Encore tremblant de l’image qui était imprimée à mes yeux, je demandai au chauffeur :
« - Qu’est-ce qu’il y a, par là-bas ?
- Là-bas… C’est Denver…
- Bon Dieu, qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda un homme dans le bus. Qu’est-ce que c’est que ça ? »
  Est-ce que cet homme se demandait vraiment ce qu’il s’était passé, ou attendait-il que quelqu’un lui dise que ce n’était qu’un mauvais rêve ? Je ne sais pas. Mais la réponse sortit de ma bouche sans que je sois capable de les contrôler, de les contenir, tout simplement, de me taire.
« - C’était une bombe atomique… Et Denver a disparu…. »
  Le chauffeur baissa fébrilement la tête. Il enleva sa casquette imprimé des lettres « NY », et la posa sur sa poitrine. Il essaya de parler, mais les mots ne sortirent pas de sa bouche. Au lieu de ça, des larmes commencèrent à couler sur ses joues. Et sur les miennes. Et sur celles de Lina.
Parce que toute cette vie qu'elle et moi avions vécu à Denver. Toute cette vie que nous avions quittée pour partir en direction de Lawrence, toute cette vie que nous connaissions, le monde que nous connaissions, était parti ce jour dans cette explosion que chacun d'entre nous regardait avec effroi.
Je m'appelle Eli Jaccob, et ma famille est morte dans l'explosion nucléaire de Denver.
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Part 3 : Le rush

  Une femme se détacha du lot. Elle tenait dans ses bras un nourrisson qui pleurait et criait comme s'il ressentait le malaise en chacun d'entre nous. La femme ne pouvait détacher son regard du grand champignon qui s'élevait dans les airs.
« - Est-ce qu'on est attaqué? On est en guerre? Demanda-t-elle.
- Par qui est-ce qu'on pourrait être attaqué? Demandai-je.
- La Chine, le Japon, l'Irak? Proposa Lina. Si tu réfléchis bien, n'importe qui dans le monde pourrait trouver une bonne raison de nous attaquer.
- Attendez, et si c'était un accident? Ajouta le chauffeur.
- Un accident pareil? Demandai-je en m'asseyant sur la marche de l'entrée du bus. On serait en plein désert du Nebraska, je dirais pas, mais là, on parle de Denver, les gars ! De Denver! »
  Ils me regardaient tous, soudainement. Face à tous ces regards, pesants, et certains mêmes, qui semblaient attendre de ma part du réconfort, ou bien des réponses, je me sentais obligé de contenir mes larmes, de contenir ma peur, et de contenir mes nerfs. Mais pourquoi me regardaient-ils comme ça? Qu'est-ce qu'ils attendaient de ma part? Je n'étais qu'un gamin, à la fin!
  Et là, on a entendu les klaxons, les moteurs, les voitures freiner. D'une seconde à l'autre, la route est devenue un véritable enfer.
  Tous le monde manoeuvrait en même temps pour faire demi-tour. Pourquoi? Pour aller où? Peut-être que certains d'entre eux avaient perdu de la famille à Denver... comme moi j'avais perdu la mienne... Quoiqu'il en soit, rapidement, les voitures prirent la direction inverse, et semblaient se ruer droit sur nous.
  Mon sang partit au quart de tour, et je sentis mes tempes battre à toute allure.
« - Montez dans le bus, tout de suite! Hurlai-je. »
  Je poussai Lina à l'intérieur. Elle protesta.
«- Mais...
- Lina, monte, ne pose pas de questions! »
  Rapidement, les quelques personnes – qui devaient s'élever à une dizaine – remontèrent dans le bus en trombe, alors que les voitures se faisaient de plus en plus proche. Je les regardai un instant, comme paralysé.
  J'avais l'impression d'être face à une armée.
« - Eli, bouge-toi! »
  La voix de Lina me rappela rapidement à la réalité. Ce fut comme un courant électrique qui traversa mon corps entier. Je sautai à l'intérieur du bus, et le chauffeur referma la porte derrière moi. Je lui demandai alors:
« - Ils vont quand même pas nous rentrer dedans.?
- Ils vont essayer de nous éviter, mais ils sont trop nombreux. Ils vont essayer de s'éviter les uns les autres, mais il y aura forcément des collisions.
- Et vous me dites ça calmement? Rajoutai-je.
- J'ai l'air calme? J'ai jamais eu autant les chocottes, mon petit! »
  Les voitures commencèrent à défiler autour du bus. Les gens klaxonnaient, freinaient, c'était l'anarchie sur la route. Tout le monde voulait déguerpir au plus vite, comme s'ils avaient peur qu'une autre catastrophe vienne les poursuivre.
  Et les chocs commencèrent. Je me rendis compte alors que Lina était derrière moi, car elle manqua de tomber sur moi. Je la rattrapai dans un réflexe que je n'aurais jamais imaginé de ma part. Je la regardai un instant dans les yeux. Pour la première fois, j'y lisais une émotion.
  La Terreur.
« - Va t'asseoir, Lina, lui ordonnai-je.
- Eli...
- Ecoutez-le, gamine, et embarquez-le avec vous tant que vous y êtes, rajouta le chauffeur.
- Hein? M'étonnai-je.
- Je vais tenter quelque chose, et j'ai pas besoin de te voir faire semblant de prendre les choses en main, gamin ! »
  En tant normal, je me serais sûrement vexé. Mais Lina m'attrapa par l'épaule et m'emporta avec elle à l'arrière du bus, passant devant la femme et son bébé, devant un homme d'un âge avancé qui semblait avoir du mal à comprendre dans quelle galère nous étions, et un type de notre âge qui était prostré sur son siège.
  Un second choc manqua de me faire tomber en avant, mais Lina et moi gardions l'équilibre. Nous nous posâmes à l'arrière du bus, et je hurlai au chauffeur :
  « - Qu'est-ce que vous comptez faire?
- Regarde par la fenêtre arrière et dis moi quand tourner, fiston!  Me répondit-il. »
  Je détournai alors mon regard vers Lina, qui était aussi surprise que moi.
« - Atends, il va quand même pas... »
  Et je n'eus pas le temps de finir ma phrase. J'entendis l'embrayage craquer, les pneus crisser, et j'eus à peine le temps de tourner la tête vers la fenêtre arrière du bus, que le véhicule partait à toute vitesse dans une marche arrière effrénée.
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Part 4 : The Stop

« - Braquez à gauche! Hurlai-je. »
  Et, schéma typique dans lequel on se sent systématiquement idiot, le chauffeur braqua à droite. Une voiture freina dans un crissement horrible de pneus, klaxonnant, et dévia de sa trajectoire pour continue sa route à travers champ.
« - J'avais dit à gauche ! Criai-je au chauffeur.
-  C'était une Skyline citadine, à droite, elle pouvait facilement nous éviter. Si j'avais braqué à gauche, j'aurais dû éviter un SUV, mon gars. Et lui, il aurait eu plus de difficulté à réagir que la Skyline. »
  J'acquiesçai.
« - Bien vu, admis-je. »
  Les voitures continuaient de se diriger vers nous, nous évitant comme elles le pouvaient. Rapidement, alors que le chauffeur slalomait de main de maître entre les voitures qui allaient et venaient de part et d'autres du bus, un carrefour arriva à l'horizon.
« - Eh, on a un carrefour à deux kilomètres ! Cria Lina.
  J'ai vu, répondit le chauffeur. Et le panneau prévoit quelles directions? »
  Je plissai des paupières pour regarder le panneau qui s'approcher petit à petit.
  « - Si on continue tout droit, la route se détourne vers Jericho et rejoint Rogue River... Sur la droite, ils indiquent la direction d'un motel, mais...
- C'est parti pour le motel, alors! Hurla le chauffeur. »
  Je ne sais pas pourquoi, mais dès l'instant où il dit « c'est parti », je sus que ça n'allait pas être une soirée très calme. Lorsque le croisement arriva à notre niveau, le chauffeur braqua à fond, et le bus continua sa course sur une sorte d'aire de repos, où le chauffeur s'arrêta. Nous restâmes un bon moment à cet endroit, sans bouger, à regarder l'afflux monstrueux des voitures sur la route principale.
  « - Où vont-ils tous? Demanda un vieil homme sur le côté.
  -  Je n'en sais rien, répondit le chauffeur. Certainement le plus loin possible de Denver... »
  Pendant cinq minutes, peut-être dix, personne ne prononça un mot dans le bus. Nous regardions tous le fleuve automobile qui beuglait des insultes au milieu des klaxons, des cris affolés et des bruits de tôle froissée. Pendant ces quelques minutes, mes yeux parcoururent le bus, et je me rendis compte, non sans surprise, que nous n'étions que peu nombreux.
  Il y avait bien sûr le chauffeur, un homme un peu rondouillard, une couronne de cheveux grisonnant, et sa casquette « NY » fièrement posée sur son crâne qui devait certainement être un peu dégarni. Il y avait également cette femme, une brune avec de petits yeux bleus un peu rêveur (enfin, étant donné les circonstances, ces yeux scintillaient plus des larmes qu'elle retenait tant bien que mal). Elle tenait entre ses bras un bébé, qui pleurait toujours, bien que moins bruyamment. J'apprendrais plus tard qu'il s'agit d'une petite fille : Gina.
  Et ce gars, qui devait avoir mon âge, à peu de choses près. J'imagine qu'à l'époque, il avait de l'allure, à l'université, ou au lycée. Qu'il en imposait et qu'il était certainement respecté. Voire même craint. Mais, à l'heure actuel, ses cheveux mi-longs en bataille, se balançant, prostré, d'avant en arrière avec le bruit de la chaîne qui dépassait de sa poche, il paraissait comme un gros tas de tissus ballotté pendant le voyage.
   Une jeune asiatique (une coréenne, d'après moi), était assise à l'avant, et s'était rapprochée du chauffeur. Elle regardait fixement la route avec terreur. Je ressentais énormément de fragilité émanant de sa personne.
  Et puis, il y avait ce vieil homme. Pas un poil sur le caillou, le front plissé par de multiples rides qui lui donnait l'air d'avoir passé une nuit entière à réfléchir, à réfléchir, et encore à réfléchir. Si la fragilité émanait de la coréenne, lui, transmettait plutôt une aura incroyable qui faisait montre du savoir qu'il possédait.
  Et bien sûr, il y avait Lina et moi. Lina, qui était assise, contre moi. Et moi, avec cette vieille veste de motard, qui me donnait des épaules plus larges que je n'avais, seule veste capable de supporter le voyage que je nous avais prévu. Je me souviens qu'elle m'avait demandé par où je comptais commencer. Et j'avais répondu :
  « - Pour le début, je pense à une destination au hasard (le sort a plus tard décidé que Topeka serait cette destination). Histoire de prendre un nouveau départ. Puis on enchaînerait en direction de Cincinnati. Un ami a emménagé là-bas, et je pense qu'il pourra nous aider trouver ce qu'on cherche.
- Et après? M'avait-elle demandé.
- Après, on poursuivrait jusqu'à Las Vegas. C'est là-bas que cette histoire a commencé, j'imagine que c'est là-bas que ça doit finir. »
  J'émergeai alors de mes pensées quand quelqu'un martela la porte du bus. Tous les passagers sursautèrent. La coréenne poussa un gémissement d'effroi. Le chauffeur se pencha en avant, et par réflexe, je courus le rejoindre.
  Un homme frappait la porte en suppliant qu'on le laisse entrer. Il avait la trentaine, les cheveux, bruns, en bataille, la joue rougit par ce qui apparaissait être un coup de poing. Sa tempe saignait légèrement. Le chauffeur ouvrit la porte.
« - Qui êtes-vous? Demanda le chauffeur.
- Lans... Nelson Lans, répondit-il, suffoquant. J'ai besoin...
- Si vous cherchez à vous rendre quelque part, je crois qu'il ne faudra pas trop espérer, mon vieux, coupa le chauffeur. Vous avez vu l'ex...
- Qui ne l'a pas vue? Enchaîna ce Lans, complètement déboussolé. Je rentrai à Denver... un voyage d'affaire... j'habitais là-bas... toute ma famille... »
Lans s'effondra en sanglot contre le marchepied du bus.
« - Ils sont tous morts... il n'y a plus rien, il n'y a plus... »
  Les paroles qui suivirent étaient incompréhensibles. Les sanglots entrecoupaient des syllabes à peine articulées. Je restai paralysé, sentant à quel point cet homme avait vu sa vie disparaître en quelques secondes. A Denver, tout ceux que je connaissais avaient disparu, mais mes relations avec ma famille avait fait que voir la ville partir en fumée avait été pour moi comme une... délivrance, malgré ce malaise omniprésent qui me répétait « des âmes ont disparu. »
Mais cet homme, c'était justement son âme qu'il avait perdue. Tout ce qui le raccrochait à la réalité, sa vie, sa femme, ses enfants... L'explosion de Denver avait détruit sa vie, mais ne l'avait pas tué pour autant.
« - Mr. Lans, dis-je en l'aidant à se relever. Je suis désolé pour votre famille. Ecoutez... ma famille aussi a disparu dans l'expl... »
  Je retins mes mots. Si j'avais prononcé encore une fois le mot « explosion », cet homme se serait probablement lancé dans le flux des voitures pour finir sa vie entre les roues des autos.
« - Vous n'avez pas l'air si perturbé par la perte de vos proches, me dit-il sèchement. »
  J'encaissai le coup. Pourrait-il jamais comprendre pourquoi ? Pourquoi j'étais parti de chez moi, pourquoi je m'étais lancé dans ce voyage, pourquoi l'explosion de Denver me faisait plus mal pour ses habitants que pour ma famille? Pourrait-il jamais le comprendre?
« - Ecoutez... maintenant que Denver est parti, ce n'est qu'une question de temps avant que le gouvernement n'envoie des aides. Dans l'intervalle, vous devriez venir avec nous...
- Le gouvernement ne peut pas envoyer d'aide ! Cria Lans, à bout de nerfs. »
Un long silence emplit à nouveau le bus. J'aidai Lans à monter, l'asseyant sur les places avant. Les passagers du bus, ainsi que le chauffeur, se rapprochèrent de nous.
« - Comment ça, le gouvernement ne peut pas envoyer d'aide? Demanda le vieil homme.
- J'avais gardé une vieille C.B. dans ma voiture. Quand la radio a tourné HS et que j'ai vu l'explosion au loin, je me suis jeté sur la C.B. et j'ai cherché sur tous les canaux un signal, quelque chose, n'importe quoi ou n'importe qui qui pourrait m'aider à comprendre ce qu'il se passait. Et je suis tombé sur une conversation entre deux camions. L'un d'entre eux était sur la route qui allait en Pennsylvanie, l'autre se dirigeait vers l'Illinois. »
Il marqua une pause.
« - Il y a eu plusieurs attentats. »
  Ce frisson désagréable, que je croyais disparu de mon corps, se transforma en une horrible qui me parcourut le dos. Je m'effondrai à la renverse. J'avais cru à un attentat terroriste centralisé sur Denver. Comme pour le 9/11. J'avais même passé toutes les possibilités en tête, et je m'attendais à ce que la vérité soit un attentat orchestré par je ne sais quel groupe terroriste qui continuerait à vouloir maintenir les américains dans la peur. Sauf qu'il n'y avait qu'un pas à franchir entre la peur et la terreur, et nous avions carrément fait un bond pieds joints dans la panique.
  J'entendis Lina éclater en sanglot, et je la vis, du coin de l'oeil, partir s'isoler au fond du bus. La femme resserra son bébé contre elle plus fort encore. Le vieil homme et le chauffeur firent, de manière synchrone, un signe de croix très prononcé. Quant à la coréenne, elle resta particulièrement froide. A moins que, comme moi, elle ne se soit forcée à ne pas craquer.
J'avalai avec difficulté ma salive, avant de reporter mon attention sur Lans.
«  - Quelles autres villes ont subi des attaques ? Demandai-je.
- J'en ai entendu quatre, mais apparemment, le nombre est colossal. »
Nouveau silence.
« - Chicago... »
Il trembla. Le vieil homme sortit une couverture de son sac de voyage et la posa sur l'homme, mais ça ne suffit pas à calmer ses spasmes de terreur.
« - Detroit... Atlanta... et Washington...
- Oh mon Dieu, murmurai-je. »
  Si Washington était partie elle aussi, on pouvait officiellement déclarer l'état d'urgence dans le pays tout entier. Je voyais déjà le scénario se réaliser. Dans les jours qui allait suivre, je voyais déjà le chaos régner dans tous les états... je voyais déjà...
  Je courus à l'extérieur du bus. Et à peine avais-je mis le pied à terre que pour la deuxième fois, je déposai ma gerbe douloureusement, la tête trop pleine de la vision de milliers de personnes hurlant, suppliant, priant pour que leur vie soit épargnée.
  J'avais peur de ce que le lendemain allait être. Et tous les jours d'après...
  Lorsque je remontai dans le bus, ce fut le moment que Lans choisit pour tomber dans les pommes. Le chauffeur me regarda dans les yeux. Nous échangeâmes un regard étrange. Comme si le destin de ceux qui peuplaient ce bus était désormais entre nos mains.
« - Ca va aller? Me demanda-t-il.
- Vous avez entendu Lans, comment voulez-vous que ça aille? »
  Il haussa les épaules. Je crois qu'il tentait de conserver sa carapace de gros nounours insensible, mais qu'intérieurement, il avait lui aussi envie de craquer.
  Il me tendit la main, et se présenta.
« - Earl. »
  Je regardai un instant sa main, pris au dépourvu. Ce gars choisissait étrangement son moment pour les présentations. Mais, quand même, sans que je sache vraiment pourquoi, je suivis son mouvement, et lui serrai la main.
« - Eli, répondis-je. »
_________________________________
Part 5 : The Motel

  Earl nous conduisit au motel. Celui-ci avait été subitement vidé de tous ses occupants. Quand nous arrivâmes devant, personne ne se demanda pourquoi.
   La route sur laquelle se trouvait le motel reliait Topeka à Lawrence et Denver. Hormis ces villes là, il n'y avait que des petits villages comme Jericho, selon la carte. Rogue River était plus au nord et nécessitait d'emprunter des routes de campagnes plus isolés. Quand le trafic s'est inversé, les gens sont partis dans toutes les directions par les petites routes. J'imagine que la route liant Denver au Kansas devait effrayer les gens au point de vouloir regagner Lawrence.
  Entre le moment où le bus s'est arrêté sur le bord de la route, et le moment où nous avons franchi la porte du motel, il a du s'écouler... une heure, peut-être deux. Le temps que la route se dégage. Le temps que la route redevienne sûre.
Tout ce temps, je l'ai passé à essayer de retrouver la Lina que je connaissais. Depuis l'explosion, j'avais l'impression d'avoir à mes côtés une coquille vide. Le corps de Lina, et son âme détruite. Elle refusa de m'écouter. Elle refusa également de parler. Et le silence qu'elle m'imposa fut sûrement une torture plus violente que si elle m'avait hurlé dessus. Tout ce que je pus faire, fut de la prendre dans mes bras, comme catatonique.
Lorsque le bus arriva à mi-chemin, Lina s'endormit dans mes bras. Je refusai de retirer mon étreinte. La coréenne vint à nos côtés, dégageant de devant ses yeux une mèche de cheveux un peu rebelle qui semblait la gêner.
« - Vous venez de Denver? Me demanda-t-elle. »
J'acquiesçai.
« - Mes parents sont venus de Corée deux ans avant ma naissance, ils se sont installés à Philadelphie. »
De Corée. Comme quoi, j'avais bien raison.
« - Comment est-ce que tu t'es retrouvée dans le Kansas ? Lui demandai-je. »
Elle eut un rire nerveux.
« - Disons que je ne ferais plus jamais confiance aux grandes promesses d'un mec trop sûr de lui. »
J'eus alors ce même rire nerveux qu'elle. Puis son regard se posa sur Lina.
« - Vous êtes proches, elle et toi. »
Je regardai Lina, qui me paraissait enfin apaisée. Je relevai les yeux, regardant le vide, me rappelant toute l'histoire que nous avions en commun. Un long tracé que quelques lignes aurait du mal à définir.
« - C'est... compliqué, répondis-je. »
  Elle se présenta sous le nom de Na Yung. Je me présentai à mon tour. Quelques temps après, le bus arriva devant le motel. Sur le parking reposait un SUV. Un Ford Explorer dont la vitre arrière était brisée. Y avait-il encore quelqu'un dans le motel, ou bien le client était-il parti si vite qu'il n'avait même pas pris le temps de monter dans sa voiture?
  Dans le hall, le petit groupe du bus déposa ses bagages sur les divans répartis contre les murs. La première chose que fit le vieil homme fut de s'avachir dans le canapé le plus proche en soupirant.
« - Ok, fit Earl, hésitant. Euh, puisqu'on va tous certainement devoir vivre ensemble pendant un moment, la meilleure chose à faire serai de commencer par les présentations. »
Earl se présenta en premier, répondant au nom de « Earl Sinsay ». Comme tous le monde parut hésitant à se présenter face à de parfaits inconnus, je me présentai à mon tour. Lina me suivit, ainsi que Na Yung. La femme au bébé répondait au nom de Josie Lisinsky, et nous informa que son bébé était une fille du nom de Gina. Le vieil homme, Terence Mayer, nous apprit au passage qu'il avait été professeur de sciences, spécialisé dans la chimie, et qu'il était maintenant à la retraite. Le dernier a accepté les présentations fut le gars à la veste en jean, Mike Hannen, qui resta dans son coin comme s'il boudait. Quant à Nelson Lans, personne ne le blâma de ne pas se répéter.
Puis je rejoignis Earl pour inspecter les lieux. La première étape fut la remise, qui s'avéra avoir un contenu intéressant.
Outre un accès à un abri anti-atomique, il y avait deux revolvers, un fusil de chasse et un fusil à pompe qui reposait sur une étagère, à côté de boites de munitions. En découvrant ceci, Earl poussa un soupir, et se tourna vers moi.
« - Les gérants du Motel avait l'air plutôt prévenants, me fit-il.
Prévenants, ou parano, rajoutai-je. »
Earl prit l'un des revolvers, le regarda un instant, semblant hésiter, puis me le tendit.
« - J'ai jamais tenu une arme à feu dans mes mains, avouai-je.
  - Ca se voit à ton visage, t'es trop angélique pour avoir fait du mal à qui que ce soit. »
  Fait gaffe aux apparences, mon vieux...
« - Et puis, tu m'as pas l'air totalement idiot. Et en dehors de toi et moi, je ne vois pas qui pourrait veiller sur le groupe.
- Merci de votre confiance, répondis-je simplement. »
  J'examinai l'arme que je pris des mains de Earl. Jamais de ma vie je n'avais touché un revolver. Je savais qu'il y avait un cran de sûreté dessus, et mis un certain temps avant de le trouver, de m'assurer qu'il était bien bloqué, avant de passer l'arme dans mon dos.
« - Est-ce qu'on est sûr qu'il n'y a personne dans le motel, dans les chambres? Demandai-je.
- Pourquoi crois-tu que je t'ai donné une arme? Me répondit-il en chargeant le fusil à pompe. »
Je me retournai, regardant la montée d'escalier qui menait aux chambres.
« - Je le sens mal, grognai-je. »
Nous passâmes devant le tableau où étaient rangées les clefs. La chambre 906 était la seule dont les clefs n'étaient pas accrochées au tableau.
« - T'as les jetons, gamins? Me demanda Earl.
- Ce n'est qu'une chambre, répondis-je simplement. »
Earl eu un rictus moqueur.
« - Prie pour que ce soit un junkie, me fit-il. »
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Part 6 : Room 906

  Il n'y avait aucune lumière dans le couloir. Seulement une suite de portes. Toutes fermées. Earl me regarda, puis me fit signe d'avancer lentement dans le couloir.
  Et une question me traversa l'esprit. « Mais qu'est-ce que je fous là, moi? ». J'avais cet arme à la main, dont je ne m'étais jamais servi, et j'étais en train de psychoter sur ce que j'allais trouver dans cette chambre 906. Certainement un junkie avec encore la marque de la piquouze dans le bras, ou bien...
  Earl frappa un grand coup de pied dans la porte de la chambre 906 et pointa son arme directement à l'intérieur. Je suivis son mouvement en me plaquant sur le côté de la porte. Et le spectacle que je découvrais était tout, sauf ce à quoi je m'étais attendu.
  Un homme était par deux fois menotté au lit. Les deux poignets accrochés aux traverses du lit, les bras croisés. Il était en train de s'en débattre quand il nous vit entrer.
  Il devait avoir dans les vingt cinq ans. Il avait l'air d'être plutôt sportif, les cheveux blonds assez longs, le visage crispé tant il semblait avoir forcé sur ses poignets. Earl baissa son arme avec un rictus moqueur. Je baissai la mienne à mon tour et m'avançait dans la chambre.
« - Qui êtes-vous? Demandai-je à l'homme.
- Et vous, vous êtes qui? Répliqua-t-il. »
  Earl s'avança à son tour et tira un coup sur les menottes, arrachant un cri de douleur à l'homme.
« - Eh! Vous êtes dingue ou quoi.? Cria-t-il.
- Je vais te dire un truc, mon petit gars. Dans ce genre de situation, le gars au revolver pose les questions, et le gars avec les menottes répond. Alors, t'es qui? »
  L'homme se débattit à nouveau, mais Earl maintint avec ses mains la pression sur les poignets de l'homme. Visiblement, Earl avait suffisamment de force dans les bras pour lui faire souffrir le martyre.
« - On m'appelle Stan, gémit-il. »
  Earl, satisfait, relâcha les mains de Stan et s'écarta. Je m'approchai alors, examinant les menottes attentivement.
« - Earl? Demandai-je. »
Celui-ci s'approcha.
« - Vous pourriez aller me chercher Lina, s'il vous plaît? »
  Il me lança un regard du genre « ça te gêne pas de rester seul avec ce type? ». Je lui répondis par un regard du genre «il est menotté et j'ai un flingue. Pas de quoi avoir peur. »
  Earl sortit de la chambre après avoir lancé un regard inquiet sur Stan. J'examinai de nouveau les menottes.
« - Alors, « Stan »... comment vous vous êtes retrouvé accroché à la rambarde d'un lit? Je suis sur que ça doit être une histoire à se fendre la gueule. »
  Je tirai un coup sur les menottes à nouveau. Je doutais que Lina ne se montre impuissante face à des modèles aussi basiques.
  « - Ok, ok, fit Stan. Ok... J'te résume la situation, ça te va ? Un motel, une fille, un peu d'alcool, tu vois où ça mène? »
  Je me reculai en me passant la main dans le cou. Un geste nerveux que j'ai toujours eu. L'espace d'un instant, le revolver fut visible et le regard de Stan s'y figea une fraction de seconde.
« - je vois où ça mène, répondis-je en regardant par la fenêtre. Et alors?
- Avant qu'on s'y mette, il y a eu l'explosion, et elle en a profité pour me menotter et se barrer.
- Elle avair l'air sympa, cette fille, ironisai-je. »
  Lina arriva dans la chambre avec Earl, qui tenait toujours son fusil à pompe fermement dans ses mains.
« - Earl m'a dit que tu voulais que je vienne, me fit Lina.
- Ouaip. Ce type est menotté à la traverse du lit, tu crois que tu pourrais... »
Lina ouvrit sa veste, fouilla dans sa poche intérieure et en sortit son matériel de crochetage.
« - Tu m'as prise pour qui? Me demanda-t-elle.
-Eh, dites, vous êtes quoi, au juste, vous deux? Nous demanda Earl. »
  Question à laquelle je ne répondis que par un sourire. Lina s'assit sur le lit, et se pencha sur les menottes. Le regard de Stan parut dès lors perturbé.
« - Eh, le monsieur aux cheveux jaunis, continue à fixer ma poitrine comme ça et je te crochette les yeux et certains endroits du corps qui pourrait faire encore plus mal, ok? »
  Stan ne prononça pas un mot alors que Lina crochetait les menottes de Stan. Je me tournai vers Earl, qui regardait Lina d'un oeil nouveau.
« - Dis-moi, ta copine, elle sort d'où?
- D'une vieille famille de cambrioleurs, répondis-je. »
  Earl ne sut pas si je racontais des conneries ou si j'étais sérieux. Et il n'eut pas le temps de m'en poser la question quand je sentis le revolver quitter mon dos.
Je me retournai alors que Earl relevait son fusil à pompe en direction de Stan. Celui-ci avait encore une main menottée à la traverse, mais ça lui suffisait pour tirer Lina par les cheveux, la collant presque à son visage. De l'autre main, il plaquait le canon du revolver contre la tempe de celle-ci.
« - Mais à quoi tu joues, ducon? Lui cracha Earl. »
  Lina gémissait de douleur, alors que sa main droite balayait désespérément la table de chevet derrière elle. Stan grognait presque tant il voulait s'imposer, mais au final, il avait plus l'air d'un coyotte grognon qu'autre chose. Je cherchai des yeux la moindre chance de reprendre l'avantage...
  Mais voir Lina hésitante et désespérée m'angoissa. Entre elle et moi, il y a toujours eu une étrange alchimie. Elle trouve et j'agis. Mais là...
« - Et comment tu veux qu'elle t'enlèves ton autre menotte, connard? Lui crachai-je. »
  Earl avança, pointant toujours le fusil à pompe sur Stan. Stan trembla et pressa un peu plus le canon contre la tempe de Lina, qui gémit.
« - T'avance encore, et va y avoir une belle peinture rouge sur son joli visage, grogna Stan.
- Vu comme tu la colles, y a des chances pour que la balle te touche toi aussi si tu tires, rétorqua Lina.
- Tu veux en prendre le risque?
- T'as pas répondu à Eli : comment tu veux que je te crochette l'autre menotte, comme ça? »
Stan parut hésitant, regarda Lina, Earl, le fusil à pompe, et la menotte.
« Hey, le vieux, fit-il à Earl. Grille-moi cette putain de menotte, je me casse, et y aura pas de blesser. »
Earl s'avança vers Stan lentement, baissant son fusil à pompe.
« - Hey ! Criai-je. Vous allez pas lui faire confiance? »
Earl se tourna vers moi, et son regard me paraissait dur. Comme s'il me disait « j'ai pas le choix, gamin ».
Il posta alors le canon du fusil entre les jambes de Stan et le colla à son jean. Le regard de Stan, si sûr de lui, passa alors à la panique.
« - Hey, grand-père, qu'est-ce que tu f... »
Le regard de Earl se fit alors bien plus dur. Voir même effrayant. Après avoir vu ce que j'avais vu à Denver, je croyais qu'il en faudrait beaucoup pour me faire revivre cette sensation de tension, omniprésente, presque palpable tant elle occupait la salle.
J'avais tort.
« - Tu vas m'écouter attentivement, « Stan ». On est venu t'aider, alors je sais pas ce que t'as en tête, mais si tu tiens à tes parties, tu relâches la fille.
- Tu prends le risque de la tuer? Grogna Stan entre ses dents. »
  Lina regarda Earl d'un oeil suppliant, puis tourna le regard vers moi. Et je maudissais le monde, quoiqu'il était déjà bien détruit, de m'avoir placé ici, impuissant. Je lui répondis, bougeant les lèvres sans vraiment prononcer les mots:
« - Je suis désolé. »
Earl pressa d'autant plus le canon contre Stan, et lui cracha quasiment au visage.
« - Tu tiens à tes burnes? Lache la fille. »
Stan resta sans bouger, tout comme Lina, ou moi-même. Earl sembla perdre patience. Il releva le fusil à pompe et tira contre le mur qui lui faisait face.
  Je me baissai brusquement, par réflexe, alors que Lina poussait un hurlement terrorisé. Stan trembla mais ne relâcha pas Lina de son étreinte. Aussi vite qu'il avait levé son fusil, Earl le chargea et le replaqua contre l'entrejambe de Stan. Il se mit alors à hurler.
« - Relâche la fille ou je tire, ducon! »
Il y eut un temps de latence d'une seconde, qui me parut durer une éternité. Une éternité pendant laquelle je redoutais que Stan ne prenne le risque de presser la détente.
Et j'étais persuadé qu'il allait le faire. Je sentais le moindre de ses muscles se contracter, sa respiration se faire de plus en plus ample. Je sentis l'hésitation du geste emplir ses muscles, voire même son crâne, se déterminer à presser... je voyais déjà une scène entière dans mon esprit, un cauchemar se réaliser au ralenti, je voyais déjà...
Je vis Stan relever le revolver et le laisser tomber au sol.
« - Ok, ok, deal, le vieux, deal, deal, répéta Stan.
- Maintenant, tu lâches la fille. »
Stan hésita un nouvel instant, et il lâcha Lina de son étreinte. Elle accourut vers moi, et je la pris dans mes bras. Avec précaution, je m'avançai, et tenant toujours Lina contre moi, je me penchai et ramassai le revolver.
« - Et maintenant? Fit Stan en levant les bras (enfin, en levant LE bras. Il tenta par réflexe de relever l'autre, oubliant qu'il était toujours menotté). Comment on fait? Vous me descendez tout de suite, ou vous me laissez mariner? »
Earl garda Stan en joue, et s'approcha de moi.
« - Tu l'as dans ta ligne de mire, gamin? »
Je relevai le revolver et le tint dans la direction de Stan. Toute ma haine envers ce type qui avait menacer Lina se retrouva concentré dans mon doigt, qui n'avait qu'une seule envie : presser la détente. Je sentis un rictus de haine déformer mon visage, qui, cette fois, devait avoir perdu tout ce qu'il avait d'angélique.
« - Je l'ai, répondis-je simplement. »
Earl releva son fusil à pompe et tira alors en direction de la main de Stan, qui hurla de terreur.
_____________________
I'J'


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#2 12-04-2007 12:26:03

Sxill
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Re: Away From Jericho

Excellente histoire ! Vivement la suite !

Mais en fait, je trouve qu'il n'y a pas trop d'indices de temporalité dans le texte. Dans la partie 5 et 6, on s'est pas trop si la nuit a déjà commencé à tomber ou s'ils sont toujours en plein après-midi.

Voilà c'était le seul petit reproche que j'avais à faire smile


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#3 12-04-2007 22:08:47

irajonas
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Re: Away From Jericho

Sxill a écrit:

Excellente histoire ! Vivement la suite !

Mais en fait, je trouve qu'il n'y a pas trop d'indices de temporalité dans le texte. Dans la partie 5 et 6, on s'est pas trop si la nuit a déjà commencé à tomber ou s'ils sont toujours en plein après-midi.

Voilà c'était le seul petit reproche que j'avais à faire smile

J'avoue que j'ai oublié de le préciser. C'est un oubli, mais les Part 5 et 6 se déroulent en fin d'après-midi/début de soirée. La luminosité baisse beaucoup.

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Part 7 : The One Who Died

La traverse du lit fit un sursaut avant de se renverser dans un bruit sourd. Stan, encore haletant de terreur, fit basculer son regard, tantôt sur sa main encore menotté à la traverse cassée, tantôt à Earl, et à son fusil à pompe (et à son air complètement barge).
« - Qu'est...
- Maintenant, casse-toi, du con. »
  Stan, désormais incapable de fanfaronner, fit glisser la menotte entourant la traverse et se leva. Il se massa les poignets, et regarda Earl, qui avait baissé son fusil à pompe déchargé pour le recharger. L'espace d'une seconde, je crus que Stan allait tenter quelque chose. Mais il parut se rappeler subitement que je l'avais toujours en joue.
Il prit alors un sac posé sur le côté de la chambre. Chancelant, je ne quittai pas Stan de ma ligne de mire. Lina me soutenait alors que je sentais mes jambes trembler, subitement, comme si j'allais m'écrouler. Comme si toute la tension accumulée dans la journée remontait à cet instant précis. Sans Lina pour me soutenir, je crois que je me serais écroulé.
  Stan sortit de la chambre, et Earl lui emboîta le pas. Alors que j'allais les suivre, Lina m'attrapa par le bras, et je me retournai face à elle. A nouveau, elle plongea son regard dans mes yeux.
« - Est-ce que ça va être comme ça tous les jours, maintenant, Eli? »
Qu'attendait-elle de moi? Que je trouve un moyen de lui dire que ce n'était qu'un cauchemar? Qu'on allait rentrer à la maison? Mais non, je ne pouvais pas, on n'avait plus de maison, on n'avait plus rien, rien !
« - Le monde a changé au moment même où on a mis un pied dans ce bus, Lina. Je peux pas te promettre que demain, tout ira mieux. »
je cherchai mes mots alors qu'elle tremblait.
« - Je crois pas pouvoir tenir le coup, Eli. Et si on était en guerre? Et si demain, ils débarquaient?
- Qui débarquerait? »
Lina ne me répondit pas. Elle baissa simplement les yeux. Une nouvelle fois, je la pris dans mes bras, resserrant autour de celle que je considérais comme ma meilleure amie une étreinte bienveillante.
« - Je peux pas te promettre qu'on se réveillera demain et que le monde ira mieux, mais quoiqu'il doive se produire, je serais là pour te protéger.
- Et qui te protègeras quand tu nous referas le coup de Silver Lake? Me répliqua-t-elle. »
A mon tourde tressaillir. Ce souvenir étai encore ancré dans ma tête comme on enfonce un couteau dans une plaie. Ma première confrontation avec ma plus grande phobie, qui m'avait paralysé au point d'être incapable de faire un choix : Laisser quelqu'un mourir ou dépasser ma propre terreur.
« - Je suis pas un héros, Lina. Silver Lake a prouvé que c'était pas ce que je réussissais le mieux. Mais... »
Il y eut alors un coup de feu dans le hall, avec un grand cri. Le frisson dont je pensais enfin être débarassé revint me parcourir, de veine en veine, de muscle en muscle. J'échangeai un regard avec Lina, et nous courûmes en direction du hall.
Le groupe entier entourait Na Yung et Stan, les regardant, horrifiés. Stan était allongé au sol. Le sang commençait à former une flaque qui s'étendait sur le carrelage au dessous de son tronc. Il affichait une grimace endolorie, alors que ses yeux devenaient vitreux, perdant soudain tout ce qui aurait pu ressembler à une once de vie.
Na Yung, raide, tenait un revolver dans ses mains. Je ne me posai même pas la question de savoir d'où sortait le revolver. Je regardai Na Yung, pétrifié par le choc au moins autant qu'elle-même l'était. Elle baragouina quelque chose en coréen, et laissa tomber le revolver dans un bruit sourd. Elle s'écroula alors, en état de choc, répétant sans cesse les mêmes mots en coréen, mots que j'aurais été incapable de retranscrire.
La salle entière était plongée dans un silence obscurcie par une odeur de sang qui venait caresser avec sadisme nos sens. Comme si la mort avait décidé de s'imposer dans la salle et à nous montrer que, depuis l'explosion, elle allait nous cotoyer de près.
De très près.
Mr. Mayer se tenait la tête, assis sur un fauteuil en grommelant des paroles pieuses. Lina, accolée à moi (plus en ce jour que dans toute ma vie...), retenait des larmes qui venaient brûler ses yeux. Josie, qui avait laissé son bébé dans un landeau sur le canapé, elle, ne pouvait se retenir de pleurer. Elle avait les mains au visage, ce qui n'empêchait pas que nous l'entendions répété avec une voix tremblante « oh mon dieu! » .
Mike, lui, regardait Na Yung avec rage. Il s'avança alors vers elle et ramassa le revolver.
« - J'vois qu'on peut bien vous faire confiance, les niaks, grogna-t-il.
- Ah, on va pas commencer comme ça ! Cria Mr. Mayer. »
Il se tourna vers Mike avec un regard méprisant.
« - Pose cette arme, Mike, tout de suite!
- Ah ouais? Et vous voulez que je fasse quoi? Que je la laisse à la coréenne? Ses potes nous bombardent, et maintenant, elles nous butent les uns après les autres, c'est ça que vous voulez? »
Na Yung, recroquevillée sur elle, commençait à se balancer d'avant en arrière. Vérifiant que son bébé dormait bien (comment pouvait-il encore dormir après un coup de feu pareil?), Josie se pencha vers Na Yung, tenta de la réconforter du mieux qu'elle put. Mais Na Yung regardait le vide, se balançant sans s'arrêter, grommelant toujours des paroles incompréhensibles, les yeux brillants de milles larmes.
« - Est-ce que tu as au moins une petite preuve que ce sont les coréens qui nous ont bombardé? Rétorqua Mayer.
- Ils nous aiment pas, répondit simplement Mike.
- Oh, formidable, grogna Earl. Bien sûr, c'est évident. Ca sert à rien de mener une enquête, c'est forcément les Coréens, puisqu'ils nous aiment pas ! Imbécile ! Tu buterais ton voisin parce que « tu l'aimes pas », toi?
- Si c'est pas déjà fait, grommelai-je.
- Mais fermez-la, à la fin ! Cria à nouveau Mayer. Que ce soit les coréens, les russes, les chinois, les Irakiens, ou même les Français, la petite y est pour rien ! C'est pas elle qui a détruit Denver, ni Atlanta, ni les autres villes! Elle est avec nous, que vous le vouliez ou non. »
Je me penchai à mon tour vers Na Yung, ainsi que Lina, qui ajouta :
« - Mr. Mayer a raison. Quand on était là haut, tout ce que Na Yung savait, c'est qu'il y avait eu un coup de feu, et quand elle a vu Stan descendre...
- Il s'est mit à courir, coupa Earl.
- Elle a du paniquer, et se protéger comme elle a pu. C'est tout, ok ? Elle s'est protégée! »
Lina se tourna vers Mike.
« - Et toi, lache ce flingue! Lui hurla-t-elle. »
Mike tressaillit, mais ne lâcha pas l'arme.
« - J'veus pas être sans défense. Et si je me fais attaquer, hein ? Comment je ferai? »
Earl, qui s'était glissé derrière Mike, le frappa derrière la nuque avec la crosse du fusil, et Mike s'écroula dans un bruit sourd. Earl le regarda en ramassant le pistolet.
« - Pourquoi les abrutis ont attendu la fin du monde pour me venir me pourrir la vie? »
Personne ne lui répondit. Tous le monde se penchait autour de Na Yung, essayant de la sortir de sa torpeur. Mais elle allait avoir du mal à s'en remettre.
La plupart des policiers armés passent leur carrière sans jamais se servir de leur arme. Na Yung, qui devait tout au plus avoir vingt-cinq ans, avait tué un homme. Par défense, peut-être, mais elle l'avait quand même tué. Elle s'en souviendra toute sa vie, comme une cicatrice profondément gravée dans sa peau, dans sa tête, dans ses yeux, dans sa mémoire. J'en pleurais pour elle. J'en souffrais pour elle. J'eus envie d'en hurler pour elle.
Une heure plus tard, Mike était toujours assommé, allongé sur le canapé. Earl et moi avions mis le corps de Stan dans un sac poubelle, et posé à côté de la benne extérieure. Nous nous sentions mal de trimballer ce corps comme on trimballe un déchet, mais dans les conséquences actuelles, nous ne pouvions faire mieux (j'allais quand même pas lui creuser une tombe sous le goudron du parking, quand même!).
De retour à l'intérieur, Josie et Earl partirent dans l'arrière boutique du motel, chercher de quoi manger. Na Yung avait été soutenue jusqu'à un fauteuil dans lequel elle s'était enfoncée sans un mot. Malgré tout nos efforst conjugués, elle refusait de parler.
Quant à Mayer et moi, nous regardions par la fenêtre. Le paysage s'obscurcissait. Au loin, il n'y avait que la lumière des voitures qui s'éloignaient.
« - Dans quel monde vient-on d'atterrir? Grognai-je.
- Les ennuis ne font que commencer, Mr. Jaccob, me fit-il simplement. »
Et, comme pour confirmer les paroles de Mayer, les rues sombrèrent dans le noir total. Les réverbères cessèrent de fonctionner, comme toutes les lumières du motel.
Nous étions dès lors plongé dans le noir... et je me mis à hurler.


Nuts !

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#4 13-04-2007 07:23:01

DJo
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Re: Away From Jericho

Cool, j'ai de quoi m'occuper pour mes pauses au Taf :p
Bien joué en tout cas smile

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#5 13-04-2007 10:31:42

Ouark
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Re: Away From Jericho

DJo a écrit:

Cool, j'ai de quoi m'occuper pour mes pauses au Taf :p
Bien joué en tout cas smile

mdr, dans ce cas-là, ça va pas être assez long à lire, vu la durée de tes pauses lol

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#6 14-04-2007 00:20:45

Sxill
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Re: Away From Jericho

Jviens de lire la partie 7 et je me demande ce que nous réserve la partie 8, car à la fin de la partie 7, on a l'impression que l'histoire se lance vraiment et que c'est là que tout va commencer.

J'aime bien la petite référence à Friends dans le titre smile


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#7 14-04-2007 06:31:47

irajonas
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Re: Away From Jericho

Part 8 : The Memory

Je rouvris les yeux. La lumière était faible, vacillante. Josie et Mr. Mayer me regardaient dans les yeux.
« - Ca y est, il reprend connaissance, marmonna Mayer. »
Josie vient face à moi et me regarda à son tour dans les yeux. Elle me tira sur les cheveux pour examiner mon front.
« - Eh ! Grognai-je de douleur.
Ca va, il n'a rien, pas même un petit choc.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé? Demandai-je, assommé. Aouh, putain, ma tête...
- Tu t'es mis à crier, puis tu as dû te cogner la tête contre la fenêtre. Quand Earl et Lina ont trouvé des bougies, et qu'on a pu voir un peu plus loin que le bout de notre nez, tu étais allongé par terre, expliqua Josie. »
Lina vint m'aider à me relever. J'avais encore une douleur profonde ancrée dans le crâne.
« - Nyctalophobe ? Me demanda Mayer. »
Je baissai la tête, et acquiesçai, honteux, et détruit.
Un an auparavant, à Silver Lake, j'avais passé la journée avec Lina et un ami, Joshua. Un gamin s'était mis à hurler dans le lac, et comme personne ne réagissait, je me suis lancé pour aller le secourir. Jouer les héros... je n'aurais jamais compris la leçon.
Enfin bref. Quand je suis arrivé au niveau du gamin, qui se débattait, j'ai réussi à le calmer, et j'ai commencé à le ramener vers une barque de pécheurs, qui ont paru plus apprécier me regarder me dépêtrer plutôt que de me venir en aide. J'avais nagé jusqu'à leur barque, donné le gamin, puis j'ai senti quelque chose tirer sur ma jambe. Ma tête a cogné la barque et j'ai commencé à sombrer au fond du lac.
Je me suis alors retrouvé dans un univers noir. J'ai eu l'impression d'avoir les yeux grands ouverts et de voir la surface du lac disparaître sans pouvoir faire le moindre mouvement pour la rejoindre. Puis tout est devenu noir, et je me suis senti oppressé, attaqué de tous les côtés. Le silence avait été agressif, la cécité avait été intenable.
Je me suis réveillé sur un lit d'hôpital, intubé. J'ai repris douloureusement ma respiration dans un sursaut démesuré.
Depuis ce jour, chaque fois que j'étais plongé dans un noir total, toutes les émotions de Silver Lake ressurgissait en moi. Les toubib's appellent ça la nyctalophobie : la peur de la nuit.
Je me sentais aussi ridicule qu'un gamin qui aurait peur du noir. Malgré moi, je rougis.
« - T'inquiètes pas, gamin, me fit Earl, comme s'il avait lu mes pensées. Moi, j'ai bien peur du Vendredi 13. »
Curieusement, cette phrase n'avait pas réussi à me faire sourire.
La nuit tomba alors vite. Mike se réveilla, surpris de se retrouver pieds et poings liés.
« - Hey, c'est quoi ce délire? Fit-il.
- Je vais te détacher, mon grand, lui répondit Earl. Mais tu ne fais rien à moins qu'on te ne dise de le faire.
- Ou sinon quoi? Cracha-t-il.
- J'ai trouvé des seringues hypodermiques dans la remise. Le genre de truc qui assomme un cheval en deux temps trois mouvements. Si tu fais le con, tu passeras bien un jour ou deux à pioncer, et si ça te suffit pas, on te jette là dehors, et tu te démerdes. »
Mike ne dit rien, conscient qu'il ne pouvait pas contredire le chauffeur de bus, qui, de toute évidence, n'avait pas été chauffeur de bus toute sa vie. Quand je lui fis part de ma pensée, il me répondit simplement :
« - Je suis un touche-à-tout. »
Le frigo était hors service, mais le jambon et le beurre à l'intérieur furent la seule chose encore fraiche qu'on avait sous la main. Faute de mieux, la soirée se fit autour d'une bougie, avec des sandwichs au jambon-beurre.
Moralité : Toujours prévoir un bon repas pour la fin du monde.
______________________________________
Part 9 : The Flash-Back

Mon poing percuta son nez et j'eus l'impression d'entendre craquer du bois. Ce con se mit à hurler à la mort, les mains à son visage ensanglanté.
Un à terre. Deux debouts. Lina sauta sur le plus baraqué des deux, s'accrochant à son dos. Le second se rua sur moi en hurlant, m'attrapant violemment par la taille, me coupant le souffle. Il continua sa course jusqu'à me coller contre le mur, pour m'enfoncer son poing dans le plexus. Le souffle coupé, je m'écroulai au sol, me tenant le ventre.
Il m'envoya son pied dans la figure, et je tombai à la renverse. Cette douleur lancinante me rongeait de l'intérieur, j'avais l'impression que mes organes se remettaient lentement en place dans mon ventre après le choc du coup de poing, tandis que ma tempe battante sembler rythmer le saignement qui s'y écoulait. Je levai des yeux plein de larmes vers ce gars, tandis que je me relevai en tremblant, menaçant de m'écrouler.
« - Sale fils de... »
Il ne me laissa pas finir ma phrase, et me fit tomber à genoux en me frappant par dessus la tête. J'étais agenouillé face à la pire des merdes, face à un type qui ne ressentait rien après avoir commis les pires choses qu'un homme puisse faire. Comme si pourrir la vie, la dignité, l'ego d'une personne, était un acte ordinaire.
Il leva son pied pour me frapper une dernière fois, mais je levai les mains et attraper sa chaussure. Il eut un regard à la fois surpris, et haineux, tandis que mes paupières se crispait avec la même hargne que ma respiration exacerbée, mes tempes battantes, mes muscles tendus. Il remua sa jambe, mais j'étais trop plein de colère, plein de haine, trop poussé par la hargne de refuser la liberté, le plaisir de la victoire, à ce type, qui avait tué mon frère Danny, et celui de Lina, de sang froid.
Pour une histoire de drogue. Pour une stupide histoire de drogue.
D'un coup sec, je lui pris la jambe, et la forçai à se plier dans un sens peu conventionnel. Il hurla de douleur, basculant la tête en arrière et perdant l'équilibre. Je le rattrapai par le col, et lui releva le visage, ses yeux emplis de haine fixant mon regard emplis de hargne.
« - Va falloir que tu transmettes un message à ton putain de dealer, mon gars, lui fis-je. »
Il tenta de me donner un coup de poing, mais je le parai, remontant ma main au cou, comme si je voulais l'étrangler.
Comme si je voulais lui montrer que, si je le voulais, je pouvais l'étrangler. Sa respiration se saccada, ses muscles se crispèrent, dévoilant des artères si gonflées, qu'elles donnaient l'impression d'être sur le point d'éclater.
« - Va te faire...
- Tu vas dire à ton dealer que je remonterai jusqu'à lui. D'une manière ou d'une autre, je le trouverai. Et lui, et tous les gars avec qui il bosse. Et si tu veux pas que je te montre ce que je lui réserve, tu vas me mettre sur la piste. »
Je resserai lentement l'étreinte sur sa gorge, et son regard haineux devint suppliant. J'eus alors conscience de mes actes, de ce que j'étais en train de faire. J'eus conscience que j'avais la vie d'un homme au creux de ma main, que j'étais capable de le tuer, si je le voulais. Et le pire, c'était pas que j'en étais capable.
Mais que ça me plaisait d'en être capable.
Je le lâchai, reculai, en regardant cette homme s'écrouler au sol, la jambe se pliant dans le mauvais sens, lui arrachant un cri de douleur semblable à celui qui résonnait au creux de mes pensées. Il gémit et laissa sortir de sa bouche, non pas un nom, mais une ville.
« - Vegas... »
Je compris alors quelque chose qui allait changer le reste de mon existence. Quelque chose qui me fit comprendre que ce n'est pas un petit dealer de quartier que je venais d'énerver, mais un bon gros poisson. Un poisson du genre requin blanc, capable de vous couper en deux d'un seul coup de mâchoires.
D'un seul coup, je venais de ruiner ma vie, et celle de Lina.

« - Pourquoi tu m'as suivi? Demandai-je à Lina, qui me soutenait. »
J'étais chancelant, perdant l'équilibre à chaque pas. Sans elle, j'aurais du rentrer en rampant.
« - Il n'y avait pas que Danny, dans l'histoire, Eli. Ils ont pris mon frère, aussi.
- Tu n'aurais pas dû t'en mêler, répétai-je. C'était à moi de le faire, pas à toi.
- Et pourquoi? Se renfrogna-t-elle. »
Je la regardai de haut en bas, essayant de lui faire comprendre du regard.
« - Quoi? Tu crois qu'une fille ne peut pas se révolter contre ces lourdauds? Tu me connais mal, Eli. »
Je gémis de douleur alors que mon pied percutait le trottoir.
« - Et apparemment, j'ai bien fait de te suivre.
- Sans rire, comment t'as fait pour te débarrasser de ce gorille? Lui demandai-je.
- Vous, les mecs, vous avez certains endroits sensibles.
- Ok, c'est bon, j'ai compris. »
On arriva rapidement à sa voiture. Elle m'aida à m'asseoir à la place passager, avant de monter de son côté. Elle me regarda alors que je basculai la tête en arrière.
« - Qu'est-ce qu'on vient de faire, Eli? »
Vegas. C'était le mot qui avait changé notre existence. J'échangeai un regard perdu avec Lina. Je n'osai pas lui répondre. Nous venions simplement de détruire nos vies.
En chemin, elle me parla de Danny. Des raisons pour lesquelles il avait sombré dans la drogue. Elle semblait torturée.
« - Tu l'aimais, lui fis-je.
- Je l'aimais, me répondit-elle. Jusqu'à ce qu'il plonge. Il s'est mis à me traiter comme de la merde.
- On l'a laissé tomber, Lina. »
Elle me jeta un regard froid, avant de se reconcentrer sur la route.
« - Il cherchait pas à être secouru. On était là, on s'est détruits pour lui, et il nous a jeté.
- Il est mort, Lina! Criai-je. Comment tu peux...
- Il est mort, il te manque, et il me manquera toujours, Eli ! Mais ce n'est pas pour ça que j'oublierai ce qu'il m'a fait subir. »
Arrivés devant chez elle, elle m'aida à sortir de la voiture. Je m'écroulai, et elle me releva. C'était l'histoire de notre vie. Mon rôle était de marcher, son rôle était de me relever.
Elle ouvrit la porte de chez elle, alluma la lumière dans le couloir.
« - Où sont tes parents? Lui demandai-je.
- Ils sont partis à Saint Louis, chez ma tante, me répondit-elle simplement. Elle se tourna vers moi, me regarda dans les yeux.
« - Tu vas rentrer chez toi dans cet état?
- Tu vois d'autres solutions? Rétorquai-je. »
Elle me regarda, et je la regardai. Et mes douleurs disparurent je ne sais où. Le monde aussi, disparut. Tout disparut, la douleur, le monde, la porte, la lumière dans le couloir, le couloir, et tout ce qui pouvait exister. Il n'y avait plus que deux choses. Lina et moi.
Je voulus m'avancer, mais c'est elle qui vint vers moi, qui posa ses lèvres sur les miennes. Et cette chaleur protectrice que j'avais tenté de lui offrir ces derniers jours, Lina venait dans la déverser en moi. Une sensation telle que la moindre parcelle de mon corps oublia la douleur pour se laisser entraîner dans un frisson agréable, un picotement aussi étrange que plaisant.
Quelques secondes après, elle referma la porte de sa chambre derrière nous.

I'J'


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#8 17-04-2007 18:22:42

irajonas
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Re: Away From Jericho

Part 10 : The Night
« - On doit penser à demain, me fit Mayer. »
  Alors que je regardai par la fenêtre, et que la lumière des bougies vacillait, laissant sur nos visages des courbes orangées, d’une couleur chaleureuse, apparaître et disparaître par intermittence, dévoilant par instant certains traits de nos visages que nous ne pouvions dès lors plus cacher, Mayer s’était avancé vers moi.
« - Qu’est-ce qu’il va se passer demain ? lui demandai-je.
- Denver est à l’Ouest, et c’est là d’où provient l’explosion. Les vents ont l’air d’aller d’Ouest en Est, ça veut dire que toutes les particules vont être portées dans notre direction. »
  Je me tournai vers Mayer, traversé encore une fois par ce frisson désagréable. Néanmoins, je me forçai à garder une expression neutre sur mon visage, bien que la lueur des bougies trahissait mon inquiétude.
« - Je ne vais pas vous mentir, Mr. Mayer : J’ai peur. Depuis que j’ai vu ce qu’on a vu, j’ai peur. Mais ce dont j’ai encore plus peur, c’est de ne rien savoir. »
  Mayer me regarda d’un air fatigué, comme un vieil homme écoutant avec compassion son petit-fils se plaindre, mais se tût. Il me laissa terminer.
« - Mr. Mayer, si quelque chose nous menace, j’ai besoin de le savoir. Même si ça doit être la fin du monde.
- La fin du monde, c’était cet après-midi, Mr. Jaccob. »
Je baissai la tête avec un rictus nerveux, avant de relever mon regard vers lui.
« - Qu’est-ce qui nous attend demain ? répétai-je.
-  Je ne vais pas vous faire un cours de météorologie, mais demain, il y a de fortes chances pour que la pluie arrive sur nous, me répondit-il.
- Qu’est-ce que ça implique ? demandai-je.
- Les particules radioactives vont être portées par la pluie. La pluie va balayer Denver comme une sorte de nettoyage, mais va transporter les particules sur les endroits qui nous entourent. Jericho, Rogue River… même ici, au motel. »
  Je me retournai, regardai la jeune femme et son bébé, Lina, et Earl dormir à peu près paisiblement. Je vis aussi Mike et Na-Yung, chacun prostrés dans leur coin, à regarder le plafond comme s’il s’agissait d’une œuvre d’art. Le destin de ce petit groupe reposait-il maintenant entre mes mains, et le savoir de Mayer, nous, pauvres Américains sans destin, sans histoire, sans ce petit plus qui aurait fait de nous des héros ?
  Avais-je les épaules pour porter le poids de leurs vies dessus, moi qui n’était pas capable de m’assumer moi-même ? Avais-je la carrure pour protéger nos vies ?
« - Qu’est-ce qu’on peut faire pour lutter contre ça ? demandai-je.
- On doit partir dès le matin, me répondit Mayer du tac au tac. Trouver une pompe à essence, faire le plein, et partir vers Rogue River. Là-bas, on devrait pouvoir y trouver un abri anti-atomique, et espérer que les habitants nous accueillent.
- Ou sinon ?
- Ou sinon nous mourrons irradiés. »
Un visage, disparu depuis quelques heures déjà, me traversa l’esprit. Les récents évènements – Stan, le meurtre de Stan, ma crise phobique, tout ça, nous avait fait oublié cet homme, qui avait perdu sa raison de vivre, le jour où nous avions perdu notre accroche au monde que nous connaissions.
« - On est Lans ? demandai-je. »

Part 11 : One of us has left
  J’avais réveillé un Earl bougon et lui expliquai que Lans avait disparu. Il se demanda, comme moi, comment nous avions pu passer à côté de ça. Suivre les derniers évènements, sans s’être rendu compte que l’un d’entre nous était parti.
« - Avec tout ce qui nous est arrivé en moins de douze heures, je crois qu’on peut presque comprendre qu’on ait pu avoir une telle inattention, répondis-je.
- On a vérifié toutes les chambres ? me demanda-t-il.
- Mayer et moi, on a fait le tour du motel. On a même vérifié le parking du motel. Soit il est foutument bien caché, soit il est parti d’ici à pied. »
Earl se releva fébrilement, et saisit – peut-être par précaution ? – son fusil à pompe.
« - Je déteste ces originaux. »
Il me suivit jusque dans le hall où un Mayer très fatigué regardait par la fenêtre, tentant tant bien que mal de rester debout.
« - Vous devriez aller dormir, Mayer. La nuit n’est plus très longue, on devra partir tôt,affirmai-je.
- Partir ? répéta Earl. Comment ça, partir ?
- M. Mayer m’a expliqué qu’il y allait avoir des retombées atomiques portées par la pluie, depuis Denver jusque vers l’Ouest. Et, pas de bol, on est en plein milieu du chemin. »
  Earl fit la grimace.
« - Putain de monde…
- A qui le dites-vous, rajoutai-je.
- Maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? On retourne encore le motel pour retrouver Lans ? demanda Mayer.
- Ca serait inutile. Autant se dire tout de suite que Lans est parti, conclut Earl. »
  Il se retourna, regarda le couloir plongé dans le noir.
« - Mais, dans le doute, on devrait organiser des tours de garde. Juste au cas où. »
  Je me rendis vraiment compte à ce moment là que Earl était le seul qui pouvait veiller sur le groupe. Pas moi. Ca me frustrait, mais c’était ainsi. Je n’avais pas les épaules pour ça. Tout ce qu’il me restait, c’était de veiller sur Lina. De veiller sur moi. Et de faire confiance à Earl.
  Je m’endormis enfin, tombant de sommeil, laissant Earl prendre le premier tour de garde.

---------
I'J'


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#9 17-04-2007 20:16:48

DJo
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Re: Away From Jericho

J'adore les titres lol smile
T'as vraiment un bon esprit imaginatif et créatif !
On va bientôt pouvoir faire relier la Fan Fiction :p

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#10 20-04-2007 09:44:48

Fallout
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Re: Away From Jericho

Je viens de lire les 4 premiers chapitres de ta fic et je la trouve géniale ! L'idée d'une poignée d'inconnu partageant un bus et se retrouvant ensemble dans la même galère et vraiment bien pensé !
Dès que j'aurais un peu de temps je lierai les chapitres suivants, mais en attendant que je rattrape ce que tu as déjà posté, je t'invite à écrire rapidement la suite ^^!


JERICHO - Escape From Garneth, une fanfiction interactive dont VOUS êtes le héros !
Coming Soon...

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#11 11-05-2007 13:03:51

Fallout
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Re: Away From Jericho

Je viens de finir de lire le chapitre 10 et c'est du tout bon. Maintenant une question me brûle les lèvres (dixit Françoise Moisie) tu as prévu d 'écrire la suite ou pas ?


JERICHO - Escape From Garneth, une fanfiction interactive dont VOUS êtes le héros !
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#12 11-05-2007 13:12:48

Pandafurtif
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Re: Away From Jericho

Lol tres tres bon Francoise Moisie.. Je vois qu'on a les meme reference hihi.

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#13 11-05-2007 17:40:37

irajonas
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Re: Away From Jericho

Je ne sais pas. J'ai privilégié "Chaos" sur "Away From Jericho". Si j'ai l'inspiration, je reprendrai le cours de "Away From Jericho", que je comptais conduire jusqu'à Rogue River, mais pour l'instant, je me concentre sur "Chaos", qui me donne beaucoup plus d'idées sympa (relation d'amitié Jonas/Marine, sécurité de La Croisée, donner plus de logique à la présence si tôt de mercenaires, essayer de relier l'intrigue des attentats à l'échelle internationale, provoquer des emmerdes entre différents personnages, mais pour commencer : un retour au calme).

I'J', qui bosse


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#14 12-01-2008 00:01:08

Pierre21
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Re: Away From Jericho

wink

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#15 14-04-2008 16:17:51

Rashkar
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Re: Away From Jericho

J'aime beaucoup celle ci aussi.

Les personnages sont plus sombres, semblent plus violents (et me donnent l'impression qu'ils vont mal finir).

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