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Bonjour à tous, c'est mon premier post du côté de Jerichofr. J'ai posté une fic sur un autre forum. Je l'ai divisé en deux parties pour la poster ici :
La 1ere, celle sur laquelle je travaille le plus :
Chaos : Dans cette histoire, les attaques nucléaires sont internationales. Dans le Sud de la France, Jonas sauve in extremis une de ses amies juste avant que la ville ne disparaisse en fumée. Malin de nature, Jonas essaie de se dépêtrer dans ce nouveau monde, isolé dans un village (fictif) dénommé "La Croisée".
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Part 1 : Journal télévisé
Sud-est de la France,
02h18 Heure Française
Je griffonnai sur le papier les informations que j'avais entendues à la télévision pendant la quasi totalité de la matinée. Une carte avait été affichée à l'écran, montrant les villes américaines touchées.
Le nombre était effrayant. Tout contact avec les Etats-Unis avait disparu quelques heures auparavant. Des avions militaires français sont partis du pays pour survoler les USA.
On a perdu contact quelques minutes plus tard.
Dans mon carnet, j'avais noté les villes que j'avais eu le temps de retenir. J'y comptais Washington, Los Angeles, Atlanta, Dallas, Saint Louis, Detroit et Minneapolis. Personne n'avait revendiqué les attentats.
Tout le monde chez moi était bloqué devant la télé. Pour la première fois, nous étions entièrement concentrés sur les infos. Nous qui, d'habitude, ne les regardions jamais. D'habitude, je me servais du Web, mais les réseaux étaient soit saturés, soit coupés.
Il n'y avait pas que la famille chez moi. Il y avait mon père, ma mère, ma petite soeur. Il y avait aussi les voisins d'en face, qui avaient la trentaine, et qui étaient d'habitude plutôt réservés. Il y avait nos voisins directs, qui étaient les boulangers du village, et à qui, d'habitude, je n'adressais jamais la parole (ils avaient laissé leur doberman me courir après, deux ans avant).
« - Qui a pu avoir une idée aussi tordu? Demanda le boulanger.
Les Etats-Unis sont une bonne cible pour tous le monde. Dès qu'on a le pouvoir, on devient tout de suite vulnérable, même avec des protections comme les leurs, répondis-je.
- Ils ont des satellites qui peuvent te retrouver n'importe où sur Terre, Jonas, me contredit mon père. Ils pouvaient pas ne pas le voir.
- Alors qu'est-ce que ça veut dire, hein? Qu'ils se sont eux-mêmes attaqués? Rétorquai-je. »
Je refermai le carnet et le passai dans ma poche intérieure. Les médias coupèrent les rediffusions en boucle des attentats pour annoncer un flash d'infos.
« - Les forces des Nations Unies se sont déployées de part le monde, craignant qu'une catastrophe d'une telle envergure n'affecte d'autres pays. Les nouvelles, je le crains, sont plus mauvaises que jamais. »
D'autres pays... Je me laissai m'effondrer dans le fauteuil. Alors que les cartes défilaient, montrant Jerusalem, Kyoto, Bombay, victimes elles aussi, d'attaques nucléaires.
Jamais je n'avais rencontré une peur telle. Je me sentais entièrement paralysé. Je courus dans ma chambre et tentai à nouveau de me connecter à internet. Mais rien ne répondait.
J'insistai. Encore, et encore, mais rien. Et j'eus comme une sorte de pressentiment.
Je sortis mon téléphone portable et appelai une amie sur Paris. Aucune tonalité ne résonna.
« - Non, non, non... »
Le pressentiment se fit chaleur, la chaleur se fit opressante. Comme quand on sait que quelque chose de grave, de très grave, va arriver, et que malgré le fait que ce soit inévitable, on s'évertue à croire qu'on peut y échapper.
J'appelai un pote sur Aix en Provence. Toujours aucune tonalité. Lorsque je revins dans la salle à manger, les larmes aux yeux par la nervosité, mon père était penché à l'arrière de la télé, triturant les fils électriques. L'écran n'affichait que des parasites.
Je sentis ce pressentiment devenir une horrible réalité.
Je pris les clefs de la voiture sur le rebord de la cheminée et courus à l'extérieur. Je crois que j'agissais sous l'adrénaline, incapable de réfléchir.
« - Jonas, me fit ma mère. »
Je la regardai un instant dans les yeux, puis sans un mot, je courus dehors. Je montais dans ma voiture, tournai directement les clefs. Puis je partis au quart de tour, entendant la voix de ma mère, sortant à son tour de la maison, me hurler:
« - Jonas, reviens! Jonas! »
Mais j'étais déjà parti. Je sentais qu'il fallait que je parte maintenant. Qu'il fallait que j'aille les chercher maintenant. Quelle intention me poussait à agir? Impossible à le savoir. Trop de trucs en tête. La vie était tranquille, encore hier. Je n'étais qu'un lycéen, en étude littéraire. Un pauvre imbécile qui avait raté sa vie par avance, et dont le quotidien n'était qu'une succession d'échecs et de maladresses.
Je n'étais pas fait pour prendre des initiatives. Je n'étais pas fait pour jouer les héros. Je n'étais pas vraiment fait pour cette vie.
Mais quelque chose me poussait à partir en direction d'Aix en Provence. De les retrouver, et de les emmener avec moi.
Je craignais qu'il ne soit trop vite trop tard...
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Part 2 : Boulevard Carnot
02h42 Heure Française
La peur, omniprésente, me tenait éveillé.
J'espérais me tromper. Profondément en moi, j'espérais avoir tort. J'espérais que mon intuition était mauvaise.
Mais je n'avais pas le droit au doute. Si j'échouai, les seuls amis que j'avais encore aller mourir.
A cette heure de la nuit, la circulation devait être inexistante sur le boulevard périphérique. Trop enclin à sombrer dans la panique, je pris le boulevard Carnot en sens inverse. Pour gagner du temps.
Trois voitures, sur ma route, me klaxonnèrent, alors que je les évitais presque en criant.
En sueur. J'étais dans une sorte d'état second. Le souffle qui poussait une accélération si violente, que j'étais à deux doigts de l'hyperventilation. Je regardai mon téléphone portable, espérant que, par miracle, le réseau soit rétabli, et qu'Alice m'appelle.
Je tournai dans la rue et arrêtai la voiture devant l'immeuble. Alors que j'ouvrais la portière, je vis, dans le conteneur de l'accoudoir, mon vieux cran d'arrêt. Celui que je laissais dans la voiture. « Au cas où ». Je le pris et le glissai dans ma poche.
J'ouvris la porte de l'immeuble d'un coup brusque, si brusque que je crus que la vitre en allait se briser. Sur l'interphone, je sonnai à répétition chez Alice. Instinctivement, je regardai derrière moi, comme si je m'attendais à voir l'Enfer s'ouvrir devant mes yeux, en commençant par me montrer ses flammes.
Comme ça ne répondait pas, j'appuyais comme un fou sur le bouton.
« - Alice! Hurlai-je. Merde, Alice, répond, répond!
-Kisaksé? Grommela une voix endormie dans l'interphone.
- Alice ! Tu es réveillée? C'est Jonas?
- Jo... mais kestufou? Baragouina-t-elle. C'est trois heures du mat', ma soeur est endormie...
- Alice, ecoute moi, réveille ta soeur, habille-toi vite et descend !
- Jo, qu'est-ce qui t'arrive?
- Alice, par pitié! »
Je regardai la rue. Je vis une camionnette passer, entourer de deux alfa romeo grises. Ce furent les dernières voitures que je vis.
« - Tu regardes jamais les infos? Les attentats, c'est pas qu'aux Etats-Unis, il y en a eu au Japon, et en Inde... Alice, j'ai peur que ça n'arrive ici! »
De toute évidence, elle me prit pour un fou et préféra raccrocher. Plus que coléreux, carrément hors de moi, je levai le pied et frappai dans la porte du sas.
Elle résista à un coup. Deux coups. Au troisième, elle s'ouvrit avec fracas.
Je montai à toute vitesse les escaliers, le visage brûlant. Je martelai alors la porte de l'appartement, en hurlant :
« -Alice! Alice! »
Elle m'ouvrit, et m'apparut, le visage crispé par la lumière du couloir.
« - Jo, t'es con ou quoi? »
Je lui pris le bras et la tirai dans le salon, alors qu'elle me criait dessus. Je refermai la porte derrière nous, et lui pris la tête entre les mains.
« - Alice, combien de fois tu m'as vu comme ça?
- Jo...
- Combien de fois, Alice? »
Elle tenta de se dégager de mes bras, mais je la retins. Elle insista. Et moi aussi.
« - Combien de fois? Répétai-je. »
Elle renonça, et leva les yeux vers moi. Elle me répondit alors, après deux secondes de silence:
« - Jamais.
- Peut-être que je me trompe, et je l'espère, mais viens avec moi. Viens chez moi, juste pour cette nuit. »
Je m'étonnai alors.
« - Au fait, ta mère n'est pas là? Demandai-je.
- Naan, elle est partie à Toulon, j'suis seule avec ma soeur...
- Ok. Réveille Céleste, prends des vêtements, et suis moi.
- Jo...
- Alice, par pitié ! Juste pour cette nuit. Juste au cas où. »
Elle me regarda dans les yeux. J'ai une sorte de peur du regard. Je ne regarde jamais personne dans les yeux. Jamais, à moins d'avoir une bonne raison d'insister.
Et là, je décidai d'insister. Elle qui me connaissait mieux que personne, comprit, ou fit semblant de comprendre, que je pouvais avoir raison. Elle grogna et ala réveiller sa soeur, qui avait onze ans. Celle-ci me regarda avec des yeux un peu haineux, comme si j'avais commis le pire des crimes en la réveillant. Alors que j'attendais devant la porte, Alice rassemblait des affaires.
« - Tu me laisses le temps de me changer? Me demanda-t-ell.
- On n'a pas le temps. Désolé. »
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Part 3: Le choc
03h13 Heure Française
Alors que je prenais la route pour rejoindre La Croisée, j'entendis une explosion, et sentis une sorte d'onde de choc faire trembler la route. Je donnai un coup brusque du volant, et la voiture partit dans le décor, entre deux platanes. Céleste et Alice hurlèrent de terreur, tandis que la voiture se fichait dans une haie violemment. Le choc était mince. Suffisant pour la surprise, et l'adrénaline, mais pas assez pour nous blesser. Après quelques secondes dans lesquelles j'étais plongé dans un état second, je regardai Alice, et me tournai vers l'arrière pour m'assurer que sa petite soeur allait bien.
« - Tout est ok? Demandai-je.
- A part mon coeur qui bat à deux cent à l'heure, oui... »
J'essayai de redémarrer le moteur, qui avait calé. Impossible. Je frappai le volant, et ouvris la porte violemment. Rapidement, Alice et Céleste firent de même.
« - On fait quoi? Me demanda Céleste.
- Je sais pas, répondis-je en baissant la tête vers elle. Je... »
Alors que j'étais au milieu de la route, le regard dirigé vers Les Platanes, je vis le nuage.
C'était une faible charge. Beaucoup plus faible qu'Hiroshima. Suffisamment pour faire exploser le centre, et embarquer dans le souffle la ville entière, et une partie des villes limitrophes. Dans le reste, il n'y eut qu'une onde de choc.
Je n'avais jamais imaginé que je verrais un jour ce genre d'image. Et encore moins d'aussi près. J'eus envie de tomber à la renverse. Céleste se mit à pleurer, et Alice la plaqua contre elle, lui tournant la tête, lui cachant l'image de ce champignon géant.
- On aurait pû mourir avec ça, me fit simplement Alice.
- C'est.... c'est... »
Je retins mes larmes, pris une profonde inspiration.
« - Aix est une petite ville par rapport à toutes celles qui ont été bombardées. C'était une petite charge. On est assez loin pour ne pas subir le souffle de l'explosion. Mais à quelques minutes près, on aurait... »
Je ne trouvai rien à dire, je me tournai vers mon amie. Je crois que ce fut à partir de cette seconde qu'elle se mit à me détester.
Parce que son copain était de l'autre côté d'Aix en Provence, et qu'à ses yeux, je venais de la séparer de lui. Définitivement.
« - Alice, on doit avancer. »
Je posterai la suite plus tard (suspens oblige).
C'est pour l'instant très calme, mais je mets tout ça en place.
I'J'
Dernière modification par irajonas (05-04-2008 18:31:12)
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pas mal du tout irajonas!
en tout cas, tu as un bon coup de crayon!
Chapeau 
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Part 4 : Le centre auto
03h58
J’entrai la clef dans la serrure de la porte, jetant un regard furtif derrière nous. Alice tenait sa sœur entre ses bras. Celle-ci dormait à poings fermés.
« - Jo, qu’est-ce qu’on fait, exactement ? »
J’ouvris la porte et lui fis signe d’entrer.
« - On passe la nuit dans un endroit sûr. »
J’allumai les lumières, et le hall sortit de l’ombre. Le carrelage blanc était presque aveuglant. J’éteignis l’alarme, et fermai la porte derrière Alice qui entra, découvrant mon lieux de travail.
« - C’est là que tu bosses, fit-elle simplement.
- Ouaip. »
Je fermai la porte à clef et m’avançait dans le hall, dans lequel étaient exhibées différentes voitures, de toutes marques, et de tous modèles.
Il n’y en avait pas des masses. Un 4x4, une fourgonnette, des berlines, des citadines. Je pris les clefs de la fourgonnette, et ouvrit la porte arrière latérale. Je me retournai, le visage impassible, pour parler à Alice. Ce que je lui avais fait ce soir, était à double tranchant.
Je lui avais sauvé la vie. Et je l’avais condamnée à vivre sans l’homme qu’elle aime. Sans savoir même s’il était vivant. Quelle allait être notre vie, maintenant ? Maintenant… maintenant que « ça » était arrivé ? Combien de temps allait-il falloir à Céleste pour effacer de sa mémoire le champignon nucléaire ? Ou même pour seulement pouvoir vivre avec le souvenir de cette image ?
Qu’est-ce que j’avais fait ? Est-ce que j’avais seulement sauvé deux vies ? Est-ce qu’il y avait un autre choix ?
« - Alice, euh… »
Elle resserra sa sœur contre elle, me regardant avec des yeux brillants de larmes. Ou de fatigue. Ou de colère.
Ou de tout ça réuni.
« - Ecoute, je ne sais pas comment sera le monde quand on se réveillera. Et je sais pas non plus comment on va vivre. Mais…
- On a déjà eu cette discussion auparavant, me coupa-t-elle. »
Je la regardai dans les yeux, sans comprendre.
« - De ce qu’on ferait, si c’était le bordel dans le pays, me rappela-t-elle.
- J’imaginais pas un tel bordel, Alice. »
Deux minutes plus tard, j’avais sorti de la remise deux grands matelas rembourrés que j’avais entreposés à l’arrière de la fourgonnette. Encore deux minutes plus tard, Alice et Céleste dormaient à l’arrière de la fourgonnette, alors que j’étais couché sur les places arrières d’un 4x4. J’étais couché, mais pas endormi.
Je ne pouvais pas dormir. Pas avec toutes ces pensées en tête. Car le pire n’était pas l’image du champignon nucléaire, ni Céleste en train de pleurer, ni de ne pas pouvoir rentrer chez moi ce soir, ni même de savoir si quelque part ailleurs en France, d’autres villes étaient parties en fumée.
Ce qui me faisait peur, c’était de savoir que, dès le lendemain, nous allions connaître le pire des mondes, traverser des épreuves telles que nous n’étions pas préparés à les affronter. Mais loin de savoir ce qui nous attendait exactement, j’étais terrifié à l’idée d’ignorer quel danger nous guettait.
Je ne m’attendais pas à devoir tuer un homme dès mon réveil.
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Part 5 : Tous des vandales
4h42
Le bruit de tôle, et les explosions m’ont alerté. C’était de faibles explosions au loin. Pas assez fortes pour réveiller Alice et Céleste. Mais suffisamment pour attirer la curiosité d’une personne éveillée.
J’ai ouvert la porte, et je suis monté au premier étage. J’ai regardé par la fenêtre, discrètement. Mon instinct de survie me disait que je ne devais pas montrer que nous étions là.
Et mon instinct de survie avait raison.
Les voitures, au dehors, étaient en feux. Des voitures et des camionnettes passaient, avec des gars hurlant à l’intérieur, comme si les destructions qu’ils semaient sur leur passage.
Je jetai un coup d’œil vers le mur, comme si je voyais Alice et Céleste dormir paisiblement, au travers. Et l’idée que ces gens, entrent ici, et nous réservent le chaos qu’ils étaient en train de semer…
Un hall plein de voitures attire la convoitise, quand on a l’occasion de se servir à volonté. Et j’avais dans la tête déjà tous les détails qui s’engageaient, les uns avec les autres, engrenage après engrenage. Comme tout au long de ma vie, ou aucun détail ne m’a jamais échappé.
Je retournai dans le hall, et toute lumière qui aurait pu encore fonctionner, je les arrêtai. Je réveillai doucement Alice, je lui expliquai la situation. Ce qu’il se passait là dehors. Qu’il fallait qu’on se prépare à les voir arriver. Elle ne me dit pas un seul mot. Peut-être me faisait-elle confiance. Ou peut-être n’avait-elle pas le choix. Elle et moi manoeuvrâmes en silence la camionnette pour la pousser au fond de l’atelier de préparation.
« - Jo, commença-t-elle. »
Je me tournai vers elle, impassible. Je ne pouvais pas lui montrer à quel point j’avais peur. Si moi, je craquais, qui allait veiller sur nous trois ? Qui allait nous assurer que nous allions revoir la lumière du jour ?
« - Qu’est-ce qu’il y a ?
- Est-ce que ça va être comme ça tous le temps, maintenant ? »
Je baissai les yeux, cherchant une réponse rassurante. Que pouvais-je bien trouver de rassurant, au beau milieu de la nuit, avec la menace pesante telle une épée de Damoclès dont la lourdeur se fait ressentir au dessus de nos têtes que des groupes de vandales allaient essayer d’entrer par effraction, et de se servir, au risque de nous tuer, si ils devaient en arriver là ? Quelle police allait se lever au matin, et gérer à la fois une ville en ruine, des radiations nucléaires, et des troupes incomptables de vandales près à se servir du chaos pour accéder à tous les plaisirs matériels qui leur étaient dès lors offerts ?
« - Je ne sais pas, Alice, répondis-je simplement. Je ne sais pas. »
Le choc contre le rideau de fer me rappela à la triste réalité. Je sentis un frisson glacé me parcourir l’échine, et curieusement, me donner la sensation de me brûler de l’intérieur. Je trouvai sur le côté de l’atelier un balai cassé, dont la brosse était détachée, qui devait être la seule arme à ma disposition, avec les clefs d’une Mégane. Je fis signe à Alice de ne faire aucun bruit et de rejoindre sa sœur. Rapidement, je passai devant l’établi de l’atelier. Alors qu’un second choc vint frapper contre le rideau de fer, je m’activai à vider un spray, pour le remplir de white spirit, de diluant, et de nettoyant vitre. Quand je refermai le spray, je le secouai, et l’accrochai par le bec à ma ceinture.
En quelques secondes, j’avais mis à ma disposition un spray lacrymogène de fortune. Tel était mon talent : transformer n’importe quel objet à ma disposition, en arme. Générer une défense à partir de n’importe quoi était quelque chose auquel je m’étais habitué, à force d’agressions à mon égard, et d’une passion grandissante pour les arts martiaux. Un établi était pour moi une ressource importante d’armes potentielles, et un simple manche de balai devenait entre mes mains aussi dangereux qu’un revolver.
Ce n’était pas quelque chose en rapport avec ma fierté. Simplement un fait vérifié lorsque, un jour, agressé au revolver, je n’avais à ma disposition qu’un balai, justement qui traînait là. Ce jour-là, je considère qu’il fut miraculeux que je puisse survivre.
Mais mon agresseur, ce jour-là, était maintenant mort.
Et lorsque j’entendis la porte du côté se fracturer, je caressai du bout des doigts ce bâton entre mes mains, et me cachai derrière le 4x4, accroupi.
Je vis alors trois hommes entrer avec des lampes torches. L’un d’eux s’extasia :
« - Ouah ! C’est une vraie caverne d’Ali Baba, ici ! »
J’entendis l’un des intrus ouvrir une porte. En voyant leurs faibles ombres, je vis qu’ils étaient trois. J’eus alors cette idée stupide.
J’attendis à peine quelques secondes quand je vis l’une des silhouettes avancer dangereusement vers moi. J’ouvris alors la portière du 4x4 auquel j’étais accolé. Et BAM !
La portière percuta l’un des intrus de plein fouet dans un bruit métallique, et un son avoisinant le craquement de bois (le bruit que fit son nez en se cassant). Il tomba au sol, assommer. Se relevant doucement, il reçut mon pied en plein visage, et retomba, inerte. Les autres se tournèrent alors dans ma direction, dirigeant vers moi leurs lampes torches.
Je devins alors livide, dépourvu d’idée. Une seule chose m’emplit et me poussa à agir, et ce par-delà la réflexion.
L’improvisation.
Je sortis les clefs du 4x4 et sautai à l’intérieur du véhicule, fermant en hâte les portières. Je tournai la clef, et le moteur rugit alors. Je tournai le volant à l’extrême gauche, et faisant confiance à la boîte automatique, j’appuyai sur l’accélérateur.
Le hall n’était pas assez grand pour me laisser une grande marge de manœuvre, mais j’eus de bons réflexes et l’effet de surprise de mon côté, et en l’espace de trois secondes, j’avais bloqué un des intrus entre le pare-choc avant et le mur. Je voyais à peine sa tête dépasser au dessus du capot, le visage déformé par la douleur, et un hurlement qui pris son écho dans le hall.
Quand je regardai autour de moi, il ne restait qu’un seul des vandales toujours debout. Il me montra un visage haineux par la vitre du côté passager, exhibant un couteau qui paraissait mal aiguisé. Paniqué, je cherchai une idée, me tenant la tête entre les mains. Je l’entendis me maudire, m’insulter, me menacer, et forcer sur les poignées des portières. Et, en même temps, je priais, au fond de moi, pour qu’il ne trouve ni Alice, ni Céleste.
Et la simple pensée qu’elles pouvaient être en danger par ma faute m’exorciser de mon trop-plein de pensées.
Je sortis de la voiture, caressant ma poche doucement. Je m’avançai, peu sûr de moi, vers ce gars, qui se rua dans un hurlement de rage. Dans un réflexe miracle, je l’esquivai, et sortis mon spray lacrymogène. Quand il se rua à nouveau, il reçut le liquide dans les yeux, et lâcha le couteau pour porter ses mains aux yeux dans un cri de douleur insoutenable. Quand il fut au sol, je l’attrapai par les cheveux, et frappai un grand coup derrière la nuque. Il tomba raide contre le carrelage.
Ma respiration était profonde, saccadée, perdue entre une toux oppressante, comme si mon « exploit » était une maladie qui allait me rester en travers de la gorge.
Et les gémissements de douleur du troisième gars, coincé contre le mur par le capot de la voiture, me rappela à la réalité. Je me tournai vers lui. Et voir qu’il avait mon âge, un couteau dans la main, me donna envie de lui péter la gueule.
Mais je me retins. Je m’avançai lentement vers lui, et le regard qu’il me porta me donna l’impression qu’il regardait dans les yeux son pire cauchemar.
Comme si moi, Jonas, celui dont tous le monde est persuadé qu’il était angélique, était un démon à ses yeux.
« - Qui t’es ? me demanda-t-il en gémissant. »
je m’avançai plus près encore de lui, et ce sentiment de supériorité m’envahit. Comme si sa vie, sa pauvre petite vie, dépendait de moi. Et ce qui me faisait peur n’était pas que je pouvais le tuer, ni qu’il pouvait se libérer et me tuer, non…
Ce qui me faisait peur, c’est que cette supériorité me faisait plaisir. Une allégresse telle que j’avais envie de le narguer.
« - Jonas… fit une voix gémissante dans mon dos. »
Alors que le calme était revenu, Alice était sortie de sa cachette. Elle était agenouillée à côté du dernier type que j’avais mis à terre. Celui qui avait reçu mon coup derrière la nuque.
Alice me lança un regard comme jamais je ne l’aurais cru. Comme si elle ne me reconnaissait pas. Comme si je lui faisais peur. Et elle m’annonça, les larmes aux yeux :
« - Tu l’as tué… il est mort… »
Je ligotai les deux premiers, les bâillonnai, à l’arrière d’un Master. Je refermai la porte coulissante, puis refermai le garage derrière moi. Le corps de leur compère était dans un sac, à l’avant du Master. Alice me regarda.
« - Tu te rends compte de ce qu’il vient de se passer ?
- Je nous ai protégé, répondis-je.
- Tu as tué un homme, Jonas ! Toi ! »
J’encaissai son cri. J’encaissai sa colère. Mais je n’encaissai pas ses larmes. Je tentai de la prendre entre mes bras. Elle me repoussa.
« - Non, Jonas. Les choses ont changé. Je ne te croyais pas capable de ça. Jamais. Je vais rester avec toi. Je vais te faire confiance. Mais d’ici à ce que je te regarde comme je te regardais avant, il va se passer du temps. Beaucoup de temps. »
Elle me tourna le dos.
« - Alice… »
Elle ne me répondit pas. Elle rejoignit sa sœur, et s’endormit avec elle. Je retournai à mon tour dans le hall, et m’endormit tant bien que mal sur les sièges d’une Alfa Romeo.
Part 6 : La réunion
11h42
« - Qu’est-ce qu’on va faire d’eux ? me demanda Alice au réveil. Et qu’est-ce qu’on va faire tout court ? »
Je baissai la tête, et réfléchis.
« - Je sais pas… Et il va falloir que je retourne à mon village. Mes parents sont là-bas, il faut… »
Quelqu’un tapa alors contre le rideau de fer. Alice et moi croisâmes nos regards. Je filai dans l’atelier de préparation, arracha le manche à balai.
Les coups contre le rideau de fer retentirent à nouveau.
« - Hey ! fit une voix de femme. Hey ! »
Redoutant que cette femme ne soit accompagnée d’autres personnes moins fréquentables, je saisis trois couteaux. Trois grandes lames que je fixai aussi rapidement que possible au bout du manche à balai, à grand coup de chatterton.
Devant la porte d’entrée, j’ouvris et enclenchai la levée du rideau.
Je fis signe à Alice de passer derrière moi, alors que je me plaquai contre le mur. Quand la personne ouvrit la porte, je levai mon arme artisanale, avant la surprise.
« - Jonas ? me demanda-t-elle.
- Katia ? m’écriai-je. »
Je baissai mon arme et la prit dans mes bras. Katia était une amie datant d’un an. Elle était plus grande que moi, taille qui la complexait, et était particulièrement jolie.
Sauf qu’elle était toute ébouriffée, choquée, et essoufflée.
« - Qu’est-ce qu’il t’es arrivé ? comment.. et où est Fabrice ? lui demandai-je. »
Fabrice était son copain. Elle me répondit d’un geste désespéré. Prenant son souffle, elle me demanda :
« - Comment tu as atterri là ?
- Euh… »
Je fis signe à Alice de s’approcher.
« - Quand j’ai vu qu’ils parlaient des attaques à la bombe nucléaire partout dans le monde, j’ai eu une sorte de mauvais pressentiment. Je suis allé chercher Alice, et quelques temps après… »
Je n’arrivai pas à parler de l’explosion. Ca restait bloqué sur le bout de mes lèvres. Je baissai alors la tête.
« - Je travaille ici. Enfin, je travaillais ici… et c’est le premier refuge que j’ai trouvé. »
Elle m’expliqua qu’elle a vu l’explosion d’Aix depuis son village, plus loin dans les terres. Comme elle n’avait pas la télévision chez elle, je l’informais que les grandes villes du monde entier avaient été victimes d’attentats à la bombe nucléaire, et que le territoire américain entier en avait été victime.
« - Autant de radiation, ça devrait rendre la vie infernale sur Terre, non ? me demanda-t-elle.
- Pour Aix, la puissance de la bombe était minime. Suffisamment forte pour détruire Aix, mais pas assez pour que le souffle thermique dévaste les environs.
- Comment tu peux savoir tout ça ? me demanda Alice. »
Je me tournai vers elle.
« - Tu sais que je suis quelqu’un de très curieux, et que je m’intéresse à tout. Si tu savais la quantité d’informations que j’ai pu accumuler en faisant des recherches…
- Comment tu t’es intéressé aux bombes nucléaires ?
- La question n’est pas là, répondis-je. Katia, pourquoi est-ce que tu es venue taper ici ? »
Elle parut se rappeler alors de la raison pour laquelle elle était venue au centre auto.
« - Quand on a vu le nuage, mon père a embarqué toute la famille en voiture. On a commencé à partir, en direction de l’est. Mais arrivés sur les autoroutes, il s’est passé un truc bizarre… Des chars roulaient et bloquaient la route. Il y avait des avions cargos portant le drapeau de l’Allemagne qui prenait le chemin des airs en direction de Paris et de Marseille. Puis d’un coup, ça a été le bordel sur la route. On a fait demi-tour, et arrivés sur les routes de la ville, il y a eu des militaires qui nous ont forcés à descendre des voitures. Ils nous disaient que les routes étaient bloquées par des vandales, et qu’il fallait qu’on se replie sur nos villages.
- Des militaires ? Comment est-ce qu’ils ont fait pour se déployer aussi vite ? demandai-je.
- Quoiqu’il en soit, ils n’ont pas fait long feu. Les vandales étaient si nombreux sur la route, que les militaires sont partis, et ne sont jamais revenus. Et ça a été la panique. J’ai pu retourner à La Croisée, mais pas dans mon village. Quand j’ai vu que d’autres vandales saccageaient les rues, je me suis réfugiée à la Mairie. Là, le Maire m’a expliqué qu’Aix avait été victime d’un attentat terroriste, et qu’on ignorait l’auteur de l’attentat. Quand je lui ai parlé des militaires, il s’est servi d’une vieille radio pour contacter la police. Dans la nuit, ils ont chassé les vandales, mais ils ont perdus tant d’hommes, que si d’autres devaient venir, ils ne pourraient pas résister.
- Et maintenant ? demanda Alice, terrorisée. Comment va se débrouiller la ville ? »
Katia se tut un instant, puis répondit :
« - C’est pour ça que le Maire a décidé qu’il devrait faire une annonce. A tout le monde, au village, et qu’on devrait tous s’y rendre.
- Il a bien raison, rajoutai-je. Parce que, si je ne me trompe pas, on va peut-être avoir aujourd’hui la pire des journées qu’on n’ait jamais connue. »
Je me tournai vers les nuages. Katia et Alice suivirent mon regard sans comprendre.
Quelques instants après, nous avions réveillé Céleste et nous nous dirigions vers le centre de La Croisée en SUV. Et j’avais cette peur en moi, de cette chose qui allait arriver droit sur nous, qui me pesait sur le ventre. Comme si quelqu’un me piétinait les abdos.
J’avais peur.
C’était la ruade. Tous les habitants sur la place de la Mairie. Jamais je n’avais vu ça. Et le pire, dans l’histoire, c’est que nous étions la seule voiture à nous diriger vers la place. Lorsque nous arrivâmes, tous les regards se tournèrent vers nous. Et un doigt accusateur, lui, se leva vers nous.
« - Eh ! Ils en ont encore une, eux ! Vous trouvez ça normal, vous ? »
Des cris retentirent, et j’échangeai un regard perdu avec Alice et Katia.
« - Restez dedans, ordonnai-je. »
J’étais tellement peu habitué à donner des ordres, qu’elles ne cherchèrent pas à me contredire. Lorsque je descendis de la voiture, je reçus un coup de poing. Levant la tête douloureusement, je vis un second coup arriver. Je le parai et assommai mon assaillant en le frappant au cou. Personne ne pense jamais à frapper ici. C’est pourtant si sensible…
Je relevai la tête vers une foule soudain silencieuse. Tous me regardaient comme s’ils s’attendaient… à tout. J’avais mon arme artisanale à trois lames dans les mains, qui me faisait passer à la fois pour un péquenot et à la fois pour un vandale. Je regardai la foule avec un regard dur. Un regard que je n’avais pas l’habitude de prendre. Un regard sûr de moi. Car si je baissai la garde, j’allais subir les assauts d’un village désemparé, qui voyait en moi l’occasion de se défouler sur quelqu’un. De rendre quelqu’un fautif. Même si c’est un gamin de dix-neuf ans.
« - On pourrait m’expliquer ce bordel ? réclamai-je.
- Il y a que toute la ville a été vandalisée. A tel point qu’il n’y plus de téléphones, plus de générateurs, plus de voitures…
- Sauf une ! cria quelqu’un. »
Je levai les yeux au ciel alors que les voix redoublèrent d’intensité. Un haut parleur retentit alors.
« - S’il vous plaît ! »
Les regards se tournèrent vers le Maire. Il était assez jeune, probablement la trentaine, ce qui était surprenant pour un maire. Il paraissait suivre le même chemin que moi, à essayer de paraître sûr de lui. De ne pas se laisser dépasser par une situation rarement connue en France.
« - Monsieur ? me demanda-t-il. Voulez-vous bien vous approcher… sans votre, euh… sans votre arme ? »
Je regardai autour de moi ces visages qui n’attendaient que la bonne occasion de me mettre sur le dos tout ce qu’il s’était passé durant cette nuit. J’ouvris le coffre de la voiture et déposai mon arme dedans, avant de refermer à clef. Je jetai un regard à mes amies, et avançai dans la foule qui s’écarta pour me laisser passer. A l’approche du Maire, celui-ci baissa son porte-voix.
« - Vous êtes… ? me demanda-t-il personnellement.
- Jonas Aminati. Je suis pas de ce village, mais je travaille au centre auto. Quand j’ai vu que c’était le bordel, et que je revenais d’Aix…
- Qu’est-ce que vous faisiez là-bas ? me demanda-t-il en me coupant. »
Je le regardai dans les yeux. Il n’y avait rien d’accusateur dans ses yeux. Il voulait simplement être sûr de la personne à qui il parlait.
« - Quand j’ai vu les infos, j’ai préféré aller chercher une amie du temps qu’il l’était encore possible.
- Comment avez-vous su pour l’attentat d’Aix ? Rien ne nous laisser présager… enfin, vous comprenez qu’Aix en Provence n’est pas assez importante pour subir une attaque nucléaire à l’échelle mondiale.
- Rien dans le domaine politique n’aurait pu présager cela ? Pas même la présence du chef de l’Etat actuel ? »
Cela eut son choc. Le Maire parut même déstabilisé que ce soi quelqu’un comme moi qui le lui rappelle, plutôt qu’un adjoint, ou même de ne pas se l’être souvenu par lui-même.
« - Et la voiture ? me demanda-t-il. La vague de violence dans la nuit a été si forte que même les autorités n’ont pas pu les arrêter. Seulement les chasser.
- On m’a expliqué. Sauf que je travaille dans le centre auto, et que quand on m’a prévenu qu’il y avait une assemblée au centre-ville, j’ai préféré prendre une voiture. Je crois qu’étant donné les circonstances, considérer ça comme un crime friserait le ridicule. »
Le Maire accepta mon explication. Je m’empressai d’ajouter :
« - Dans la nuit, trois vandales sont venus dans le centre. Deux d’entre eux sont attachés et enfermés à l’arrière d’une camionnette, dans un garage à l’arrière du bâtiment.
- Et le troisième ? voulut-il savoir. »
Je ne répondis pas, mais mon regard dût probablement me trahir.
« - J’enverrai des agents chercher vos captifs.
- Vous me faites donc confiance ? m’étonnai-je.
- Il a volé une voiture ! cria quelqu’un dans la foule. »
Je m’emportai alors. La faute aux nerfs, sûrement, mais je me mis à hurler :
« -Vous avez besoin d’un coupable et ça vous arrange que j’arrive à ce moment-là ! C’est quoi, l’embrouille ? Votre voiture est plus importante qu’une explosion nucléaire ? »
La phrase eut son effet. Et je ne m’arrêtai pas là. Je ne pouvais plus.
« - Parce que c’est de ça que vous devriez avoir peur. Pas de moi.
- Qu’est-ce que vous voulez dire ? me demanda le Maire. Est-ce que vous savez de quoi vous parler ?
- M. le Maire… C’est quoi, votre nom de famille, déjà ?
- Descordes, me répondit-il posément.
- C’est ça, M. Descordes. Vous n’avez personne qui connaisse quelque chose à ce genre de situation ? demandai-je. »
Il me répondit « non » d’un signe de tête. Désespéré, au moins autant que lui, je lui demandai :
« - Je peux vous parler en privé ? Je crois qu’on va manquer de temps. »
___________________________
Part 7 : Retombées atomiques
12h30
Dans le bureau du Maire, nous étions tous les deux seuls. Je lui expliquai alors la situation :
« - Dans le meilleur des scénario, l’explosion était suffisamment faible pour nous éviter le souffle thermique. Croyez-moi que là-dessus, on a eu une chance incroyable. Autre chance incroyable, si on agit vite : il s’agit des nuages au dessus d’Aix.
- Développez, me demanda Descordes.
- Les particules lourdes de l’explosion nucléaires ont probablement déjà chuté à proximité de l’épicentre de l’explosion. Les particules légères sont moins radioactives, mais produisent des rayons X qui eut, sont très nocifs. Mais ça, vous le savez. La pluie et les vents vont nettoyer l’épicentre de ces particules légères.
- Sauf que la pluie va arriver sur La Croisée.
- Exactement, confirmai-je. Et très vite, connaissant la région. »
Le Maire Descordes parut désespéré.
« - Et on peut faire quelque chose ? me demanda-t-il.
- M. Le Maire, avant d’aller plus loin, vous devez comprendre que je ne suis pas un expert en la matière. Je suis simplement un lycéen très curieux qui a accumulé des informations en faisant des recherches.
- Et vous en savez déjà plus que la plupart des gens de La Croisée, rajouta-t-il.
- Ok. Si des habitants ont des puits, ils vont devoir les fermer hermétiquement dès qu’ils arriveront chez eux. Ils devront se cloîtrer dans leur maison. Et comme les villages français ne disposent pas d’abris anti-atomiques, il va falloir faire avec ce qu’on va. Ceux qui ont des caves vont devoir s’y enfermer, et recouvrir autant que possible leurs murs de plastique. Ils vont devoir s’enfermer hermétiquement.
- Pendant combien de temps ?
- Au vu de la pluie et de la vitesse des vents, je conseillerais d’attendre deux jours avant de sortir de chez soi.
- Vous savez l’effet que ça va provoquer, n’est-ce pas ?
- La panique. Beaucoup de gens vont vouloir quitter le village.
- Et on ne pourra pas les en empêcher. Et d’autres ne nous écouteront pas.
- C’est possible. Mais on doit essayer. Ou nous mourront tous. »
13h10
Le Maire avait fait son speech, et nous ne fûmes pas surpris de la réaction massive des gens qui décidèrent de quitter la ville.
« - Ils sont fous, murmurai-je.
- Ils refusent la réalité et refusent de nous écouter. Et je n’ai pas assez de personnel pour faire régner l’ordre.
- Alors, on les laisse mourir, c’est tout ?
- M. Aminati, j’ai peur qu’on n’aie pas le choix. »
Cette pensée me répugnait. Comment pouvait-on laisser les gens courir droit vers l’épée de Damoclès qui allait leur tomber dessus, à un moment ou à un autre ? Fuir était-il pour eux la meilleure vie qu’ils pouvaient se trouver ? Combien de temps allaient-ils fuir ? Combien de temps surviraient-ils ?
« - Mr. Descordes, j’ai une dernière faveur à vous demander.
- Curieusement, ça ne m’étonne pas de votre part. »
La confiance qu’inspirait cet homme, et la confiance qu’il me donnait, avaient quelque chose de dérangeant. Comment pouvait-il me parler comme à un égal, comme à une personne de confiance, face à une crise d’une telle ampleur ? J’en venais presque à me dire qu’il était fou. Néanmoins, je lui annonçai :
« - Cette nuit, au centre auto, trois cambrioleurs ont essayé d’entrer par effraction. J’ai réussi à les arrêter, et… à en tuer un. »
Il resta silencieux, ses yeux gris plongés dans la foule qui se dispersait. J’attendis quelques instants, puis demandai :
« - Mr. Descordes ?
- Je vous entends, M. Aminati. Mais il y a eu neuf morts cette nuit. Neuf personnes que je ne connais pas. Et parmi les gens que nous essayons de protéger, il y a probablement encore des responsables du chaos de cette nuit. »
Il se tourna vers moi, et me fixa dans les yeux.
« - Vous avez vu la réaction des gens quand ils vous ont vu arriver en 4x4. D’après vous, comment réagiraient-ils si vous nous livriez des cambrioleurs captifs ? »
Je tremblai. Je savais déjà que je condamnais mes captifs à mourir si jamais je les livrai à la Mairie. J’avais déjà tué l’un d’entre eux, allais-je être assez… fort, ou bien fou, ou bien malsain, pour mener les deux autres à la mort ?
Etais-je cette personne que j’aurais détesté par le passé devenir ? Etais-je vraiment un meurtrier ?
Je ne pus plus davantage supporter de rester sur la place, et alors que j’allais partir, le Maire me retint.
« - Si nous devons survivre aux retombées atomiques, et nous réveiller dans un monde différent de celui d’hier, revenez à la mairie dès que le calme sera revenu.
- Pourquoi ? demandai-je, surpris. »
Il me lança un regard explicite.
« - J’ai dix-neuf ans, M. Le Maire. Je ne suis qu’un lycéen. Si vous cherchez du soutien pour gérer la situation, vous vous trompez de personne. »
Je courus en direction du 4x4. Et malgré la situation alarmante, malgré l’urgence, et malgré les nuages qui arrivaient, j’étais flatté que le Maire me propose de lui apporter mon aide.
J’enclenchai le contact.
« - Où est-ce qu’on va ? me demanda Katia.
- Le centre auto est à côté d’un resto. On va faire des provisions, nous barricader… et prier.
- Prier pour quoi ? »
J’hésitai. Céleste était là. C’était une gamine. Est-ce qu’elle allait comprendre ? Est-ce que j’allais lui détruire sa vie, ses espoirs, la choquer à vie ?
« - J’ai peur que nous ne survivions pas aux deux prochains jours. »
Arrivés au centre auto, je m’empressai de fermer les rideaux de fer. Je me ruai à défoncer la porte du restaurant. Quand Alice me lança un regard accusateur, je répondis :
« - Je ne crois pas qu’on prendra le temps d’aller au resto avant longtemps, Alice. »
Même si une part de moi savait que chaque acte à l’origine illégal que j’entreprenais étai justifié, j’avais quand même des remords. Aussi, je ne pris dans les réserves que le strict nécessaire.
Jusqu’à ce que le courant cesse d’un coup.
« - Qu’est-ce que ça veut dire ? me demanda Katia.
- L’explosion nucléaire a provoqué une impulsion électromagnétique. Faible, vu le temps qu’elle a mis à venir jusqu’ici. Ca a perturbé tout ce qui fonctionne à l’électricité.
- C’est pas censé les mettre hors circuit ? »
Je me tournai vers Katia. Comment savait-elle cela ?
« - J’espère que l’explosion était suffisamment faible pour ne faire que les perturber. »
Les deux jours suivant se résumèrent à espérer, à pleurer, à trembler… et à attendre.
Car pendant ces deux jours, nous n’osâmes pas parler. Alice refusait de m’adresser la parole. Katia était apparemment trop choquée pour dire quoique ce soit. Quant à Céleste, elle était trop jeune pour comprendre quoique ce soit. Et comme sa sœur me faisait la gueule, elle aussi, suivait le rythme.
Pendant ces deux jours, être seul serait revenu au même. Le bruit de la pluie avait cessé, mais je préférai encore attendre. Les vents pouvaient encore entraîner des particules légères. Et aucun autre bruit ne provint de dehors pendant un jour.
Et après, j’entendis des avions. Des Mirages, sans doute, au bruit.
Plusieurs fois, j’avais essayé de mettre le contact les voitures (les démarrer aurait consommer de l’oxygène, et je préférais éviter, dans la mesure où nous étions hermétiquement isolés). Il n’y a que le Cerato qui se mit en contact sans problème. Toutes les autres voitures mirent du temps avant d’accepter de se mettre en marche. Cela me prit tellement de temps que j’avais redouté que l’impulsion provoquée par l’explosion ait mis les voitures HS.
Dans la journée, je pris des fruits, et forçai nos captifs à manger. Ils avaient essayé de se débattre, et de défaire leurs liens, mais, contrairement à ce qu’on peut voir dans toutes les séries télé, ils avaient échoué. Et, bon gré mal gré, ils mangèrent ce que je leur avais donné, non sans me couvrir d’insultes. Je les renfermai dans le noir derrière moi.
Le deuxième jour, c’est la voix du Maire dans un porte-voix qui me réveilla. Il appelait ses habitants à sortir de chez eux, et à rejoindre une assemblée devant la Mairie.
Je relevai lentement le rideau de fer. Comble de joie pour moi, l’impulsion n’avait pas endommagé le système d’ouverture. Petit à petit, les rayons du soleil s’engouffrèrent dans le hall, éclairant nos visages. Jamais je ne me suis senti aussi bien de voir le soleil levé dans le ciel. Il devait être à peu près midi. Ma montre avait été à peine perturbée.
J’ouvris la porte, et Alice prononça son premier mot à mon égard :
« - Finalement, tout s’est bien passé. »
J’acquiesçai en ajoutant :
« - J’ai jamais été aussi content d’avoir eu tort. »
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I'J'
Dernière modification par irajonas (11-04-2007 23:33:53)
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Une fic passionnante et bien écrite, bravo ^^!
Y'a une suite en vue ?
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Part 8 : Un colis urgent
La première chose que je fis, fut de prendre les clefs du Master. Et de vouloir emmener les captifs (et le corps).
« - Tu ne m’avais pas dit que… commença Katia, abasourdie.
- Que quoi ? coupai-je. Que j’avais tué un homme ? Que deux cambrioleurs étaient ligotés dans un camion ? Tu voulais quoi, que je te panique encore plus ? »
Katia eut un mouvement de recul.
« - Je te reconnais pas, Jonas, me fit-elle simplement. »
Je baissai les yeux, regardai les deux captifs, et fermai la porte coulissante du Master.
« - Ce monde a changé, j’essaie de m’y adapter. Je suis désolé si je ne suis plus le type fragile de la semaine dernière, Katia. »
Je montai dans la camionnette, et Katia eut un geste qui me surprit au plus haut point.
Elle monta avec moi, sans dire un mot. Je la regardai un instant, puis démarrai.
Nous traversâmes des rues sinistrement silencieuses. Par endroit, la pluie, légèrement noircie, rendait l’ambiance plus sombre encore. L’eau ruisselait jusqu’aux égouts comme des coulées de goudron, liquide noir qui donnait l’impression de sortir des entrailles de l’enfer. Et si ce n’était pas la réalité, c’était l’impression malsaine qui en résultait.
« - Pourquoi ils ne sortent pas ? Le Maire a bien fait l’annonce, pourtant.
- Si tu enlèves le nombre d’habitants qui ont désertés, le nombre d’habitants encore apeurés… peut-être même qui seraient… enfin bref. Moi, ça m’étonne pas. »
Je n’arrivais plus à trouver mes mots. Katia avait raison : j’avais énormément changé… en si peu de temps. Autrefois, je parlais trop. J’étais quelqu’un qui n’avait pas confiance en lui… l’explosion avait-elle fait de moi cette personne que je n’aimais pas ? Ou bien était-ce d’avoir tué cet homme sans rien ressentir de plus ? Pourquoi avais-je changé à ce point ? Et comment redevenir celui que j’étais ?
Nous arrivâmes au panneau « La Croisée », à la sortie de la ville.
« - Tu es sûr de ton coup, Jo ? me demanda-t-elle. »
Je la regardai dans les yeux. C’est quelque chose que j’ai beaucoup de mal à faire. Et quand elle me vit tenir le regard, elle n’insista pas davantage. Elle descendit, et je la suivis, le revolver à la main.
« - Tu peux ouvrir la porte, s’il te plait ? lui demandai-je.
- C’est sans danger, répondis-je. »
J’étais quand même nerveux quand j’ai levé mon revolver. Et j’étais soulagé de voir mes deux captifs toujours fermement attachés. Je sortis de dessous les sièges avant mon arme artisanale dotée de trois lames et la confiai à Katia. Surprise, elle l’accepta, et me regarda faire.
« - Allez, on descend, crachai-je à mes captifs. »
Je les forçai à se lever, et ils me regardèrent avec haine. Je ne relevai pas et tentai de rester froid. Ils se débattirent, mais en vain. Je les poussai du Master, et ils tombèrent sur la route dans un gémissement de douleur. Katia garda mon arme artisanale dirigée vers eux. Si j’étais inquiet, elle, était loin d’être rassurée.
Très loin. Surtout que de dominer quelqu’un avec une arme ne lui ressemblait pas du tout. Mais après tout, est-ce que ça me ressemblait, à moi ?
Ils se levèrent tant bien que mal, et je pointai mon flingue droit sur eux. Je pris alors l’arme artisanale des mains de Katia, et avec la lame, coupai leurs liens.
Ils se poussèrent l’un de l’autre en se massant les poignées. Ils levèrent leur regard vers moi, à la fois surpris, et enragés. Ils commencèrent à s’avancer. Du coin de l’œil, je vis Katia frémir. Mais je levai mes armes, tentant une nouvelle fois de rester froid.
« - Eh, j’essaie de vous éviter le lynchage, alors évitez de me donner une bonne raison de vous tuer.
- T’en serais capable ? me cracha l’un d’eux.
- Provoque pas, le coupa l’autre. T’as déjà oublié qu’il a tué Eric ? »
Ils se regardèrent, puis parurent attendre mon jugement. Comme s’ils s’attendaient à ce que je presse la détente, ou que je baisse mon arme. Mais je ne fis rien de cela. Je les gardai en joue, et les priai :
« - Vous allez partir. Sur les routes, essayer de rejoindre ceux qui ont quitté la ville.
- Maintenant ? Sans rien ? s’écrièrent-ils.
- Tu crois quoi, que je vais te donner la camionnette et mon flingue ? rétorquai-je violemment. Tu veux pas non plus que je baisse mon froc devant toi ? »
Ils ne relevèrent pas. Pendant de longues secondes, je crus qu’ils allaient se ruer sur moi et me faire la peau. Je crus qu’ils allaient essayer quelque chose, n’importe quoi, contre Katia et moi. Et si je me souciais au moins un peu de ce qui pouvait m’arriver, je m’en serais voulu à mort s’ils avaient fait quelque chose à Katia.
Mais ils ont simplement obéi aux ordres. Ils ont pris la route. Et Katia et moi avons fait demi-tour.
Part 9 : La Mairie
J’arrivai devant la Mairie. J’étais soucieux vis-à-vis d’Alice, seule avec sa petite sœur au Centre Auto. L’espace de quelques instants, je redoutais que d’autres vandales subsistent encore dans le village, et intérieurement, je priais pour que mon passage à la Mairie soit bref.
Sauf que cela dura. Lorsque j’arrivai, avec Katia, à l’entrée de la Mairie, notre aspect parut choquer l’assemblée. Le maire et les adjoints avaient une tenue à peu près valable. Bien habillés, coiffés, lavés. Ils avaient pu profiter du confort dont ils disposaient encore, et sur ce point, malgré ma jalousie, je ne leur en tiendrai pas rigueur. Qui s’en serait privé par simple respect envers les « Réfugiés » ?
Il n’empêche que nous devions certainement avoir l’air d’avoir traversé une tempête de sable, les cheveux en batailles, les vêtements froissés à l’extrême. Et, de toute évidence, nous devions aussi probablement bien puer.
Le regard des adjoints étaient pour la plupart hautains. Ils considéraient, encore aujourd’hui, qu’il était de rigueur d’avoir l’air présentable. Mais, visiblement, je m’étais – trop – vite habitué à l’idée que certaines choses ne seraient plus du même ordre en ce jour.
L’espace d’un instant, j’étais vraiment mal à l’aise. Le plus jeune d’entre eux – le Maire Descordes avait un peu moins du double de mon âge. Les autres n’étaient pas de ma génération. Autant dire que je faisais tâche dans le tableau. Je m’attendais déjà à ce qu’ils me descendent, qu’ils désapprouvent et mon opinion, et mes conseils. Mais j’étais prêt à me battre pour qu’ils m’écoutent.
Pourquoi ? Parce que, tant que les routes seraient impraticables et en dehors de toute sécurité, cette ville, La Croisée, était chez moi. Pour le meilleur et pour le pire.
Le Maire Descordes s’avança vers moi, et me tendit la main d’un air strict. Il me regarda dans les yeux, avec un sourire – très – léger.
« - M. Aminati, c’est ça, je me souviens bien ? »
Je lui serrai la main en retour.
« - Oui, c’est ça, M. Le Maire. Voici, euh, Katia, elle est restée avec moi au Centre Auto, rajoutai-je en faisant signe à Katia de s’avancer. »
Le Maire lui serra la main avec douceur et élégance. Katia lui sourit.
« - On s’est déjà rencontrés, ajouta-t-elle. »
Je levai la main un peu maladroitement, et sourit. Bien pour la première fois depuis quelques temps, d’ailleurs. Quand mon regard se reporta sur les adjoints, le Maire Descordes s’empressa de faire les présentations. Ainsi, j’ignorais comment était normalement constitué le personnel de la Mairie, mais les adjoints du Maire étaient au nombre de cinq. Un homme, typé arabe et très sympathique, du nom de Yannis Messaoui, fut le premier, cordial, à me serrer la main. Clara Terucci, qui avait l’air obscure d’une directrice d’école (et, en effet, j’appris plus tard qu’elle était directrice d’école), ne m’accorda qu’un regard respectueux. Malgré cette froideur, cette impression de respect suffit à me rassurer.
Henri Bernard avait l’air jovial d’un bon buveur. Le physique typique d’un patron de bar. Il était en réalité directeur d’une auto-école. Comme quoi les apparences sont très trompeuses, en d’occasions. Néanmoins, il ne m’adressa même pas un regard.
Cherchez l’erreur…
Restaient Michel Jasson, et Angelica Nott, en retrait, qui avaient un air sérieux, et en même temps, mal à l’aise. Comme si Descordes les avaient appelés en urgence, et en remplacement.
« - Nous n’attendions plus que vous, M. Aminati, me fit l’adjoint Bernard.
- Euh… on peut commencer, alors ? fis-je maladroitement. »
Je détestai ce genre de situation, où j’étais complètement perdu, dépassé. Comme si je n’avais pas ma place dans l’assemblée. Et, en effet, une semaine avant, je n’aurais pas eu ma place ici.
Quelques minutes après, nous étions dans la salle de réunion. Et Descordes ne perdit pas son temps pour me surprendre.
« - M. Aminati m’a apporté ses conseils avant que les pluies arrivent sur La Croisée. Comme vous le savez tous, notre situation est totalement inédite, et sans cette réaction, nous serions peut-être morts irradiés. Aussi, malgré son jeune âge, je vous demande de le considérer comme égal à n’importe lequel d’entre nous. »
Et vlan, dans la gueule de tous le monde. D’une part, dans celle des Adjoints, qui, déjà déstabilisés de ma présence, étaient désormais privés du recours à l’excuse de la jeunesse. D’autre part, dans ma gueule, car j’étais pris au dépourvu. Je ne m’attendais pas du tout à cela, et avais déjà prévu de m’imposer. Au lieu de cela, Descordes nous avaient tous mis sur le même étage du podium. De toute évidence, ce gars était intelligent. Et, vis-à-vis de mon préjugé envers les hommes politiques, cette attitude ne cessait de me surprendre.
« - Est-ce qu’on est certains que l’air est respirable, que les radiations sont passées ? demanda Clara Terucci d’un ton plat. Qu’est-ce qu’on sait de ce genre de situations ? »
Comme personne ne répondit, je pris la parole. Maladroitement, manquant de bégayer, mais je pris la parole.
« - Euh… Je ne pense pas qu’on n’aie jamais pris en compte, dans les programmes de sécurité des villages, l’éventualité d’une attaque à la bombe nucléaire. D’après ce que je sais, Aix a dû subir une explosion tout juste de la masse critique de 10 kilotonnes. Je me souviens plus exactement des chiffres, mais approximativement, l’explosion a dû emporter… un rayon de 300m à son ampleur maximale.
- A peine 300m ? demanda Henri Bernard.
- Croyez-moi, c’est déjà trop. 300m dans l’explosion, mais le souffle thermique est extrêmement puissant. Nous avons eu énormément de chance dans ce qu’il vient de se passer. Le souffle thermique, l’onde de choc, les radiations, et j’en passe, ont terminé de détruite Aix et ses alentours. Notre chance, c’est notre emplacement en profondeur par rapport à Aix, et la pluie. La pluie nous a, je crois, presque sauvés des retombées atomiques.
- D’où tenez-vous ces informations ? me demanda Michel Jasson. »
Je crus un instant que la question était accusatrice. J’hésitai. Descordes me permit de passer outre cette réponse qui m’aurait ridiculisé face à cette assemblée :
« - En dehors de ce qu’il s’est passé hier, si nous sommes là, c’est pour décider de ce que nous allons faire aujourd’hui, et les jours prochains. »
Je vis rapidement que l’assemblée était constituée, à ma surprise, de personnes posées et consciencieuses, qui, outre mon jeune âge qui les déstabilisait, me prenait au sérieux. Katia fut leur principale source de renseignement concernant ce qu’il s’était produit en dehors de La Croisée.
Les avis divergèrent, néanmoins, quand je leur annonçai mon point de vue concernant l’eau et les vivres.
« - Est-ce qu’on a des relevés géologiques concernant une nappe phréatique en dessous de La Croisée ? demandai-je.
- M. Jasson est lui-même professeur de géologie en université. Je pense qu’il pourra nous faire un compte-rendu à ce sujet, me répondit Descordes.
- Cool. Mais avant d’utiliser les eaux souterraines, ou même, d’ailleurs, de boire de l’eau qui ne sortirait pas d’une bouteille, on va devoir faire des analyses. On doit vérifier que les eaux sont sûres, ajoutai-je.
- Vous vous doutez bien que les gens ont sûrement déjà dû utiliser l’eau du robinet, me rappela Mme. Nott.
- On va devoir leur dire d’arrêter, et tant que rien n’est sûr, on va également devoir rationner. »
Cette idée fut très gênante. Comment rationner sans provoquer de crise ? Descordes emprunta un tableau noir auprès de l’école primaire et en fit l’inventaire des besoins.
Lorsque je leur annonçai que les terres exploitables devaient être retournées, tous apportèrent leur soutien à cette idée.
« - Et pour les secours ? demandai-je. Est-ce qu’on a eu des nouvelles des militaires ? Des villages alentours ?
- Aucune nouvelle, répondit Descordes.
- Si, coupa Terucci, qui était restée silencieuse jusque là. »
L’assemblée se tourna vers elle.
« - J’habite en haut de la ville. Des chars ont traversé la route quelques heures après la fin de la pluie.
- Et il y a eu des Mirages, aussi, me rappelai-je.
- Qu’est-ce qu’il s’est passé exactement ? demanda Descordes. Est-ce vraiment une guerre ? »
Je réfléchis un instant. Une idée me vint alors.
« - On va devoir s’organiser, dis-je. »
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Part 10 : Salle des Théories
« - M. Aminati ! fit une voix dans mon dos. »
Alors que je m’éloignai de la mairie avec Katia, Yannis Messaoui accourut vers moi. Il paraissait préoccupé.
« - M. Messaoui, fis-je simplement.
- Est-ce que vous avez un endroit où dormir ? me demanda-t-il directement. »
Je regardai Katia. Nous partageâmes deux secondes de regard surpris, déstabilisé par cette demande qui venait un peu comme un steak dans le frigo d’un végétarien. Et au diable les comparaisons ridicules.
« - Euh… Nous avons commencé à installer le Centre Auto… Pourquoi ? demanda Katia.
- Ecoutez, je sais que ça va paraître culotté de ma part, et un peu abusé, mais j’ai un ami qui habite en face du Centre… enfin, qui y habitait. Il est parti avec l’exode vers l’est, donc si vous voulez y loger… je peux vous avoir la clef. »
Je regardai à nouveau Katia, qui se tourna vers Messaoui.
« - C’est généreux de votre part, mais… pourquoi nous donner cette maison, juste comme ça ?
- Parce que j’ai un service à vous demander, répondit-il du tac-au-tac. »
Arrivés dans le Centre Auto, je donnai les clefs de la maison à Alice. Elle me regarda avec surprise.
« - Ce sont deux maisons collées l’une là l’autre. Les parents des amis de Messaoui habitait à côté de leurs enfants. Quatre chambres dans une maison, trois dans l’autre.
- Il t’a juste donné les clefs, comme ça ? me demanda-t-elle.
- Ouais. Faut croire qu’il y a encore des gens bien. Même dans ce monde. »
Je m’attachai alors à une tâche à laquelle je m’étais moi-même assigné durant la réunion à la Mairie. La réunion m’avait accordé la direction du bâtiment du Centre Auto tant que la « crise » ne serait pas passée (cette ville s’était rapidement faite à l’idée que le monde allait changer très vite). J’avais d’ailleurs rapidement déserté les lieux pour m’atteler à la tâche, tandis que le Maire Descordes donnait un compte-rendu à la ville.
Je débarrassai la salle des voitures vendues. Je fus tellement rapide, que je pris même le temps de remettre le hall en place. Il nous fallait quatre voitures. Pas des citadines, trop petites. J’avais prévu trois breaks, et le 4x4. Je courus dans la salle de préparation, prit les bidons de diesel, et remplis les réservoirs, avant de laisser deux bidons de diesel pleins dans le coffre de chaque voiture. Une heure, peut-être une heure et demi plus tard, la camionnette que j’avais prêtée arriva avec le matériel prévu.
« - Vous m’avez apporté la mappemonde ? demandai-je au conducteur. »
Il acquiesça. Je les aidai à tout m’apporter dans la salle que j’avais préparée. Le long du mur, ils m’installèrent trois tableaux (deux tableaux noirs, un tableau blanc). Dans l’angle, juste à côté de l’entrée de la salle, ils m’installèrent le planisphère géant qui allait m’aider à référencer toutes les villes touchées dans le monde.
Chaque indice, chaque détail, chaque information que cette ville allait obtenir sur ce qu’il se passait à l’extérieur, allait apparaître sur cette carte et ces tableaux. Parce qu’une fois, j’ai entendu quelqu’un de sensé dire que plus que tout, on a besoin d’informations. Et comprendre comment cette chose était arrivée était essentiel.
Je ressortis de ma poche le carnet qui n’avait pas quitté ma veste depuis mon départ de chez moi, et sur lequel était griffonné le nom des villes américaines bombardées. Je m’empressai de les marquer sur la carte. Ajoutant également Paris et Aix, et mes souvenirs remontant à Bombay et Kyoto.
Dans mon dos, j’entendis un bruit sourd. Je me retournai. Les « livreurs » m’avaient posé un lit dans le coin de la salle. J’acquiesçai d’un signe de tête à une question inexistante.
« - Merci, fis-je.
- Qu’est-ce que c’est que ça ? me demanda Alice, qui arrivait dans la salle. »
Revenant de la maison, elle s’était changée et avait prit une douche. Voilà une chose qui me ferait du bien…
« - Une salle des théories. Je me suis proposé volontaire pour essayer de comprendre la merde de…
- Pas ça, me coupa-t-elle. Le lit. Qu’est-ce qu’il fout là ? »
D’un coup, je fus mal à l’aise. Je baissai la tête, fixant un point invisible au sol.
« - Euh… je me suis dit que tu préfèrerais éviter de partager le même toit que moi pendant quelques temps. »
Je relevai la tête. Elle fronça les sourcils, me fixant du regard, cherchant à me jauger.
« - Ecoute. Je t’ai tirée de ton lit, avec ta sœur, et juste après, Aix est parti dans… la catastrophe. Je t’ai séparée de ta famille, de ton copain. J’ai tué un homme sous tes yeux et sous ceux de ta sœur. Je crois t’avoir assez ruiné la vie comme ça. »
Elle s’avança doucement. Je me sentais mal à l’aise. Coupable d’une erreur dont je cherchais encore la nature.
« - D’abord, tu m’as sauvé la vie. Et ensuite, ces évènements sont capables de changer n’importe qui. Même l’ange que tu étais. Ca ne veut pas dire que tu ne me fais pas peur, ajouta-t-elle brusquement. Mais même si j’adhère à ta décision, tu te rends beaucoup trop coupable. »
Je n’ajoutai rien. Je restai silencieux. Comme ces nombreuses fois où, au cours d’une conversation dont je suis le sujet, je ne trouve rien à dire. Elle sourit faiblement, et fit demi-tour, me laissant seul, dans cette stupide salle des théories.
Part 11 : L’expédition.
20h30
Les six personnes entrèrent dans la salle tour à tour. Trois équipes de deux, et moi, j’étais seul.
Car c’était là la deuxième tâche qu’il m’était assigné dans le but de récolter des informations. Nous sept étions en charge de trouver des secours, ou des survivants, dans les villes alentours. Même le Maire avait décidé de faire parti de l’expédition.
« - Ce n’est pas parce que je suis Maire que je dois rester à réfléchir derrière un bureau, m’avait-il dit. »
L’un d’entre nous, ancien chasseur, nous donna à chacun un fusil de chasse. En plus du pistolet que m’avait donné le Maire Descordes, je me sentais presque en sécurité. Exception faite que je ne me sentais pas capable de me servir de telles armes.
Et le comble, c’est que j’étais capable de créer des armes avec n’importe quoi, mais que je ne savais rien des armes à feux. Vraiment RIEN.
Grande différence se faisait car si mes armes étaient faites pour blesser, les armes qu’on me donnait avaient le pouvoir de tuer. Et ça, ça me faisait plus peur qu’autre chose.
Je les jetai sur le siège passager du 4x4, et refermai la porte. Nous nous tournâmes alors tous vers Descordes.
« - Je vous rappelle les instructions, messieurs. Il s’agit pour nous de trouver des secours, et de retrouver la trace des militaires qui ont tenté de gérer la crise, il y a trois jours. Les routes ne sont plus sûres, et n’importe quoi pourra vous arriver. J’aimerais quand même, par soucis éthique, que vous ne soyez prêts à tirer quand dernier recours. Nous sommes bien d’accord ? »
Du coin de l’œil, je vis tout le monde acquiescer.
« - Essayez de rentrer le plus tôt possible. Vous avez des provisions à votre disposition pour deux jours. J’espère que nous serons rentrés avant. Des questions ?
- Qui est en charge de la ville durant votre absence ? demandai-je.
- M. Messaoui, me répondit-il simplement. »
Je fus dès lors rassurer de savoir la ville en de bonnes mains. Messaoui m’avait laissé une bonne impression. Et je me trompe rarement à ce sujet.
Nous dirigeâmes les véhicules au centre-ville. Les familles des « explorateurs » finirent de leur apporter des provisions supplémentaires. En dehors de cette agitation, je jetai un simple sac à dos vide – à l’exception de mon vieux carnet, d’un stylo et d’une lampe-torche.
Katia, Alice et Céleste attendaient avec moi. De toute évidence, la ville n’accordait que peu d’importance à notre présence. Ce qui, en un sens, n’était pas plus mal. Mais je regardai quand même les autres avec envie. Ils avaient encore leurs familles à leur côté. Tandis que je ne savais même pas si mes parents étaient encore vivants.
« - Tu pars seul, toi ? me demanda Katia.
- Oui. On n’a pas besoin de mettre plus de vies en danger. »
Ma réponse la fit trembler. Quatre jours auparavant, j’aurais paniqué à l’idée que je pouvais ne pas revenir.
Maintenant, ça me préoccupe juste. Je me tournai vers les trois filles, qui allaient devoir se supporter pendant au moins deux jours, et je leur conseillai :
« - Si jamais vous avez un problème, vous pouvez aller voir Messaoui. Il sera en charge de la ville pendant que le Maire sera parti. Je lui fais confiance, et puis, c’est lui qui nous a « offert » les maisons.
- Jonas ! »
Je me retournai. C’était Henri Bernard qui arrivait vers moi, une radio CB à la main. Je le regardai, surpris.
« - Ce sont des vieilles CB de camionneur. Restez branché sur le canal 22, comme les autres. On a aussi un émetteur/récepteur radio à la Mairie qui devrait nous permettre de rester en contact… au cas où.
- Vous avez pensé à tout, fis-je. Merci, M. Bernard.
- Henri, juste Henri, rectifia-t-il.
- Merci, Henri. »
Le Maire donna un coup de sifflet, signale de départ. J’ouvris la porte du 4x4 et commençai à monter. Alice me retint, et me regarda dans les yeux.
« - J’espère pour toi que tu vas vite revenir. Sinon, c’est moi qui viendrais te chercher. »
Je restai silencieux. Muet comme une tombe. Je refermai la portière derrière moi et baissai les vitres. Je tournai la clef, et la voiture trembla. Le moteur poussa son rugissement caractéristique, et démarra. Pour éviter de regretter rapidement de m’être porté volontaire pour cette mission, je quittai la ville au plus vite.
Direction Ventabren, nord-est.
Pendant un long moment, tout était vide. Mes phares éclairaient une route qui ne bougeait pas. Pas d’autres voitures, pas de bruit. Je me sentis soudainement terriblement seul. Comme si, soudain, je me rendais compte que le monde avait cessé de tourner. Et ce moment de solitude fit défiler tout un flot de questions dans ma tête.
Comment allions-nous organiser ce nouveau monde ? Quelles allaient être les conséquences de toutes les explosions nucléaires aux quatre coins de la Terre ? J’avais entendu parler de la théorie de l’Hiver Nucléaire… était-ce possible que cela nous arrive ? Etait-ce possible que nous commencions déjà à sombrer dans ce scénario catastrophe ?
Et ensuite, ce sont des questions plus personnelles qui vinrent m’assaillir. Où étaient mes parents ? Comment allaient-ils ? Etaient-ils partis avec l’Exode Vers l’Est ?
Et ces gens auxquels je tenais, ici comme plus au nord du pays, avaient-ils eux aussi survécu ? Combien de gens que je connaissais avaient péri ? Combien de gens avaient péri tout court ?
Bon Dieu, mais qu’est-ce que l’Être Humain venait de faire ?
C’est à ce moment-là que je vis les phares dans mon rétroviseur.
Ils s’étaient allumés un moment, puis s’étaient éteint par la suite. Comme si le conducteur avait voulut me voir, puis disparaître à mes yeux. Mon regard vacillait entre la route et le rétroviseur. Je sentais la sueur commencer à couler sur mon front, et une appréhension soudaine m’envahir de l’intérieur, fut-ce une maladie qui aurait voulu me faire suffoquer de terreur.
« - Où est-ce que tu es, où est-ce que… »
D’un coup, je vis une camionnette entrer dans le champ de vision du rétroviseur, et allumer ses pleins phares. Je fus aveuglé, et détournai le regard. Je sentis la camionnette frapper violemment le cul de mon 4x4.
« - Et chier ! hurlai-je. »
J’appuyai comme un fou sur l’accélérateur. Je regrettai à ce moment là que ce foutu 4x4 soit doté d’une boite automatique. Je passai en séquentiel, et forçai l’allure. Tout comme la camionnette, qui vint frapper une nouvelle fois le cul de ma caisse. Qu’est-ce qu’il voulait, ce fils de pute ? Me foutre dans le décor, c’était ça qu’il voulait ?
Alors c’était ce qu’il allait à voir. Je forçai l’embardée à travers champ. Les pneus crissèrent, le moteur gronda, et je hurlai intérieurement quand je tournai le volant à l’extrême. Prenant appui sur le bord de la route qui formai une sorte de rampe, je m’accrochai nerveusement, crispé de tout mon cœur, mû par une peur panique innommable, lorsque les roues du 4x4 quittèrent le sol, et que la voiture effectua un vol plané, dont je redoutai, plus que tout ce que le monde pouvait faire défiler sous mes yeux,
Le pire atterrissage de toute mon existence.
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I'J'
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Part 12 : L’expédition.
A l’atterrissage, violent et grondant, alors que les suspensions me donnaient l’impression de s’écraser à mort, ma tête cogna violemment contre le volant. Je criai, et la voiture continua hors de mes actes sa course sur plusieurs dizaines de mètres, avant que je bascule sur le côté passager.
Ma tête battait violemment la chamade. Comme si un rat s’était logé derrière mon front, et griffai de toute ses forces contre mon crâne dans l’espoir de s’y frayer un chemin, sous peine de me faire souffrir plus encore.
Je relevai doucement la tête, me redressant, douloureusement, ouvrant les yeux dans un malaise gémissant. Ce genre de situation me faisait regretter d’être aussi fin… et aussi idiot.
Je vis alors, dans le rétroviseur extérieur, deux silhouettes avec des lampes torches s’approcher doucement. Ma main effleura le revolver. Je détestai cette arme plus que tout au monde, mais si je voulais survivre, il allait falloir que je brave cette exécrable répugnance envers les armes à feux, et que je me vois capable de faire feu si la situation m’y forçait.
Bordel, mais pourquoi étais-je capable de tuer à mains nues, et incapable d’accepter le pouvoir d’une arme à feux ? Peut-être à cause de ce souvenir, qui traversa alors mon cerveau, et qui me terrifia dans un soubresaut. Je jetai le revolver sur le tapis de sol. Rien à faire, malgré toute ma volonté, mon instinct de survie ne dépassait pas la force de mes souvenirs.
Et mon cerveau, pourtant encore engourdi, concocta à nouveau un plan suicidaire qui pouvait ne marcher que par miracle. Je mis alors ma survie entre les mains de ma capacité à créer, inventer, supposer, agencer les probabilités, et surtout, à ma capacité de me défendre. Capacités dont j’étais fier, à défaut de leur faire véritablement confiance.
J’ouvris la porte brusquement, et me forçai à gémir de douleur, m’écrasant au sol, au milieu des immenses brins de maïs.
Je restai alors immobile, crispant mes doigts. Je limitai ma respiration au maximum, concentrant chacune de mes pensées pour ne réagir ni trop tôt, ni trop tard.
Sans quoi, j’étais mort.
Du coin de l’œil, je vis qu’il s’agissait de deux hommes. L’un était – osons le dire – obèse, tandis que l’autre était petit, et parlait avec une voix nasillarde. Et, malgré la faible lueur de leur lampe torche, je vis qu’ils n’avaient pas d’armes à feux.
Je refermai les yeux, et ne bougeai pas. Surtout pas. Ils devaient me croire mort. Le plus petit des deux me donna alors un coup de pied dans les côtes, comme pour vérifier si j’étais encore vivant. Et je dus lutter de toutes mes forces pour ne pas gémir de douleur.
« - C’est malsain, ce qu’on fait, fit le gros d’une voix révulsée.
- Ah, recommence pas, Franck. On en a déjà parlé. Depuis l’explosion, c’est butter, ou être butté.
- On recommence comme les barbares, on est plus civilisés que ça, merde ! Y a d’autres moyens de s’en sortir.
- Ah ouais ? Lesquelles ? cracha son compère.
- Il pouvait nous aider, fit « Franck » posément.
- Peut-être. Dans tous les cas, c’est trop tard pour en parler. »
Et il éclata dans un rire gras. Une sorte de « rire de beauf ».
C’est le moment que je choisis pour sortir la lame de mon cran d’arrêt, dont je tenais fermement le manche depuis le début. Je le plantai alors violemment dans le pied du petit nasillard, qui hurla de douleur.
« - Ah, le fils de pute ! hurla-t-il, sa voix se perdant dans le vide du champ. »
Avant qu’il ne réagisse, je retirai la lame, prenant soin de la remuer dans sa plaie, et roulai sous le 4x4. Je m’arrêtai un instant, évaluant la situation.
« - Trouve-le, cet enculé ! cria le nasillard. Trouve-le et bute-le ! »
Je roulai à nouveau sur le côté, me retrouvant de l’autre côté du 4x4. Je me servis des marchepieds caractéristiques de la voiture pour monter silencieusement sur le toit. Tout mon esprit était scindé, comme à chaque fois, entre une monstrueuse peur lancinante, qui m’aurait paralysé, si je n’avais pas à mes côtés cette dame étrangement forte qu’on appelle « Adrénaline. » Je me jetai sur le Petit Nasillard et le plaquai au sol en hurlant. Il me regarda d’un air horrifié, alors que de mon poing fermé, je le frappai à la tempe. Sa tête bascula sans force, et il finit KO.
J’étais essoufflé, agenouillé au dessus du Petit Nasillard. Je salivai tant j’avais forcé sur le moindre de mes muscles, meurtri par des mouvements trop brusques pour mon pauvre corps frêle. Je crachai alors au loin, et levai la tête vers « Franck », qui tressaillit.
« - Calmos, mon gars, fis-je simplement. »
Je levai les mains devant lui, me mettant debout, et lui montrai que je n’allais pas l’attaquer. Pourquoi ?
Parce qu’il avait eu cinq secondes pour me montrer qu’il était intelligent, et qu’il avait brillamment gagné ma confiance.
« - Vous êtes qui, vous ? Ou plutôt vous êtes quoi ? me fit-il. »
La remarque aurait pu me faire sourire. Je fis un pas de côté, et m’avançai vers lui. Il recula. Je fis alors le test.
Le cran d’arrêt toujours en main, je le retournai, et le lui tendis. Il me regarda sans comprendre. Je ne voyais que son imposante silhouette, qui avait quelque chose d’impressionnant. Et au-delà de ce stupide stéréotype qui montre continuellement le « gros idiot » que l’on voit dans les séries TV, ce « Franck » me semblait être quelqu’un de relativement intelligent. Probablement plus intelligent que moi.
« - Ecoutez, du peu que je vous ai entendu, vous m’avez l’air d’être pacifique. Je le suis tout autant.
- Pardonnez-moi si j’en doute, après ce que vous venez de faire.
- J’ai dit pacifique. Pas pacifiste, répondis-je du tac au tac. Prenez ce couteau. »
Il hésita un instant, sans comprendre, puis s’avança vers moi. Tremblant, il prit le couteau entre ses mains, et recula. Je levai les mains.
« - Voilà. J’ai deux armes à feux dans la voiture. Si je voulais vous faire du mal, vous auriez tout le temps de me tuer. »
Il tendit la lame devant moi, toujours tremblant. Ca se sentait qu’il n’avait jamais fait de mal à personne. Ca se voyait comme le nez au milieu de la figure.
« - Qui êtes-vous ? me demanda-t-il.
- Je m’appelle Jonas, je viens du village de La Croisée, me présentai-je.
- Qu’est-ce que vous faites ici ? enchaîna-t-il.
- J’ai été envoyé par le Maire pour récolter des informations sur les militaires qui ont traversé la région après l’explosion. Est-ce que vous êtes prêt à me croire, Franck ? »
Il tressaillit, sembla réfléchir un instant, puis abaissa le cran d’arrêt qu’il me rendit. Dans mon jargon, c’est ce que j’appelle un « échange de confiance ». Je pris le couteau, refermai la lame, et le rentrai dans ma poche. Il me tendit la main.
« - Franck Espinosa, me dit-il, alors que je lui serrai la main. Je viens de Ventabren. »
L’expression de mon visage changea soudainement.
« - Franck, montez avec moi. Je crois qu’on va pouvoir faire un bout de chemin ensemble.
- Et pour lui ? me demanda-t-il, en me montrant le Petit Nasillard.
- Vous savez, dans certains cas, il est préférable de buter celui qui comptait vous buter, dis-je simplement. »
Il me regarda, soutenu par un doute soudain, puis s’avança vers le 4x4.
« - Nous allons retourner chez vous, Franck, annonçai-je. Et vous allez tout me raconter. »
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C'est toujours aussi bien, continue comme ça ^^!
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Merci pou vos encouragements !
Petite transition calme dans cette Part 13
Part 13 : L’histoire de Franck
Avant le D-Day, Franck était mécanicien. L’un des meilleurs, d’après lui. Il m’apparut comme quelqu’un de très intelligent. Il m’expliqua ceci :
« - A peine deux heures après l’explosion, c’était le bordel à Ventabren. On a perdu l’électricité, le téléphone, et les poussières radioactives projetées par l’explosion empêchaient même la radio de marcher.
- Vous êtes proches d’Aix, c’est pour ça ? demandai-je.
- Suffisamment pour être incommodés par les retombées atomiques, mais pas assez pour avoir subi le souffle thermique, me répondit-il. »
Les mains sur le volant, perplexe, je regardai la route en lui affirmant :
« - Vous n’avez pas idée à quel point je suis heureux de parler à quelqu’un d’autre qui sache les effets secondaires des explosions nucléaires.
- Ca vous fascine, mais les gens sont des bœufs, et personne ne m’a écouter du côté de Ventabren, me répondit-il. C’est vrai, qui écouterez le gros mécano ? ironisa-t-il.
- Croyez-moi ou non, mais le Maire de La Croisée a accepté de m’écouter, et on a pu protéger les croiséens des retombées atomiques. »
Franck, mal à l’aise, se remua sur son siège.
« - Vous avez eu de la chance. Mais à Ventabren, personne n’a su comment réagir. Tout le monde pensait être en dehors du champ d’action des effets secondaires.
- Et qu’est-ce qu’il s’est passé ? demandai-je. »
Franck baissa la tête, cachant son visage sous sa casquette.
« - Les retombées sont arrivées. La plus grande partie a été portée par la pluie et le vent vers l’Est, mais des poussières radioactives se sont portées par le souffle en direction de Ventabren. »
Je le laissai parler. Se remémorer cela paraissait terrible. Il avait la voix tremblante.
« - J’ai essayé d’alerter des gens, mais la plupart ne m’écoutaient pas. Une partie a quitté la ville en voiture, une partie s’est cloîtrée comme je l’ai conseillé. Mais le Maire a fait venir la ville sur la Place pour une réunion d’urgence, et il n’avait pas prévu que les poussières radioactives arriveraient à ce moment-là. Presque toute la population de Ventabren a respiré ces poussières. »
Il avait les larmes aux yeux. Il luttait douloureusement pour contenir le souvenir, et ses larmes.
« - Les irradiés encore en vie ont cherché à fuir dans l’espoir de trouver un hôpital. Les survivants sont rares en ville.
- Combien d’entre vous ont survécu ? demandai-je.
- A Ventabren, nous ne sommes plus que 48, m’annonça-t-il du tac au tac pour s’éviter une attente torturante. »
Je crispai mes doigts sur le volant.
« - Et d’où est venue l’idée du carjacking ? demandai-je à Franck.
- C’était l’idée de Paul, le type qui était avec moi. Il fat partie d’une sortie de bande, et ils ont pris Ventabren sous leur autorité en très peu de temps.
- Comment ils ont fait ?
- De la façon qui marche le mieux, dans ce nouveau monde. Par la force. »
Je réfléchissais à toute vitesse. Je priai, intérieurement, pour que celle que je venais chercher soit encore vivante. Pour que je n’aie pas pris tous ces risques pour rien.
« - Comment réagissent les habitants ? questionnai-je. Et pardonnez-moi si je suis brusque dans mes questions. »
Il acquiesça d’un signe de tête, contenté de ce simple geste, puis me répondit :
« - Ils ont peur. On fait avec ce qu’on peut, et on cherche comment survivre. Mais la plupart des survivants sont des jeunes, et leur plus gros problème, c’est leur goût de la révolution. Pour eux, c’est une sorte de 1968, puissance dix mille. Ils préfèrent s’imaginer leurs scénarios plutôt que de véritablement organiser leur survie. »
Intérieurement, je me demandai si, dans un sens, je n’étais pas en train de commettre la même erreur. Je me promis alors de trouver mon amie, coûte que coûte. Puis de revenir à La Croisée, et faire de mon mieux pour ne pas sombrer dans cette attitude, que je redoutais déjà auparavant, et que je redoute encore plus, d’autant que je pouvais en être coupable.
« - Qu’est-ce qu’on peut faire pour aider les habitants ? me demandai-je à moi-même, à voix basse.
- Si j’avais un conseil à vous donner, ça serait de vous préoccuper d’abord de leur réaction en vous voyant arriver. »
Il disait ça alors que nous arrivions en ville. Et rapidement, la voiture fut mise en joue par des renégats.
Et Franck et moi étions dès lors sous leur emprise. Et la peur me domina.
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Part 14 : Renégats
J’arrêtai le contact et me baissai doucement pour glisser la clef dans ma basket, et mon cran d’arrêt dans l’autre. Je sentais les deux objets me faire mal, mais je n’allais pas râler. La seconde d’après, j’étais extirpé de la voiture, ainsi que Franck, par deux gars armés jusqu’aux dents.
Et eux ne se contentaient pas d’un cran d’arrêt. C’était un fusil de chasse qui caressait ma colonne vertébrale. Et, là, j’étais vraiment terrifié. Même l’adrénaline ne pouvait rien faire pour m’aider.
« - Du calme ! criai-je. Du calme ! Je m’appelle Jonas, je viens récolter des informations !
- Ta gueule, me cracha un renégat. »
Je reçus alors un coup dans le dos, probablement la crosse du fusil. Je ne le saurai jamais, car l’instant d’après, je sombrai dans l’inconscience.
Je repris conscience, agenouillé, les mains dans le dos. J’étais dans une sorte d’entrepôt. J’essayai de me levai, en vain. J’étais menotté, et un type me tenait fermement. Je levai la tête. Il était inexpressif, la trentaine, les traits durcis par la hargne. Je bougeai alors la tête, et regardai devant moi. Un autre type me dominait. Il avait l’air d’un colosse, du genre un mètre quatre vingt dix (comparé à moi, c’était un colosse), les yeux bleus me fixant avec une sorte de haine inexprimée, et un revolver fièrement rangé dans son holster à la ceinture.
« - D’où tu viens ? me demanda-t-il. »
Rapidement, je réfléchis.
« - Je viens de St Martin, répondis-je. J’ai été envoyé pour récolter des informations.
- Des informations sur quoi ?
- Il y a des rumeurs selon lesquelles les militaires sont passés dans le coin. J’espérais les retrouver et leur demander de l’aide, et retrouver une amie.
- Une amie, hein ? »
Je craquai, paniqué.
« - Mais bordel, vous me voulez quoi ? »
Il ne me répondit pas. Il me pointa alors le canon du revolver au visage, et je crus que ma dernière avait sonné dans un glas retentissant. Je me mis alors à parler à toute vitesse.
« - Je m’appelle Jonas Aminati, de St Marin, je suis venu chercher une fille qui s’appelle Marine Elgim, qui vit à Ventabren, je jure sur la tête de tout ce que vous voulez que je raconte la vérité, mais putain de bordel de merde, vous me voulez quoi ?
- Arrête-toi, Chris ! hurla la voix de Franck. Tu vas faire quoi ? Le buter ? Ca va t’apporter quoi, à par la jouissance de lui trouer la gueule ? »
Je tournai la tête à gauche. Franck était lui aussi à genoux, menotté. Il avait un filet de sang qui coulait du coin de la lèvre.
« - A quoi ça me servirait de vous garder, les gars ? nous fit Chris. Donnez-moi une seule bonne raison.
- Je suis mécano, Chris. Peut-être même le seul qu’il te reste en ville. Ca t’emmerderait de tomber en panne pendant que tu vas te servir chez les autres, non ? »
Chris parut réfléchir à la proposition de Franck. Il hésita un moment, puis rapprocha le canon du revolver de mon front.
« - Eh, eh, eh ! criai-je.
- Ah, la ferme ! me lança Chris.
- Laisse-le, qu’est-ce que tu fais ?
- Toi, t’es mécano, ça peut me servir, mais lui ?
- Il est dangereux, répondit Franck. »
Il y eut un silence de quelques secondes, puis Chris, le type qui me tenait l’épaule, et trois de leurs acolytes se mirent à exploser de rire.
« - Ah, nom de dieu ! T’as de l’humour, mon pauvre Franck. Regarde-le bien ! »
Ils me toisèrent tous. Forcément, les apparences ne jouaient pas en ma faveur. Ils étaient tous baraqués, et moi, face à eux, je n’avais l’air de rien. Mon pauvre mètre soixante-quinze, mes pauvres cinquante six kilos bloquées par un métabolisme déréglé, dont le catabolisme était trop rapide, ne faisait pas le poids… à leurs yeux.
Je me rendis compte que ces apparences pouvaient être un atout. Ils me sous-estimaient. Et j’étais si fin… et souple. Il y avait des chances que ça marche. J’étais suffisamment souple pour pouvoir passer mes mains vers l’avant de mon corps, par-dessous mes pieds. Après, je pourrais choper le revolver du type, et…
Et puis quoi ? Il ne me restait qu’une solution : Improviser.
« - Diversion, murmurai-je, en direction de Franck, espérant qu’il lise sur mes lèvres, alors que les autres s’esclaffaient. »
Franck fronça les sourcils, et pencha la tête en avant, comme pour me faire comprendre qu’il n’avait rien compris.
« - J’ai besoin d’une diversion ! murmurai-je.
- Allez, Franck, raconte pas de connerie. Ce type s’envolerait au premier coup de vent !
- Il a raison, je suis dangereux, accentuai-je, pour gagner du temps. Si vous me laissez le temps, je ferai mes preuves.
- C’est ça, c’est ça, grogna Chris, à deux doigts de rire à nouveau. Bon, Franck, t’as encore une chance de lui sauver sa peau, une seule et dernière chance !
- Tu veux la preuve que ce gars peut t’être utile ? fit Franck. Va voir dans sa voiture, tu y trouveras des armes. »
Bingo. Franck avait touché le bon endroit. Ce genre de gars recherche toujours des armes. Il trouve ça encore plus jouissif que de se secouer la queue un samedi soir. Ils s’organisèrent, et nous nous retrouvâmes à cinq dans l’entrepôt. Franck et moi, tenus chacun par un garde, et un troisième qui faisait le guet à la porte. Je réfléchis à toute vitesse. Au mieux, nous avions gagné cinq minutes. Discrètement, je sortis le cran d’arrêt de ma basket, au grand confort de mon pied, et tins fermement le manche au creux de ma paume. Toujours discrètement, je regardai Franck, et lui fis un signe de tête, de sa direction, dans celle de mon garde. Il parut réfléchir un instant, essayant de comprendre le sens de mon geste, puis se leva d’un coup, basculant sa tête en arrière pour assommer son garde. Il bascula alors tout son poids en arrière et écrasa violemment le garde au sol. Mon garde, lui, tourna la tête vers Franck, Et c’est le moment que je décidai pour sortir la lame du cran d’arrêt et la plantai, à trois reprises dans la cheville du garde, qui hurla de douleur. Il me lâcha alors, et je me levai, m’écartant rapidement. Franck, les mains dans le dos, se rua sur mon garde, l’emporta dans sa course, et le percuta dans un craquement sonore contre un mur. Je sautai rapidement, ramenant mes jambes contre mon buste, et passai mes poignets, et les menottes, en dessous de mes pieds. Lorsque j’atterris, j’avais mes mains face à moi. Je n’eus qu’une seconde pour me réjouir, car l’instant d’après, un revolver me faisait face.
« - Franck, à l’abri ! hurlai-je. »
Je courus sur le côté, quand les coups de feu retentirent. Je plongeai derrière des barils, et une balle vint percuter le mur. J’entendis la voix de Chris gronder dans l’écho de l’entrepôt :
« - Imbécile, tire pas là-dessus ! C’est de l’essence, merde, tu veux nous faire exploser ? »
De l’essence ? Dans des barils comme ceux-ci ? Quels cons, il y a trop de risques d’étincelle !
Etincelle ?
Je levai le bras et cherchai le bouchon du baril, que je tournai, puis jetai. Je me relevai, plaquant la lame du couteau à l’intérieur du goulot du baril, et regardai les renégats.
« - Wow, wow, du calme, les gars ! criai-je alors qu’ils levaient leur flingue. Vous avez été suffisamment con pour mettre l’essence dans des vieux barils de fer, et si vous tirez, l’étincelle que je provoquerai nous fera tous péter. Ca serait con pour vous, non ?
- Parce que t’auras le cran de te faire péter la gueule ? m’envoya un des gars de Chris. »
J’eus un rictus de folie, ou du moins, je m’y forçai.
« - Je suis dangereux, faudrait pas l’oublier. »
Chris n’eut plus l’air si amusé que ça à partir de ce moment là. Je vis la silhouette imposante de Franck passer dans leur dos, pour disparaître à l’extérieur. Je regardai autour de moi : il n’y avait personne. Ils étaient tous face à moi, et je sentais un certain ridicule dans la situation. Il n’empêche que j’avais le dessus, malgré le fait que j’étais tremblant comme une feuille.
« - Qu’est-ce que tu vas faire, alors ? me demanda Chris. Tout faire péter…et puis c’est tout ?
- Vous avez deux fusils et deux guns. Je veux que deux d’entre vous aillent les poser dans la voiture. Tout de suite. »
Ils se regardèrent un instant. C’était un peu comme si on demandait à un gamin de poser le bonbon qu’on venait de lui offrir.
« - Allez-y, faites-le, fit Chris.
- Mais…
- Obéis, merde ! rugit-il. Tu préfères finir en saucisse grillée ? »
Ils rassemblèrent leur fusil, et deux d’entre eux coururent à la voiture.
« - Mais d’où tu sors ? me demanda Chris.
- A partir de maintenant, je suis celui qui pose les questions, et t’es celui qui réponds. Où sont les habitants ?
- Ils sont dans les maisons du centre-ville, en dehors du couvre-feu.
- Comment vous avez fait pour prendre le contrôle de la ville aussi facilement ?
- Je suis chasseur, répondit Chris. Les armes à feux, c’est pas ce qui me manque. Et puis, le Maire est mort le lendemain de l’explosion. Fallait que quelqu’un prenne le commandement !
- En instaurant la terreur ? grognai-je.
- Qu’est-ce que t’en sais ?
- J’en sais que Franck m’a mis au parfum. Tu devrais te méfier des gros mécanos et des petits cons qui ont la peau sur les os. »
C’est le moment que choisit Franck pour tenir un gun tremblant dans ses mains, ramenant les deux gardes désarmés à l’intérieur de l’entrepôt. Franck se forçait à s’imposer.
« - T’es pas capable de tirer, Espinosa, lui grogna Chris. Tu devrais poser ce joujou.
- Tu n’as strictement aucune idée de ce dont je suis capable de faire pour survivre, espèce de fils de pute d’enculé de…
- Franck, prend un des bidons d’essence qui sont par-terre, s’il te plaît, le coupai-je calmement. »
Il hésita un moment, puis s’approcha de moi, lentement, tenant toujours le groupe en joue. Il prit un bidon, et l’ouvrit.
« - Et après ? me demanda-t-il.
- Asperge le sol tout autour d’eux. Et fais-toi plaisir sur la dose. »
Il obéit. Rapidement, Franck fit un cercle d’essence tout autour du groupe.
« - Tu fumes ? demandai-je calmement à Franck.
- Ouais, euh… quoi ? c’est quoi le rapport ?
- C’était juste pour savoir si tu avais un briquet sur toi. Fous-y le feu, lui demandai-je.
- Hein ?
- Encore une fois, il vaut mieux baiser celui qui voulait te baiser, Franck, le priai-je. »
Il me regarda en transpirant, puis se tourna vers les renégats, qui n’osaient pas bouger. Probablement étaient-ils trop sur d’eux pour envisager une situation où ils seraient dépassés. Surtout d’une aussi piètre manière.
Franck sortir alors son briquet, et le cercle d’essence prit feu autour du groupe, qui se mit à hurler de terreur. Rapidement, je poussai devant mon le baril d’essence, et je fis signe à Franck de courir avec moi en dehors du bâtiment. Je sautai dans la voiture, et lui à son tour. Je sortis la clef de ma basket, et mit le contact.
« - Dis-moi, t’es quoi exactement ? me demanda Franck.
- Quelqu’un de vraiment dangereux, répondis-je en passant la marche arrière. »
Je sortis rapidement de la ville. Cinq minutes plus tard, l’entrepôt explosait.
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I'J'
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Part 15 : Beau réveil à Beauréveil
Je fonçai sur la route, priant pour qu’aucun des renégats ne m’aie pris en chasse. Mon regard allait frénétiquement du rétroviseur à la route devant moi, alors que notre allure aurait, il y a trois jours, fait exploser tous les radars.
Je commençai à réaliser l’ampleur de ce que je venais de faire, et ce presque de sang froid. J’avais fait pire qu’utiliser une arme à feux : j’avais littéralement fait exploser un entrepôt.
Et quelles en seraient les conséquences ? Est-ce que cela avait vraiment rendu service aux habitants de Ventabren, que de faire exploser l’entrepôt, et les renégats ?
« - La ville les détestait, me fit Franck comme s’il avait lu dans mes pensées. »
Je me tournai vers lui, silencieusement, incapable de prononcer un mot. Pas en état de choc, non. Simplement que je ne trouvais rien à dire.
« - L’essence, c’est peut-être la seule ressource de valeur que contenait l’entrepôt. Pour le reste, il s’agissait d’armes et d’objets électroniques du genre lecteur DVD, etc…
- Comme quoi ils n’avaient pas compris dans quel monde nous vivions. »
Je réfléchissais à toute allure. Comme toujours. Trop de pensées qui se bousculaient, les unes après les autres, les unes avec les autres.
« - On doit y retourner, annonçai-je.
- Dis-moi, gamin, tu serais pas un peu dingue ?
- Marine est peut-être là-bas, elle a peut-être besoin d’aide ! criai-je.
- Ca va, calme toi. Malgré tout ce que t’as fait jusqu’à maintenant, t’estimes pas forcé de jouer les héros.
- C’est mon amie. Je dois la sauver.
- Un conseil : sauve ta peau avant d’essayer de sauver celle des autres. Et pour info, si tu t’imagines que tu dois sauver le monde, tu aurais mieux fait de réagir trois jours plus tôt. »
Son ton sec avait quelque chose de blessant, mais de toute évidence, il avait raison. Bordel, je ne suis qu’un gamin ! Qu’est-ce que je peux faire contre une ville ? Contre une armée de renégats ?
« - Okay, désolé, c’est les nerfs… j’ai pas beaucoup dormi, ces derniers jours…
- T’excuse pas, me fit Franck. Et, si ça peut te rassurer, je te suis redevable. »
J’acquiesçai d’un signe de tête. Comme si j’attendais quelque chose en retour chaque fois que j’offrais mon aide…
Nous nous arrêtâmes sur le bord d’une aire d’autoroute. Franck me proposa son aide pour forcer les pompes à essence. J’hésitai un instant.
« - Je ne crois pas que les flics reviendront de sitôt, Jonas, me fit-il. »
J’acquiesçai. Je ne sais pas comment il s’y pris, mais en dix minutes de bidouillage, il m’avait permis de faire le plein.
« - Je te propose de dormir ici. Dans le magasin de la station, lui proposai-je. C’est pas le grand luxe, mais ça nous suffira pour passer la nuit.
- Ca me va. Mais on devrait cacher la voiture avant. »
J’acquiesçai à nouveau. L’avantage, c’est que le 4x4 était noir, facilement camouflé. Dans le magasin – une fois la poignée de porte forcée, je sortis une lampe torche, et l’allumai.
« - Il n’y a plus de courant, annonçai-je.
- Cette station est plus proche du point d’explosion que nos villages. Elle a du subir l’EMP.
- Quelle EMP ? demandai-je.
- Après une déflagration nucléaire, il y a une surémission d’électrons. La Croisée et Ventabren sont suffisamment éloignés pour avoir subi uniquement des perturbations, mais la station, ici, a dû s’en prendre un coup.
- La zone doit être irradiées, alors.
- On est à l’Est de la ville, Jonas. De ce côté-là, les particules légères ont été portées par la pluie au loin.
- Et les particules lourdes ? demandai-je.
- On est près du point zéro, mais n’exagère pas trop non plus, me répondit-il simplement. »
Il n’empêche que je n’étais que peu rassuré, et regretter que les compteurs Geiger soit si rares en France. Je déteste être dans l’expectative d’un danger potentiel. Improviser est un fait, anticiper, c’est une autre histoire.
Je sortis de mon sac un sandwich que j’avais fait à la va-vite en partant de La Croisée, que je dévorais à pleine bouche, alors que Franck dormait déjà dans le couloir des boissons.
Avant de tomber de sommeil, beaucoup d’interrogations vinrent occuper mon esprit. Il allait me falloir arrêter de penser comme un adolescent. Comme ces renégats. Franck m’avait mis face à cette situation : jusqu’à maintenant, j’ai eu coup de chance sur coup de chance. J’aurais pu mourir quand les cambrioleurs sont rentrés au Centre Auto. J’aurais pu mourir quand Paul Le Nasillard a essayé de me renverser en voiture. J’aurais pu mourir quand les Renégats m’ont fait prisonnier.
Pourtant, j’étais encore vivant. Etait-ce seulement du talent ? Etait-ce seulement de la chance ? Un mélange subtil des deux ?
Il allait falloir faire preuve de plus que d’un talent à l’improvisation. Il allait me falloir m’organiser. Et réfléchir à ce qui allait se passer demain. Et les jours prochains.
Je ne pouvais pas rentrer à La Croisée ce soir. J’avais à payer ma dette envers Messaoui.
J + 04, 11h30.
Il y avait un village, entre La Croisée et Ventabren. Beauréveil. Un nom stupide, n’est-ce pas ?
Beauréveil disposait d’une importante nappe phréatique, et plus important encore, du seul centre médical potentiellement en service de la région, depuis l’explosion. C’était ça, le service que Messaoui m’avait demandé : contacter Beauréveil pour se lier à leur centre médical.
Et c’était considérable, car La Croisée ne disposait que de deux médecins avec simplement leur cabinet, et deux pharmacies qui seraient rapidement dépourvues de stock, tant que la question « Quand est-ce que les secours arrivent ? » n’aura pas de réponse. Et cette question n’amenait pas le temps d’une réponse, il fallait anticiper, et supposer qu’ils mettraient beaucoup de temps à venir.
Selon les explications que Franck me donna dans la nuit, les militaires en sous nombres ne pouvaient pas à la fois faire la police dans tous les villages et gérer la sécurité des différentes Exodes. Ils ont été forcés de faire un choix. Ils avaient choisi d’escorter les mouvements de masse, et l’Exode vers l’Est avait été préférée à la sauvegarde des villes. Un choix qu’on ne pouvait leur blâmer : comment choisir entre la vie des uns et celle des autres ?
Maintenant, avec l’ampleur des attaques nucléaires, y avait-il encore une petite probabilité que des organisations puissent mettre en place des secours, surtout pour des régions comme la nôtre ? L’ONU tendrait à venir en aide aux Etats-Unis, qui n’avaient certainement pas conscience de l’état du reste du Monde. Donc, logiquement, nous étions laissés à nous-mêmes. D’où la nécessité de réagir. Et vite.
Mais je ne m’attendais pas à trouver la ville de Beauréveil dépourvue d’âme qui vive. Les rues étaient silencieuses, les maisons ouvertes, vides. Une ville fantôme.
« - Qu’est-ce qu’il s’est passé ? me demanda Franck.
- Je dirais que l’exode a emporté tous le monde… »
Et je vis alors l’hôpital. Un frisson d’effroi parcourut mon échine. La façade de l’hôpital s’était effondrée sur elle-même. Des gerbes d’étincelles s’échappaient de part et d’autre dans des craquements stridents.
« - Ou pas, ajoutai-je à ma phrase. »
Je distinguai, dans le hall de l’hôpital, des corps inertes dont la chair déjà consommée par les insectes dégageait une odeur malsaine.
« - Qu’est-ce qu’il s’est passé ? répétai-je.
- J’ai peur de comprendre, me fit Franck. On devrait aller voir la grande surface. »
Cinq minutes après, nous trouvâmes une véritable hécatombe sur le parking de la grande surface. Je ne sais pas si c’était l’odeur des corps ou bien le choc de la vue, mais j’ouvris la porte, et posai violemment et douloureusement une gerbe qui exhibait mon maigre repas du matin.
« - Mon Dieu, fis-je.
- Il a dû y avoir une émeute après l’explosion, affirma Franck en déglutissant. Les militaires ont réagi, et il y a eu une merde. Ils ont tiré sur la clinique, avec un tank sans doute.
- Tu veux dire qu’ils se sont tous entretués ? m’exclamai-je, horrifié.
- Je veux surtout dire que quelqu’un est responsable de ce massacre et que ce quelqu’un n’est pas forcément mort, lâcha-t-il lourdement. »
Nous nous regardâmes un instant.
« - Je prends le fusil, me fit-il. »
Nous nous aventurâmes dans la grande surface, des masques de fortune nous couvraient le nez et la bouche, nos armes levées devant nous. La répugnance de l’arme s’était dissipée une fois la confrontation avec les Renégats de Ventabren passée. Soudain, dans le combat des convictions face à la survie, la survie venait de l’emporter.
Les étalages étaient dévastés, renversés, détruits. Des corps jonchaient le sol dans un chaos complet, s’amoncelant les uns sur les autres, et je luttais pour ne pas tourner de l’œil. Moi qui n’avait jamais vu que cinq corps morts jusque là, des dizaines apparaissaient alors sous mes yeux.
A chaque couloir passé, je soupirai douloureusement, à la fois soulagé de ne pas avoir été attaqué, et à la fois terrorisé par l’idée de l’être au prochain couloir.
« - Jonas ! entendis-je hurler soudain. »
La voix de Franck provenait de la réserve. Mu par une force qui me permettait de dépasser ma répugnance, j’accourus dans sa direction, gardant mon attention ouverte. Je traversais une réserve sans dessus dessous et arriva devant un immense poids lourd.
Franck avait gardé sa garde levée, et me regardai.
« - Le camion est chargé, comme s’ils étaient prêts à partir.
- Et pourquoi tu as gueulé ? N’importe qui aurait pu t’entendre, Franck !
- Je pense pas, Jonas. Je pense pas… »
Je fis le tour du camion, le revolver levé. Je vis des traces à l’avant du camion. Je levai la tête, et regardai la cabine, dont les portes étaient entrouvertes. J’en ouvris une d’un coup sec, et un corps ensanglanté manqua de m’écraser.
« - Putain ! crachai-je en l’esquivant. »
Je me retournai. Un autre corps, plus rouge encore de sang, contre le mur, me fit sursauter dans un haut-le-cœur violent qui me plaqua contre le camion.
« - Merde… Franck, il n’y a plus personne !
- Quoi ?
- Ramène-toi ! hurlai-je. »
Franck vint me rejoindre sans baisser son fusil. Je respirai profondément.
« - Comment ça, « il n’y a plus personne » ? »
Je lui montrai les deux corps.
« - Ils se sont entretués parce qu’ils voulaient tous le camion. Probablement parce que les habitants voulaient protéger leurs ressources, et que les autres voulaient se les approprier. »
J’avançai, baissant mon arme. Franck me suivit, et je lui montrai les traces de pneus.
« - Deux camions, Franck. Un premier est parti. Le deuxième devait probablement le suivre, mais on dirait qu’il n’a pas eu autant de chance que le premier. »
Je regardai les traces avant de lever la tête vers Franck.
« - ils se sont tués, tous, pour se battre le camion. Ca n’a pas de sens ! m’exclamai-je.
- Tout dépend ce que contient le camion, me fit-il. »
Il monta dans la cabine et saisit les clefs, qui n’avaient pas bouger des mains du défunt conducteur.
La minute d’après, nous ouvrions la porte arrière. Nous vîmes alors son contenu. Et nous cessâmes de bouger.
« - Bordel de chiottes de saloperie ! m’exclamai-je vulgairement.
- Qu’est-ce que… »
Nous fîmes silence un instant, tentant de comprendre. Tentant de réaliser.
« - Qu’est-ce qu’on fait ? demandai-je.
- Il n’y a plus personne pour réclamer le camion. Si on laisse ça, n’importe qui peut tomber dessus. De mauvaises mains. »
Je réfléchis un instant. Des hommes s’étaient entretués pour ça. Vaudrait-on mieux qu’eux en se l’appropriant ?
« - Je ne sais pas conduire les poids lourds, affirmai-je.
- Moi si, me fit-il avec un sourire.
- Alors, qu’est-ce qu’on fait ? demandai-je. »
Il regarda la réserve, et me demanda :
« - Jonas, il y a une place pour moi à La Croisée ?
- J’ai l’autorisation de ramener des survivants s’ils ne menacent pas la ville de surnombre, Franck. Il y a une place pour toi. »
Il sourit.
« - On finit de remplir le camion. La Croisée va vivre et survivre. »
Narrateur : Katia
« - Qu’est-ce qu’il se passe ? demandai-je. »
Une quinzaine de personnes s’étaient agroupées devant le Centre Auto.
« - Ils ne comprennent pas pourquoi un « gamin » comme Jonas, qui n’est même pas croiséen, soit en charge des voitures, m’informa Alice. Ils veulent tous se faire dédommager du vol de leur caisse. »
je fis une grimace, sifflai entre mes dents, serrai les poings. Les gens étaient des bœufs. Je ne savais pas quoi faire. Depuis quatre jours, j’étais dépassée par les évènements, je ne comprenais plus rien. Je ne faisais que subir, coup sur coup, voire même les contrecoups de ce que je n’avais pas fait. Et je réfléchissais : est-ce que c’était juste ? Jonas était mon ami, mais était-ce légitime qu’il soit en charge du Centre Auto ?
« - On doit prévenir le Maire, dis-je.
- Il est parti en exploration vers le sud, me dit Alice. C’est Messaoui qui le remplace.
- Alors on doit aller chercher Messaoui. Il faut que quelqu’un les calme tous. »
Quelques minutes plus tard, Messaoui était devant le Centre Auto.
« - Mesdames, messieurs ! cria-t-il. S’il vous plaît, expliquez-moi votre problème calmement. »
Ils s’expliquèrent. Messaoui soupira. Comment en vouloir aux gens ? Ils n’arrivaient pas – ou ne voulaient pas – à imaginer que le monde s’était retourné. Et l’équipe du Maire s’était gardée de leur parler des militaires postés au loin à l’est, de peur d’affoler la population.
A peine quatre heures après le départ des excursions, M. Leonard, qui était parti pour l’ouest, est revenu, la carrosserie de la voiture criblée de balles. Il était traumatisé. D’après lui, des renégats zonaient et forçaient les villages à se vider de leur ressources. Quand il a dit avoir traversé Aiguilles, où il n’y avait aucun survivant, on avait frôlé la panique générale. C’était sans le calme de Messaoui qui leur expliqua que l’équipe du Maire avait pris en charge une cellule de sécurité qui allait se poster tout autour de la ville. Même si c’était un mensonge.
C’était pour ça que les gens voulaient à tout prix une voiture. Ils voulaient se casser d’ici au plus vite.
Et je les comprenais. On n’avait rien pour se défendre, nous n’y étions pas préparés. Tant de gens avaient disparu…
Mes parents avaient disparu. J’étais incapable de dire où se trouvait mon copain. J’étais seule… je me sentais seule… et ni Alice, ni Jonas, ne pouvait m’ôter cette sensation.
C’est là qu’on entendit deux moteurs rugir. Dont un qui avait l’air énorme. Tous le monde se regarda, et fonça sur la route principale.
Un 4x4 arrivait en ville en klaxonnant, suivi de près par un camion monstrueux. J’eus tout d’abord l’horrible impression que les renégats arrivaient à La Croisée.
Mais je reconnus vite Jonas au volant.
« - Il est revenu… Alice ! hurlai-je subitement. C’est Jonas, il est revenu ! »
Elle me rejoint, regardant le 4x4 approcher. Jonas en sortit, les vêtements rougeâtres. Mon sang ne fit qu’un tour.
« - Jonas, qu’est-ce… oh mon Dieu !
- Je vais bien, Katia, me fit-il à voix basse. Je vais bien. Tout va bien. »
Il fronça les sourcils en voyant la foule.
« - Qu’est-ce qu’ils font là, eux ? me demanda-t-il.
- Ils essayaient de forcer l’entrer du Centre Auto. Ils doutaient de toi, Jo. »
Il fit un signe de tête bref, et se tourna vers les gens.
« - Mesdames et Messieurs, commença-t-il. Je vous demanderai un peu de calme. Du calme, s’ils vous plaît… »
Mais personne n’écoutait. Les gens parlaient entre eux. Jonas grimaça, monta sur le marchepied du 4x4, et pressa le klaxon violemment.
« - Hey ! Oh ! Ca vous écorcherez la gueule que de la fermer ? hurla-t-il. »
Ce fut soudain un grand silence. Tous le monde s’était tourné vers lui, l’esprit enclin à une surprise paralysante.
« - Rah bah putain, qu’est-ce qu’il faut pas faire pour vous calmer ! s’exclama-t-il en descendant du 4x4. »
Il s’avança vers eux.
« - Hier soir, j’ai été pris en chasse par des vandales. Wow, wow, le premier qui se met à gueuler s’en prend une, okay ? ajouta-t-il alors que la foule commençait à se bousculer. Je m’en suis sorti, et j’ai réussi à les localiser. J’ai trouvé un gars, qui s’est allier avec moi pour leur foutre leurs plans bien profond là où je pense. »
Un homme de très forte corpulence, avec un bleu de mécanicien et une casquette baissée sur le visage, descendit du camion et rejoint Jonas.
« - Je vous présente Franck Espinosa, de Ventabren. Il m’a aidé à ralentir les Renégats. Il m’a également aidé à ramener à La Croisée ce camion plein de victuailles. »
La foule se mit alors à sourire, à crier, à applaudir. Jonas se rapprocha de moi.
« - Ils ont pas l’air si méchant, fit-il avec un ton presque amusé et un sourire forcé. »
Il fit signe à Franck de s’approcher. Messaoui également vint se joindre à nous, formant un quatuor restreint alors que la foule se dégageait, emportant avec eux Alice, qui préféraient se tenir loin.
« - M. Messaoui, on doit vous parler tout de suite, fit brièvement Jonas. Ce truc va nous donner du fil à retordre. »
Narrateur : Jonas
Le camion était stationné dans la cour du Centre Auto. Katia, Franck, Messaoui et moi étions dans la Salle des Théories. Alors que je mettais à jour mes cartes et mes plans, déterminant Beauréveil comme une zone à risque, ainsi que Ventabren (armé également d’un grand point d’interrogation), que j’entourais trois fois en rouge. J’étais de nouveau froid, consultant mes plans.
« - On n’est pas sûrs que les Renégats soient neutralisés, affirmai-je. Et même si c’était le cas, il y en aura d’autres. Ca ne fait que commencer.
- Quand les Renégats de Beauréveil se rendront compte qu’un camion a disparu, ils vont se méfier et s’énerver, ajouta Messaoui. J’ai connu des bilans moins désagréables. »
Je me tournai vers Messaoui.
« - J’ai encore plus désagréable à vous montrer, Monsieur, lui affirmai-je. »
Franck ouvrit la porte du camion. Le container semblait sur le point d’éclater, chargé à bloc de nourriture.
Sauf que Franck déchargea la nourriture, qui précédait un stock de médicaments, masquant le plus important. Et Messaoui et Katia crièrent en voyant le contenu.
Il y avait des armes. Une quantité massive d’armes à feux, qui entouraient un baril isolé.
« - Comment ? demanda Katia.
- Beauréveil possède une armurerie. Les types qui ont rempli le camion ne se sont pas gênés pour se servir, affirmai-je.
- Mais le pire est à venir, annonça Franck en tirant le baril. »
Katia et Messaoui montèrent dans le camion. J’attrapai Katia fermement par le bras.
« - Je pense que tu ne veux pas voir ça, fis-je.
- C’est si grave que ça ? répondis-je en fronçant les sourcils.
- Pire encore. »
Elle déglutit douloureusement, puis me regarda dans les yeux.
« - Je ne te laisserai pas seul si c’est si important. Ce ne serait pas juste pour toi. »
Presque convaincu, je la relâchai. Franck me regarda, attendant mon signal.
« - Vas-y, fis-je. »
Franck acquiesça et ouvrit le baril avec un geste ample, et bascula le couvercle sur le coté dans un lourd bruit métallique.
Nous nous rassemblâmes autour du baril. Messaoui recula. Katia déglutit dans un regard horrifié, brillant de larmes de terreur.
Une tête nucléaire reposait, presque calmement, dans le baril. Franck pensa judicieux de préciser qu’elle n’était pas armée.
« - Qu’est-ce que … c’est… que ça ? murmura Messaoui.
- La preuve qu’une cible n’a pas été atteinte, affirmai-je. »
Franck referma le baril. Messaoui était toujours plaqué contre le mur, horrifié.
« - Je pense que les terroristes n’ont pas réussi à atteindre leur point d’attaque. Ils ont dû être attaqués ensuite par des renégats, ou des gens du même acabit, qui ont fini par s’accaparer le baril.
- Qu’est-ce qu’ils comptaient en faire ? demanda Katia.
- La revendre, supposai-je. Ou s’en servir comme source de pouvoir. Ou peut-être même qu’ils n’avaient même pas ouvert le baril, qui sait ? Mais si c’est le cas, ça veut dire que la disparition du camion va provoquer un raz de marée sur les trafics d’armes.
- Dans tous les cas, si les secours ne se dépêchent pas, les trafics vont prendre de l’ampleur, gagner du terrain. Bientôt, tout le territoire saura qu’une tête nucléaire se cache quelque part. Et peut-être que les pistes finiront par mener ici, ajouta Franck. »
Messaoui tressaillit. Je crus qu’il allait mourir d’une attaque. Il me regardait. Et malgré ma panique intérieure, je m’efforçai au calme. Même si ma phrase allait nous peser, à tous les quatre, sur notre tête.
« - On doit la cacher, et n’en parler à personne. »
*************
I'J'
Dernière modification par irajonas (04-05-2007 00:02:16)
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Dans cette partie, j'essaie de relier l'intrigue de Jericho et celle de ma fanfic. J'ai récemment lu une théorie selon laquelle
Spoiler:
Ravenwood serait l'auteur des attentats nucléaires
, donc désolé si ça apparait incohérent sur le territoire
Part 16 : Société Militaire Privée
J+04 : 19h30
Au Centre Auto, j’avais installé la radio CB que m’avait confié Henri Bernard. Mais c’était avec l’émetteur-récepteur de la mairie que nous prenions des nouvelles des deux explorateurs restant.
« - Saint Martin est inaccessible, affirma la voix de Descordes dans la radio CB. Les routes sont impraticables, et les forêts sont constamment squattées par des trafiquants.
- Ils n’ont pas perdu leur temps. Comme s’ils s’y attendaient, affirmai-je. »
Il y eut un silence. Seul les parasites de la CB se firent entendre. Descordes coupa le silence :
« - M. Aminati, malgré tous le respect que j’ai envers vous, il faudrait nous épargner ce genre de conneries à l’avenir.
- Compris, mea culpa, fis-je, rougissant. Vous avez pu trouver des gens sur la route ? Des renseignements, des vivres ?
- J’ai rencontré un groupe de quinze survivants. Leur avion avait atterri en urgence sur une autoroute. Ils bloquent la circulation vers la région Rhône-Alpes. D’après eux, ils ont été forcés par des mercenaires à quitter l’avion.
- Des mercenaires ? Je croyais qu’il y avait des militaires, fit Henri Bernard.
- Il y en a, Mr. Bernard. Mais pas du côté de l’avion. Il s’agissait de mercenaires envoyés par le commandement européen.
- Quoi, vous voulez dire qu’ils ont encore un commandement ? »
Une lueur d’espoir résonnait dans nos voix. Si le commandement européen avait survécu, il devait encore y avoir quelqu’un, quelque part, capable de nous envoyer des secours. Des vrais secours, pas des militaires postés comme s’ils formaient des check-points !
- Commandement de mon cul. Ils n’auraient pas tiré à vue sur les survivants s’ils étaient venus nous secourir. Les quinze survivants que j’ai vus m’ont dit avoir été cinq trente sept à sortir de l’avion. »
Je baissai la tête, soufflant désespérément. Comme si un problème ne nous suffisait pas, tout arrivait en boucle.
« - Qu’est-ce que ça signifie ? demandai-je.
- Qu’il ne s’agit pas d’organisme d’état mais d’armée privée, affirma Descordes sèchement. Dans le langage populaire, on s’amuse à les appeler « mercenaires ». »
Le mot fit son effet. Un frisson me parcourut, comme un danger plus grand encore que les renégats. Les renégats ne sauraient pas quoi faire de la bombe nucléaire, et il serait probable qu’ils n’en fassent jamais usage, incapable de s’en servir. Mais des mercenaires, sortant de sociétés militaires privées, pouvaient renverser le pouvoir à l’aide de la bombe.
Nous étions dans un danger plus grand encore que celui auquel je m’attendais. J’eus peine à ne pas m’évanouir.
« - Et du côté de Kort ? demanda Clara Terrucci. »
Kort était le quatrième explorateur.
« - On n’a pas de nouvelles, affirma Messaoui.
- Je coupe, La Croisée. Gardez la radio en marche, on ne sait jamais quand Kort pointera le bout de son nez. Je serai de retour à La Croisée vers 21h30. Roger. »
Roger. C’était si pompeux que je redoutais qu’on soit véritablement en temps de guerre.
« - Et maintenant ? demandai-je.
- On attend le retour de Descordes. Dans l’immédiat, Mr. Aminati, vous devriez retourner au Centre Auto. Mettez à jour vos cartes d’après les informations qu’on vient de recevoir. »
J’acquiesçai. Je me rendis au Centre Auto.
A l’arrière du Centre Auto, je brisai les chaînes qui maintenaient les armes à feux prisonnières avec une pince, cette même pince que j’avais trouvée à la station essence où j’avais passé la nuit, et qui m’avait permis de me débarrasser de mes menottes. Franck m’aida à stocker les armes à l’arrière des salles de préparation et de la Salle des Théories. Clara Terucci m’envoya son mari, Claude Terucci, serrurier de son état. Il installa des serrures codées (alors que j’avais caché les armes sont des bâches), et lorsqu’il fut partie, je m’enfermai en Salle des Théories.
Les cartes commençaient à prendre forme. Petit à petit, je me rendis compte que c’était une géographie complètement nouvelle du territoire qui se mettait en place. Au-delà du plan géologique, qui n’avait été affecté qu’au niveau d’Aix, que je n’avais pas encore approché (et que je préférais éviter, le temps que le taux de radiation chute).
Presque aucune route ne permettait de sortir de la région aixoise. La Croisée était l’extrêmité nord-est accessible. Aix détruite, il ne restait plus que quelques villes encore accessible. J’en fis rapidement la liste.
La Croisée, Ventabren, Revelles, Le Puy, Beauréveil, Lanoé, Mérimin, pour ceux qui me venaient en tête. Les autres étaient hors d’accès tant qu’on n’était pas sûr de l’état radioactif d’Aix, ou au-delà des déploiements militaires.
Sur un tableau séparé, c’est le mari d’Angelica Nott, Robert, qui vint m’aider.
Robert Nott était un retraité de la seconde guerre mondiale, mais avait maintenu des contacts avec le milieu militaire européen. Il m’informa de plusieurs sociétés militaires privées, qui pouvaient être celles dont parlait Descordes.
La plus proche de nous était la Easthwind Holding Corporation, basée au Luxembourg. S’ajoutait encore la Secopex, en France Sandline International et la Erinys, présentes au Royaume-Uni. Mais comment l’Europe pouvait-elle déployée des forces militaires dont le contrôle lui échappe ?
Pour Robert Nott, il était évident qu’il s’agissait d’une société militaire privée qui se situait en dehors du territoire européen.
« - Comment est-ce que ça serait possible ? demandai-je.
- Le point culminant des attaques se trouve aux Etats-Unis. Si il leur reste un semblant de gouvernement, ils ont certainement déployé toute la force militaire publique qui leur restait sur leur territoire, ce qui laisse à l’Europe un champ d’action minimal. Vous savez que les Français ont une force militaire restreinte, n’est-ce pas ?
- A qui le dites-vous. La semaine dernière, encore, j’éprouvais de l’aversion pour le milieu militaire. Je regrette aujourd’hui de ne pas en savoir plus à leur sujet.
- Donc, vous comprenez qu’en l’absence de force militaire publique, l’Europe soit forcée de faire appel à des sociétés privées ?
- Jusque là, je vous suis, mais pourquoi en dehors de l’Europe ?
- Parce que leur propre territoire est décousu, m’affirma Nott. Les pays sont sous le choc d’un chaos monstrueux, et je suis presque sûr que les conseils européens ont un personnel réduit. Ils ont déjà trop à faire avec leur propre pays, où est-ce qu’ils pourraient trouver une société militaire qui lui soit accessible alors que toutes leurs sources de revenus se sont écroulées en même temps ?
- Ils iraient chercher là où on trouvera des factions à bas prix, affirmai-je, commençant à comprendre. Mais ça ne fonctionne pas comme la main d’œuvre qu’on va chercher à l’étranger pour des salaires réduits, ajoutai-je. C’est plus complexe que ça, non ?
- En théorie, oui. Mais c’est un conflit d’ordre mondial. Les communications internationales sont coupées, il y a des zones de radiations réparties dans différents endroits de la terre. Des endroits auparavant riches sont maintenant dépassées par le Tiers-Monde.
- Vous êtes en train de me dire que les Etats-Unis, parce qu’ils ont subi des assauts violents, sont descendus à l’échelle du Tiers-Monde ?
- C’est une hypothèse, affirma Nott. »
J’accrochai alors un post-it à côté des Etats-Unis, avec un point d’interrogation précédent les mots « ? Situation politique ».
« - Qu’est-ce que ça implique ?
- Toutes les forces militaires publiques américaines se déploient sur leur propre territoire. Les forces militaires privées n’ont plus beaucoup d’effectifs utiles sur le champ national, ils devront chercher dans l’international.
- Les intérêts se rejoignent, affirmai-je. Les sociétés militaires privées américaines cherchent un champ d’action utile, et l’Europe recherche des forces militaires à bas prix, qu’ils trouveront en territoire en décomposition politique. »
Les pièces du puzzle que Nott m’expliquait commençaient à prendre forme. J’arrachai la feuille accrochée au tableau des noms de sociétés privés Européennes, et me servi du tableau noir pour que Nott m’informe de sociétés américaines.
Parmi la Hart Security Limited, la DynCorp international, Armor Group et autres, Nott m’informa d’un mouvement récent des effectifs, qui avait tendance à baisser « à cause » du faible taux de guerre. Exception faite d’une seule société militaire privée, dont les effectifs connaissaient une certaine stabilité, avec une ascension légère des effectifs.
D’une liste de quinze société militaire privée, Nott me dégagea un nom.
Ravenwood.
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Tres bon écrit. Une nouvelle léchée et paufinée, alternant rythmes soutenus et phases plus psychologiques. On note une légère inspiration de La Guerre des Mondes pour ce qui est de la fuite au depart devant la destruction, une grosse inspiration de Jericho mais tout en gardant un style tres personnel et fort agréable a lire.
Je ne sais pas vers quoi tu te destines mais ta nouvelle pour l'instant n'a rien a envier à celles que je lis souvent.
Pour les détails : - La croisée a t'elle un rapport avec celle de WOW pres d'orgrimmar ? ^^
- Michel Jasson est il un clin d'oeil a Michael Jackson ?
- Y'a t'il un quelconque rapport caché entre Jonas de ton histoire et celui de la serie ?
Pandafurtif - Emballé.
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La Croisée est un nom de village que j'ai toujours utilisé dans mes histoires. Rien à voir avec WoW. C'est une métaphore pour "la croisée des chemins", là où tous les destins viennent s'intercroiser.
Michel Jasson... En fait, j'avais choisi le nom de famille pour l'image de Jason, de Jason et les Argonautes, j'avais pas calculer la ressemblance avec Michael Jackson
pas mal
Quand à Jonas, ce n'est pas du tout le Jonah de la série. C'est aussi un nom que j'utilise dans beaucoup de mes histoires (y compris dans la série que j'avais écrite, intitulée Forgotten). Je me suis toujours identifié au personnage "Jonas Aminati" que j'ai créé quand j'étais en 1ere 1ere (il y a quatre ans). C'est une version plus héroique de moi-même...
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Part 17 : Sortie Est
J+04 21h
Je m’étais préparé à manger du côté de l’hôtel, et était revenu mangé dans la Salle des Théories. Puisque je n’avais pas de télé pour me changer les idées, ni internet, ni jeux vidéo, ni rien, d’ailleurs, il ne me restait plus que mes théories pour passer le temps en mangeant.
Proportionnellement, deux bombes nucléaires aurait suffit à mettre la France KO. Dans ce cas, est-ce que bombarder Aix pour la présence du Président de la République était une raison valable ? Etait-ce un geste logique ?
Et pourquoi cette bombe, qui était maintenant en notre possession, s’était-elle retrouvée là, juste quatre jours après l’explosion ?
Et en quoi ces mercenaires américains auraient-ils une raison de se déployer en Europe ?
Toutes ces questions, écrites au tableau, n’aboutissaient à aucune réponse. Soudain, j’entendis rugir dans la radio :
« - Descordes à La Croisée, je suis pris en chasse à proximité de l’entrée Est de la ville, Descordes à La Croisée, répondez ! »
Je me jetai sur la radio, mais Messaoui à la Mairie, avait répondu avant moi.
« - La Croisée à Descordes, qui sont vos poursuivants ?
- Quatre 4x4 de Renégats qui me prennent en chasse avec des armes. Si ils arrivent à rentrer dans La Croisée, c’est le massacre assuré. J’ai besoin de vous à l’entrée est de la ville.
- Aminati à Descordes, répondis-je. Nous avons des armes à portée de mains, je rassemble des hommes pour protéger l’entrée est. Messaoui, vous m’entendez ?
- Messaoui à Aminati. Amenez M. Espinosa avec vous, deux de vos plus grosses voitures, et vos armes. Je m’occupe de rassembler les hommes, et je vous rejoint à l’entrée est. M. Descordes ?
- Reçu, La Croisée, je vais m’efforcer de ralentir les renégats. Faites vite. »
Deux coups de feux, et un crissement de pneu retentirent dans la radio. Je l’empoignai, et courus chercher Franck. Le temps était compté.
Il nous avait fallu un quart d’heure pour jeter les armes dans le Sorento et la 307SW, et pour rejoindre la sortie Est de la ville. A peine étions nous arrivé au niveau des hommes – qui se montaient à un nombre de quinze, ce qui n’était pas trop mal – Je ralentis, à hauteur de Robert Nott.
« - On va devoir avancer plus sur la route pour éviter les balles perdues, Mr. Aminati.
- Ok, dites aux hommes de suivre nos voitures ! criai-je. »
Je roulais au pas, avançant sur la route. J’avais une sensation étrange qui venaient remuer mes tripes. Comme si le monde entier avait choisi ces quatre derniers jours pour s’acharner sur moi. Comme si toute une vie de banal quotidien devait avoir un contrepoids extrême condensé en moins d’une semaine.
Et, plus que tout, j’avais la trouille. Une peur telle que ma jambe tremblait sur l’accélérateur, et que ma main tapotait frénétiquement sur le volant. Lorsque je nous estimai assez loin, je mis la voiture en travers de la route, geste que Franck fit à son tour.
La route était étroite, les Renégats seraient donc obligé de nous faire face. Mais ça impliquerait aussi que le Maire serait bloqué devant nous. Alors que Messaoui distribuait les armes aux hommes – je me retrouvais sans vraiment savoir comment avec un fusil entre les mains – je me ruai sur la radio.
« - La Croisée à Descordes, vous allez devoir accoler votre voiture au barrage, et vous dépêcher de rejoindre les hommes postés derrière, vous avez compris ?
- Compris, Aminati. Mais ne criez pas comme si vous vous chiiez dessus, me rajouta-t-il. »
Nom de Dieu de merde, comment voulait-il que je sois, alors que quatre 4x4 de Renégats arrivaient dans notre direction ? Il me prenait pour qui, pour un vétéran de la guerre ?
Je rejetai la radio sur le siège et fermai la voiture. Au loin, on voyait les phares scintillait. Un faible bruit de moteur nous laissait entendre qu’ils poussaient l’accélérateur à fond.
« - Ok les gars. Le Maire conduit une C5 Break gris alu, quoique vous fassiez, évitez de tirer sur sa caisse. Si jamais je vous ordonne de tirer sur leurs voitures, visez les pneus. Je sais que vous n’avez presque tous jamais tenu une arme à feu de votre vie, mais pour l’amour de tout ce qui est encore vivant sur cette Terre, on veut les repousser, pas les tuer, c’est compris ? gueula Nott. »
De toute évidence, celui-ci avait conservé une allure de commandant, ou de quelque chose du même genre. Le savoir de notre côté me rassurait. Cela dit, posté contre le capot avant du Sorento, le fusil pointé vers la route, le visage à découvert, je me sentais petit. Ridicule. Minable. Comme un enfant qui avait joué aux petits soldats jusque là, et qui se retrouvait d’un coup sur le champ de bataille.
Les phares étaient maintenant assez proche pour nous entraver la vue. Par réflexe, je fermai un œil. Nott vint me taper sur l’épaule. Je tournai la tête.
« - Dieu s’est cassé le cul à te donner deux putains d’yeux, pas un, alors par respect pour lui, ouvre les deux yeux, ils pourraient bien te servir. »
J’acquiesçai, et retournai mon regard sur la route. Le C5 break se ruait sur les voitures. Il y eut alors un crissement de pneu, et le C5 parut foncer sur nous comme pour nous écraser. Je redoutais soudain que tout ceci eut été un piège, et que la voiture était là pour faire bêlier.
Je redoutai de faire face au cheval de Troie. Mais il n’en fut rien. Le C5 s’arrêta miraculeusement à quelques centimètres du 307SW. Le Maire Descordes, essoufflé, accourut alors dans notre direction.
« - Content de vous revoir, M. le Maire, lui fit Messaoui solennellement.
- Oubliez les politesses, Messaoui, on va devoir en foutre au cul de ces salopards ! rugit Descordes. »
A situation critique, réaction critique. Messaoui donna une arme à Descordes, qui pointa la route. Descordes était le plus en vue, au milieu de nous tous, et à découvert. Si quelqu’un se prenait une balle, Descordes serait en tête de file. Je respectai, à ce moment, cet homme pour sa capacité de leader, qui non content de prendre des décisions difficiles, faisait lui-même face au danger avec ses hommes.
Les phares des 4x4 s’approchaient, eux aussi. Ils étaient encore à 500m. Visiblement, Descordes avait réussi à les devancer.
Soudain, je vis les lumières se séparer. Et mon sang ne fit qu’un tour.
« - Qu’est-ce qu’ils font, ces fils de… commençai-je.
- Ils vont contourner le barrage en passant par le champ, affirma Descordes, tentant de rester calme. »
Il se mit alors à hurler.
« - Messieurs, levez vos armes, et visez le capot des bagnoles, allez-y ! »
Alors que je voyais deux 4x4 se suivre sur le champ, à côté de la route, je dirigeai mon fusil dans leur direction. Et pour la première fois de ma vie, je fis feu.
Je sens encore la détente vibrer sous mes doigts tellement ce souvenir a quelque chose de grisant, et de traumatisant. Le choc résonnait dans mes oreilles, et l’espace d’un instant, je me crus projeter au cœur même de la grosse caisse d’une batterie, percussions telles que mes oreilles ne pouvaient qu’en souffrir, et que mon cerveau ne pouvait qu’en être meurtri.
Les balles fusaient. Et je ne saurais jamais qui parvint à toucher les pneus du premier 4x4. Peut-être était-ce moi. Peut-être pas. Mais il se retourna alors et continua sa course en tonneau à travers champ. Le deuxième 4x4 s’arrêta au niveau du barrage.
De l’autre côté, le résultat était à peine fameux. Le premier 4x4 était en feu, menaçant d’exploser. Le quatrième commençait à manœuvrer un demi-tour.
« - Le laissez pas filer ! hurla Descordes. Levez-vous, sortez moi ces trous du cul de leur putain de caisse ! »
Nous nous levâmes, et le groupe se divisa en trois. Un certain nombre força les renégats du 4x4 en feu à descendre et à être traîné au cœur de la ville, désarmés. Un second groupe se rua en direction du 4x4 qui tentait de fuir, l’assaillant de coups de feux retentissant.
Près de cinq d’entre nous se ruèrent sur le seul 4x4 encore présent à notre gauche, à l’arrêt. Je faisais partie de ces cinq là, et au vue de la composition du groupe, je me rendis compte que j’en avais les commandes.
« - Doucement, les gars, doucement ! hurlai-je. »
A peine avais-je prononcé ces mots qu’un coup de feu retentit, et un de nos hommes fut à terre.
« - Jonathan ! hurla quelqu’un. »
Je regardai le corps à terre, et une fraction de seconde plus tard, je levai le fusil en direction du pare-brise.
C’était un geste stupide et irréfléchi, sous la colère de voir un homme abattu. Sous la colère de voir un de mes hommes abattu. Je tirai.
Le pare-brise fit alors un bruit de bris de verre, et j’entendis un cri. Je m’avançai vers la voiture, à la fois mu par une hargne incroyable et paralysé par une peur innommable. Le fusil dirigé vers la vitre ouverte, je beuglai :
« - Sortez d’ici, qui que vous soyez, ou je vous troue la tête autant de fois qu’il y a de cartouches dans ce fusil ! »
C’était un gros coup de bluff. Mon fusil était désormais désarmé. Mais pour m’appuyer, deux hommes levèrent leur fusil à mes côtés. Eux avaient certainement encore des cartouches en réserve.
Après quelques secondes d’horrible attente, Je vis un homme descendre, lever un revolver.
Il me regarda droit dans les yeux. Il leva le canon de l’arme face à moi.
Il me fixa intensément, comme un rapace fixe sa proie. Et le coup de feu retentit.
Je tombai alors à la renverse. L’homme avait visé. L’homme avait tiré. La balle m’avait atteint.
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I'J'
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Merci d'avoir répondu a mes interrogations. ))
En tout cas toute cette histoire a un je ne sais quoi de Barjavel, peut etre "La fin des temps" je ne sais pas mais ca me fait vraiment penser a du Barjavel a la maniere dont tu rediges. Felicitations encore une fois.
Pandafurtif - En lecture.
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Juste un petit post pour te dire que moi aussi je continue à te lire Irajonas ^^! Continue comme ça, j'aime bien la façon dont l'histoire évolue !
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Merci, Fallout, pandafurtif, ça m'encourage à continuer !
Voici donc les fruits de mon cours de philo :
Part 18 : Flash-Back : 01
Six mois plus tôt.
C’était au lycée. Une fête était organisée juste avant le commencement du bac, en plein air dans la cour de l’établissement. Pour une fois, le lycée n’avait pas lésiné sur les moyens : la scène était mise en place, des groupes avaient été engagés, des DJ passaient leur musique, des danseurs de hip-hop avaient même improvisé un battle dont le succès avait été retentissant. La foule était en effervescence.
J’avais les nerfs. J’avais un stress omniprésent, sans vraiment savoir d’où cela provenait. Et j’avais besoin d’éclater. Je faisais une de ces crises, si habituel chez les adolescents. J’appelle ça une CREQ : Crise de Remise En Question.
J’étais adossé à un arbre. J’avais eu l’impression que mes amis étaient partis sans se préoccuper de moi. Impression qui n’était qu’une impression, mais que j’avais, à l’époque, perçu comme une réalité. Et Marine me vit. Elle s’approcha avec un sourire.
« - Ca va ? me demanda-t-elle. »
J’esquivai son regard.
« - On se passe très bien de moi, dis-je d’un coup sec. »
Elle changea de regard.
« - De quoi tu parles ?
- Marjo se casse, on va la chercher. Tu te casses, on va te chercher. Mais si je ne suis plus là, personne ne vient !
- Ah ouais ? Attend un moment. »
Elle se recula et se mis au milieu de la cour. Elle tourna sur elle-même, les bras levés. Elle me fixa intensément.
« - Est-ce que là, quelqu’un vient me chercher ? me demanda-t-elle en hurlant pour couvrir le bruit de la sono. »
Je n’avais rien à répondre. Je me sentais battu. Il n’empêche que j’avais toujours les nerfs. Elle se rapprocha à nouveau.
« - Le problème, c’est que tu prends tout pour toi ! »
Très vite, le ton monta. Nous avions tous les deux besoin d’éclater, et c’était ce que nous faisions.
« - Dans ta tête, t’es encore un adolescent ! m’affirma-t-elle en criant.
- Je sais, Marine, je sais ! criai-je, frustré. J’ai jamais prétendu être adulte !
- Ouais, c’est déjà ça, au moins tu t’en rends compte. Et puis, de toute façon, t’es pas toi, ces derniers temps. Tu joues un rôle, ça se voit même dans ta démarche ! »
Rire nerveux de ma part.
« - Ma démarche ??? Qu’est-ce qu’elle a, ma démarche ?
- C’est le vrai Jonas, que je veux voir, me répondit-elle. Celui que tu es quand tu es tout seul dans ta bulle, dans ta chambre, que tu es comme tu es vraiment ! Le Jonas qui se tape des trips dans la cour, le Jonas avec le sourire !
- Tu sais ce que je fais quand je suis seul ? Je cherche quelqu’un à aider !
- Ouais, t’as raison ! s’emporta-t-elle. Quand tu fais ça, tu sais ce que t’es ? Un paillasson. Les gens viendront s’essuyer les pieds sur ton dos. Tu les auras aidés, et ils te laisseront crevé, et tu l’auras dans le cul profond !
- Parce que sans ça je n’ai plus de raison de vivre ! criai-je, les larmes aux yeux.
- T’as rien à prouver à personne. Tu n’as pas besoin d’être le plus fort, tu as juste à être toi. »
Marjorie choisit ce moment-là pour arriver, dans les bras d’Aurélien.
« - Pourquoi vous vous engueulez ? demanda-t-elle.-«
Marine et moi savions que ce n’était pas une engueulade. Non, elle me remettait à ma place. Elle me foutait un coup de pied au cul. Marine avait toujours eu le dessus sur moi. Du moins, presque toujours.
Dix minutes plus tard, en dehors du lycée, je parlais avec Aurélien. Marine arriva, elle me prit dans ses bras.
« - Chaque fois que tu t’écraseras, je serai là pour te relever, me promit-elle. »
J+06 13h13
J’ouvris les yeux lentement. Douloureusement. La lumière était oppressante. Infernale. L’espace de quelques secondes, je crus être en enfer, avant de me rappeler que l’enfer avait déboulé sur Terre. Avec le chaos, les meurtres, les balles de revolver, et aussi les champignons atomiques.
Je bougeai la tête, fébrile. Tout était douloureux. Rien que de bouger les doigts, plier mes phalanges, provoquait en moi une douleur incroyable qui me parcourait le bras, remontant jusqu’à mon épaule endolorie… et également rougeâtre.
Mon épaule gauche était bandée. Le tissu blanc était imprégné de sang, et mon bras était tenu en écharpe, replié sur ma poitrine, fermement attaché. Je pouvais à peine le bouger. Et quand bien même un millimètre était un exploit, la douleur était telle que je préférais m’abstenir. Je baissai alors les yeux, et j’eus la surprise de ma vie.
Marine était là. Sa tête reposait sur le lit, alors qu’elle était assise à mon côté. Je ne comprenais pas.
D’où sortait-elle ? Comment s’était-elle retrouvée là ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui…
Je bougeai nerveusement, et elle se réveilla. Elle avait une marque de coupure profonde dans l’épaule, qui commençait tout juste à cicatriser. Mais elle ne paraissait pas incommodée pour autant.
« - Désolé si j’t’ai réveillée, lui murmurai-je dans un gémissement endolori. »
Elle me sourit. Ses cheveux étaient en bataille, ses vêtements déchirés par endroit. Elle avait l’air fatigué, mais apparemment, elle n’en avait rien à faire.
« - Tu as dormi longtemps, mon p’tit poulet, me fit-elle. »
J’eus un sourire nerveux, avant de gémir de douleur dans une grimace qui devait donner à mon visage l’impression que j’étais constipé. Chouette image de moi, n’est-ce pas, face à ma meilleure amie.
Ma « sœur ».
« - Bordel de merde de douleur de mes couilles, grognai-je… comment est-ce que tu t’es…
- Comment est-ce que je me suis retrouvée ici, c’est ça ? me coupa-t-elle. »
J’acquiesçai d’un très léger signe de tête.
« - Ta réputation t’as devancé, Jonas, m’affirma-t-elle. Quand t’es passé à Ventabren, ceux qui ont survécu à l’incendie ont promis de retrouver un certain Jonas, qui a « l’air de rien mais qui est capable de tout », et qu’ils lui feraient la peau.
- Comme c’est mignon, ironisai-je… »
Elle fit une grimace.
« - Ils ont dit que cette personne vivait à Saint Martin. J’ai tout de suite fait le lien avec toi, alors j’ai quitté la ville, et je suis partie à ta recherche.
- Seule ? Sur ces routes ? m’exclamai-je.
- Je suis une grande fille, mon p’tit poulet, me répondit-elle. Et j’avais de quoi me protéger. »
Elle me montra un revolver. Bordel, mais on en trouvait partout, ces temps-ci !
« - Ils t’ont même donné un surnom. Ils t’ont appelé « Légion ». »
J’éclatai de rire. Voilà qu’on me prenait pour une sorte de tueur, ou je ne sais quoi… mais qu’est-ce que le monde était devenu ?
« - Mais comment tu t’es retrouvé à La Croisée ? »
Elle me donna une tape amicale à l’épaule encore valide.
« - C’était sur le chemin, imbécile. »
Je souris, un instant. Je me sentais rassuré de la savoir à côté de moi. Une partie des gens qui m’avaient autrefois entouré était vivant. C’était à la fois une pensée rassurante, et quelque chose de profondément inquiétant, car je savais, intérieurement, que parmi les gens que j’aimais, beaucoup seront à jamais absent. Et ma plus grande terreur ne fut pas de savoir qu’ils étaient absents… mais plutôt d’ignorer qui était encore là, et qui ne l’était plus.
Cette pensée m’horrifia, et je décidai de me concentrer sur quelque chose d’autre.
« - J’suis où, là ? demandai-je.
- Les deux toubibs de la ville ont mis en place des services médicaux, m’annonça-t-elle. Comme leurs immeubles ont été désertés, ils ont reconverti les immeubles où ils pratiquaient en une sorte d’hôpital. Après la fusillade…
- La fusillade ! m’exclamai-je soudain. »
J’essayai de me lever, mais Marine me força à rester assis.
« - Calme toi, mon p’tit poulet,me fit-elle. Tu t’es pris une balle dans l’épaule et perdu beaucoup de sang. Ils ont réussi à arrêter les renégats, et ils t’ont amené ici. C’est le Maire et un type qui s’appelle Michel Jasson qui ont transfusé leur sang dans ton corps. Ils sont tous les deux de groupe O négatif, donc ils n’ont pas eu à se poser de questions sur ton groupe sanguin.
- Tu as vu tout ça ? m’étonnai-je.
- On me l’a raconté. Quand je suis arrivé, ils m’ont tenue en joue cash. J’ai dit que je te cherchais et que je voulais juste traverser la ville. Ils m’ont alors conduit à toi, et me voilà. »
J’acquiesçai. Mais une question me pesait.
« - Est-ce qu’il y a eu des pertes pendant la fusillade ?
- Il y a eu un mort, Jonas, me fit-elle d’un air sombre. Mais… »
Elle se tut.
« - Mais quoi ? demandai-je. »
Pas de réponse.
« - Mais quoi, Marine ? répétai-je, plus fort.
- il s’appelait Robert Nott. Il est mort en essayant de te protéger, lâcha-t-elle. »
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Part 19 : Funérailles
Je fus assommé par l’annonce, mais pas autant que devait l’être Angelica Nott. L’enterrement eut lieu une demi-heure seulement après mon réveil. Marine m’aida à me lever, à m’habiller en vitesse, et à courir en direction du cimetière de la ville. Descordes y terminait une annonce, qu’il faisait au micro, devant le cimetière. Il était debout sur le coffre d’un pick-up qui lui servait d’estrade. Derrière lui se tenaient Yannis Messaoui, Henri Bernard et Angelica Nott, qui contenait ses larmes.
L’assemblée se tourna vers moi dans un silence de plomb quand j’arrivai. Je redoutais quelque chose. Comme si j’avais peur que la foule me blâme pour la mort de Robert Nott. Comme si je me sentais coupable.
Comme si j’étais coupable.
Les regards fixés sur moi, je m’avançai vers le pick-up, au travers de la foule qui ne cessait de me regarder. Je rejoins Descordes, montai difficilement sur le coffre du pick-up. Marine resta à terre, alors que je me tournai vers Descordes.
« - Vous êtes sur pied, me fit-il simplement.
- Grâce à la chance… et à Robert Nott, lui dis-je.
- Votre amie vous a expliqué ? »
J’acquiesçai. Il baissa la tête, ne prononça pas un mot. Puis il recula, laissant le micro libre. Il me fit signe de m’approcher.
« - Si vous avez un mot dire, vous êtes le bienvenu. Personne ne vous blâmera. »
J’hésitai, puis acceptai. J’avais l’impression de devoir à Robert Nott les honneurs d’un disparu de la guerre. D’un héros. Je regardai Marine, qui ne comprenait pas pourquoi je faisais face au micro. D’autant plus qu’il s’agissait d’un acte de ma part qui la surprit.
Je n’ai jamais eu confiance en moi. Je n’ai jamais été capable de m’exprimer. Encore moins devant une assemblée. Et aujourd’hui, pour Robert Nott, qui avait donné sa vie pour protéger les autres, j’offrais mes efforts, mes mots, mes émotions. Tout condenser dans la plus grande sincérité.
« - Monsieur Nott est mort pour me sauver. J’ai appris cela il y a une demi-heure à peine, quand je me suis réveillé. Cette nouvelle m’a assommé, comme un coup de marteau sur ma tête. La Vie ne devrait jamais cesser une existence pour qu’une autre continue. »
Les larmes bordaient mes yeux. Je me mordis les lèvres, et continuai, outrepassant mes émotions :
« - Pourtant, Robert Nott a eu le courage de se sacrifier pou ma vie, pour la vie d’un homme qui connaissait à peine. C’est un geste qui fait de cet homme un héros dont je m’efforcerai, jusqu’à ce qu’un dernier souffle s’échappe de mes poumons, de respecter la mémoire. Dans un monde comme ce nouveau monde, un tel geste mérite tout le respect et tout l’honneur dont un homme peut disposer. »
Applaudissements. Je demandai le silence d’un signe de main. L’assistance accepta rapidement.
« - Ce n’est pas à moi de recevoir ces applaudissements, mais à cet homme, fis-je. A cet homme qui s’est sacrifié. Je tenais juste à faire savoir l’incroyable geste de cet homme, et à ce que chacun de nous se rappelle ce dont il a été capable. »
Je me mis à applaudir. Seul.
« - A Robert Nott. »
Tonnerre d’applaudissements.
« - A Robert Nott, fit la foule solennellement. »
Je me tournai vers Angelica Nott. Je m’avançai vers elle d’un pas. Elle me regarda, les yeux humides et brillants tant les larmes demandaient à s’en évader.
« - Je suis désolée, Mme Nott. Je vous promets de veiller sur vous et votre famille, pour payer ma dette. »
Elle acquiesça. Elle se mit alors à pleurer. Je ne sais pas pourquoi, mais je pris alors cette femme dans mes bras, comme un fils réconforterait sa mère.
Part 20 : Six jours plus tard
J+12 : 10h12
Six jours étaient passés. Le calme était revenu à La Croisée. Enfin… façon de parler.
Kort n’était pas revenu. Officiellement, la ville était encore en deuil d’avoir perdu deux hommes.
Lentement mais sûrement, je me remettais de ma blessure. Marine m’aidait au Centre Auto pou les tâches que mon épaule m’empêchait d’accomplir. Car, même lorsque je décidai de débarasser mon bras de son entrave, je ne devais pas forcer sur mon épaule. Le Maire, Messaoui, Jasson et Nott s’accordèrent pour que le Centre Auto devienne le noyau principal de la réception des informations extérieures, dans la mesure où la Salle des Théories y étaient présentes. Henri Bernard proposa d’y mettre en place une antenne satellite, et un écran TV pour espérer trouver des informations internationales. Mais les satellites disponibles étaient trop petits pour espérer avoir un signal probant.
La Bombe, elle, avait été cachée Par Messaoui. Je lui demandai si elle était vraiment en sécurité, si elle ne risquait pas d’exploser. Il m’assura qu’elle était dans le dernier endroit où l’on chercherait une bombe nucléaire. Je lui fis confiance. Le camion, lui, fut parqué à l’arrière du Centre Auto. Maintenant que les armes et la Bombe étaient cachées, des volontaires vinrent aider à emporter le stock de nourriture au centre commercial de La Croisée. Cela faillit partir en live.
Les gens se doutaient que la nourriture allait se faire rare. Plusieurs tentèrent de partir avec le stock de nourriture qu’ils avaient déchargé.
« - Qu’est-ce qui nous dit qu’on aura notre part ? me demanda une femme.
- Vous l’aurez, votre part. Je m’en porte garant, affirmai-je. Si jamais vous deviez apprendre que je vous mens, vous savez où je vis. Vous n’aurez qu’à venir tirer sur ma deuxième épaule. »
J’avais dis ça d’un ton sec. La femme parut choquée, mais finit par obéir. Comme les autres. Perso, j’étais satisfait de voir que La Croisée arrivait à rester à peu près calme.
Descordes ignorait combien de temps l’électricité allait encore être accessible à La Croisée. D’après lui, les générateurs se trouvaient plutôt loin du centre d’explosion, et comme les relais ne traversaient pas Aix, il y avait à peine eu une anomalie due à l’EMP provoquée par l’explosion.
Tout simplement !
Mais combien de temps la centrale allait-elle continuer à nous fournir ? C’était la question qui nous perturbait… Michel Jasson eut alors un plan.
Il avait formé une équipe d’ouvriers qui allaient travailler, ensemble, à la construction d’un générateur de fortune. L’idée était ambitieuse, et peu fiable, mais il fallait tenter.
J’ignorais encore pourquoi, mais après un début de rapprochement, Alice refusait de me voir. Quant à Katia, elle accepta, quoique gênée, que Franck loge dans la même maison qu’elle. Au début, c’était assez particulier, car Franck et Katia sont deux personnes diamétralement opposées. Mais contre toute attente, je leur découvris une certaine complicité. Une sorte de relation père/fille assez surprenante.
Marine, elle, avait « emménagé » avec moi au Centre Auto. Un deuxième lit avait été placé dans la Salle des Théories. En découvrant les plans, elle eut une sorte de frisson.
« - J’ai tendance à me demander si je ne suis pas en plein cauchemar, me demanda-t-elle. »
Je la regardai dans les yeux.
« - J’aurais préféré, Marine. Mais c’est bel et bien la réalité. On va devoir se faire (je tapai sur la carte de la région) à ce monde là. »
Elle se contenta d’acquiescer avec un visage perplexe.
« - Tu sais ce que c’est, le pire ? me fit-elle. »
Elle s’avança vers la carte, et retira le marqueur planté sur Marseille.
« - C’est que Marseille est toujours debout, me fit-elle.
- Quoi ? m’exclamai-je.
- Tu sais, les militaires qui sont déployés dans la région. Ils ont débarqué en France par le port de Marseille.
- Ils ont traversé la ville ? »
Décidément, il y avait une logique qui m’échappait.
« - Ca, je n’en sais rien, me fit-elle. Ils ont été envoyés par les Nations Unies quand ils ont compris que des bombes avaient filtré à l’extérieur des Etats-Unis.
- Tu tiens ça d’où ? demandai-je.
- Ventabren a vu passer une faction. Là, les renégats se sont limite pisser dessus.
- Et les gens n’ont pas essayé d’alerter les militaires ? demandai-je.
- Ils sont passés avant que les renégats prennent le contrôle de la ville, mon p’tit poulet.
- Ah, fis-je simplement. »
Je traçai une flèche sur le Méditerranée, dont la pointe de la flèche touchait Marseille. En dessous, j’écrivis en rouge, en lettres capitales, ONU. Et je priai, intérieurement, pour qu’il existe encore quelque chose capable de porter le nom d’ONU.
« - Ils n’ont pas essayé de rentrer en contact avec les villes ? m’étonnai-je. Ils sont là pour nous aider, non ?
- Ca, me le demande pas, j’en sais rien, me fit-elle. »
Elle me fixa intensément.
« - Tu as changé, Jonas. Tu es devenu sûr de toi. Dans un sens, je suis fier de toi. »
Cela m’emplit comme une chaleur bienveillante.
C’est là que Descordes est venu au Centre Auto.
« - M. Aminati… Mademoiselle Elgim, fit-il respectueusement. »
Je serrai la main au Maire. Il me demanda :
« - Est-ce qu’on a de nouvelles infos ?
- Non, répondis-je simplement. Les antennes satellites ne sont pas assez puissantes, ou sont mal orientées. Dans tous les cas, on n’a capté aucune image. Quant à la radio, il n’y a que des parasites pour l’instant. On garde quand même la ligne ouverte. »
Descordes fit une grimace. Je lus sur son visage pus qu’une simple déception, ou appréhension : quelque chose se tramait.
« - Monsieur Descordes ? Quelque chose ne va pas ? me risquai-je à demander. »
Descordes parut sortir de ses pensées, et leva la tête. Le regard agité, il me répondit :
« - Rien que n’aie de raison de vous alarmer, me répondit-il. Si jamais vous captez une image, ou un signal radio, je veux être le premier averti. »
Il partir alors comme il était venu : comme une flèche. Marine et moi échangeâmes un regard. Franck et Katia arrivèrent à leur tour dans le Centre Auto.
« - Jonas ! m’appela Katia depuis la porte d’entrée. »
Je m’empressai de les rejoindre, Marine m’emboîtant le pas. Elle paraissait en panique.
« - Qu’est-ce qu’il se passe ? lui demandai-je.
- C’est Céleste… elle… »
Mes pupilles se contractèrent à leur maximum. Je sentis l’adrénaline parcourir mes veines et mes artères, alimenter chacun de mes muscles qui se contractaient de manière nerveuse, folie passagère que mon corps comprenait comme un signal d’urgence.
« - Où est-elle ? demandai-je. »
J’avais Céleste dans les bras quand Marine, Alice et Katia ouvraient les portes de l’immeuble qui servait de clinique (terme peut-être plus approprié qu’un hôpital : existait-il encore des établissements dont on pourrait dire qu’ils « appartiennent à l’état » ? Où était l’Etat ?), clinique qui avait hérité du nom de Clinique Nott.
« - Un médecin ! hurlai-je. Il me faut un médecin d’urgence ! »
Une femme vint vers moi. Une dame d’un âge avancé, en panique, qui paraissait ne pas avoir dormi depuis des jours et des jours. Elle vit le visage livide de la petite, les lèvres et les yeux gonflés. On entendait la respiration de la petite la faire souffrir, sa gorge bougeant avec douleur. Elle en pleurait. Elle tremblait de tout son corps, la peau brillante de sueur.
« - Quand je suis arrivé dans sa chambre, elle disait « ça brûle, ça brûle », lui affirma Alice, qui avait au moins autant les larmes aux yeux que sa petite sœur. »
Je savais déjà ce qu’avait la petite. Néanmoins, tentant de rester calme, je la confiais à la femme, qui, une fois Céleste entre les bras, appela un médecin.
« - Dr. DeCristo, on a une petite fille en état de choc anaphylactique, probablement dû à un Œdème de Quincke, dépéchez-vous ! hurla-t-elle dans un talkie-walkie. »
Elle se tourna vers Alice.
« - Votre nom ? lui demanda-t-elle.
- Alice Ghilard, répondit Alice. »
Deux infirmiers – ou deux personnes volontaires pour jouer le rôle d’infirmier – arrivèrent avec un brancard, et emmenèrent Céleste rejoindre un homme avec une barbe prononcée, et quelques cheveux blancs qui se couraient après sur un crâne presque chauve. Il examina la petite alors que le brancard fonçait dans un appartement.
« - Mademoiselle, demanda la femme. Je suis Mme DeCristo, je vais m’occuper de…
- Céleste, coupa Alice.
- Je vais m’occuper de Céleste avec mon mari, assura-t-elle. Elle a l’air d’avoir une forte réaction allergique, est-ce que vous êtes au courant d’une quelconque sensibilité allergologique à son sujet ? »
Ne parvenant à prononcer un mot, Alice secoua la tête intensément. Voyant l’expression inquiète de Mme DeCristo, je fis signe à Katia de rester avec Alice, et je m’écartai avec Marine, emportant Mme DeCristo avec moi.
« - Ecoutez, Alice habitait à Aix, c’est moi qui suis allé les chercher un peu avant l’explosion. Elles ont traversé des épreuves difficiles, j’aimerais leur épargner un soucis supplémentaire, alors dites-moi exactement ce qu’il va se passer, fis-je.
- Je ne sais pas si je suis habilitée à vous parler de cela, me répondit-elle.
- Si vous voulez parler de briser le secret médical, j’pense que le moment est plutôt mal choisi pour en faire une affaire d’Etat, rétorqua sèchement Marine. »
Je la regardai une fraction de seconde. Elle m’aidait à m’imposer, à forcer le rythme. Mme deCristo consentit alors à m’expliquer :
« - C’est une Clinique aménagée, ici. Nous manquons de médicaments, et malgré le stock que vous nous avez apporté de l’extérieur, Monsieur Aminati, il nous manque certains éléments pour combattre l’œdème de Quincke.
- Qu’est-ce qu’on risque sans ces éléments ? demandai-je. »
Mme DeCristo ne me donna comme réponse qu’un regard inquiet, et une moue défaitiste. Je baissai la tête, soudain abattu. Marine me secoua.
« - Ah non, toi, tu vas pas commencer ! me gueula-t-elle. »
Puis elle se tourna vers Mme DeCristo.
« - Qu’est-ce qu’on peut faire ? demanda-t-elle. On va pas rester ici à regarder la gamine mourir, merde !
- Il faudrait avoir à notre disposition des corticoïdes. Et de l’adrénaline à effets rapides, nous informa-t-elle. Mais comme l’hôpital de Beauréveil est détruit, il ne reste qu’un centre médical qui pourrait nous fournir.
- Où est ce centre médical ? demandai-je, avec une soudaine lueur d’espoir. »
Elle me répondit. Ce Centre Médical était dans la dernière ville dans laquelle je voulais me rendre. Dans le dernier endroit où j’avais besoin d’aller. Mais pour Alice, pou Céleste, il me fallait y retourner. Marine tint à y aller avec moi. J’acceptai. Nul autre qu’elle pourrait m’être aussi utile.
Car, même si Monsieur et Madame DeCristo allait faire de leur mieux pour calmer la crise, ils ne savaient pas combien de temps, sans traitement ni équipement médical approprié, la petite allait survivre.
Quelques minutes plus tard, Marine et moi étions dans le Sorento, des armes à l’arrière, et nous foncions en direction de Ventabren.
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I'J'
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Une fic toujours aussi riche en action, j'attends la suite
!
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Part 21 : Dans les yeux de la Mort
J+12 : 12h31
La route était vide. Par endroit, sur le bord, une voiture, ou un car, était retourné. Les affaires et bagages que les véhicules contenaient étaient au moins autant éparpillés que les corps défunts des passagers. Une vision d’effroi, plus glauque encore qu’un film d’horreur, car l’emprise que l’image avait sur nous, gagnait d’autant plus d’ampleur que ces images étaient réelles.
Plusieurs fois, en route, je fus tenter de m’arrêter. De chercher des survivants, parmi ces masses de corps désarticulés, parfois éventrés, dont nous sentions l’odeur de putréfaction jusque dans la voiture. Un spectacle sanguinolent qui rendait la vue d’une voiture retournée insoutenable, tant la pression d’anticiper la vue des corps se faisait ressentir. Chaque parcelle de mon corps réagissait à cette atmosphère qui empestait une odeur dégoûtante, répugnante, qui me donnait un avant goût de ce le commun des mortels aurait certainement appelé
L’Enfer.
« - Les Renégats, comme tu les appelles, ont bloqué trois routes sur cinq qui mènent à Ventabren. L’une des deux routes restantes, qui longent la sortie d’autoroute, mais c’est trop à découvert. Non seulement on nous entendra, mais en plus, ils auront une bonne minute pour nous en mettre dans la gueule, m’assura Marine. »
J’acquiesçai. Je lui montrai les armes à l‘arrière d’un signe de main négligé.
« - Tu sais te servir de ces trucs ? lui demandai-je.
- Il y a une première fois à tout, me répondit-elle du tac au tac. Prends cette route, ajouta-t-elle. »
J’obéis. La route suivait une sorte de forêt dense, dont la route ressemblait plus à un chemin de terre cabossé, qu’à une véritable route automobile.
« - Si on veut garder l’effet de surprise, on va devoir couper par la forêt.
- La voiture pourra jamais la traverser, contredis-je.
- C’est pour ça qu’on doit la cacher, me répondit-elle. »
C’est donc ce que nous fîmes. Nous cachâmes la voiture, qui, de sa couleur noir, se confondait déjà bien avec l’obscurité de la forêt. L’arbre qui la masquait était imposant, la plongeant dans son ombre, et il ne nous fallut que quelques minutes pour que de la terre et des feuillages parviennent à cacher au mieux le Sorento. Nous prîmes les armes et avançâmes vers Ventabren.
« - Tu te rappelles de cette fois où tu devais choper un document à l’administration du lycée sans te faire repérer ? me demanda-t-elle.
- Ouais. J’ai perdu les pédales et j’ai embarqué à peu près deux cents feuilles. Et pas une seule n’était la bonne.
- Et tu t’es fais choper juste devant la sortie du lycée, rajouta-t-elle. »
Je souris. L’époque où j’étais le plus maladroit des hommes qui aie posé les pieds sur Terre était une époque révolue. Aujourd’hui, je n’avais pas le droit à l’erreur.
« - Tu sais ce qu’il va se passer si on échoue, me fit-elle.
- Je le sais, répondis-je du tac au tac. Et on n’échouera pas, quitte à y mettre ma main à couper. »
Nous étions dans une ruelle du Centre. Le centre médical se trouvait de l’autre côté de la rue, qui elle, était traversée de renégats armés jusqu’au cou. Traverser la rue, pour moi, signifiait demander la mort en direct.
« - Je peux faire couverture, ils me connaissent, me fit Marine à voix basse.
- Ils me connaissent aussi. Tu m’as dit qu’ils m’appelaient « Légion », ajoutai-je.
- Ils ne te connaissent pas tous, quand même ! J’ai une idée.
- Quand tu dis ça, tu me fais peur, Marine, lui fis-je. »
Et en effet, j’avais de quoi avoir peur.
Je hurlai de douleur, me tenant l’épaule. Marine me soutenait, alors que nous traversions la route. Je fermai les yeux, levant la tête au ciel.
« - Laissez-moi passer ! hurla Marine. Laissez-moi passer, il est blessé ! »
Un gars s’approcha de nous, tentant de m’examiner, mais j’étais tellement recroquevillé qu’il ne voyait rien.
« - Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda-t-il.
- C’est Légion, dit-elle. Il est entré, il l’a blessé, il est quelque part en ville ! »
Le type resta sans bougé, paralysé par une sorte de panique.
« - Mais allez le chercher, bon sang ! Il est dangereux, vraiment dangereux ! »
Le type se bougea alors, semblant se réveiller, et tremblant, se dirigea dans la ruelle d’où nous provenions. Alors que je hurlai, Marine me conduisit dans l’établissement. Dans le hall vide, je me redressai, cessant mes hurlements, reprenant mon visage dur et froid.
« - Je suis vraiment dangereux ? lui demandai-je.
- Va savoir pourquoi, tu leur fous la trouille même quand t’es pas là, me répondit-elle. Ca ressemble à quoi, l’adrénaline et les trucs, là…
- Les corticoïdes, affirmai-je. Ca doit être des flacons, mais je ne sais pas du tout à quoi ça ressemble…
- On n’a pas le temps de se prendre la tête, mon p’tit poulet, me bouscula-t-elle. Qu’est-ce qu’on fait ?»
Je vérifiai, dans mon dos, sous mon t-shirt, que mon revolver était toujours là. Je réfléchissais à un plan.
« - Marine, est-ce que tu me fais confiance ? lui demandai-je. »
Elle hésita à me répondre. Elle avait raison d’hésiter. Parce que son plan à elle était tordu. Mais le mien était carrément barge. Taré, déjanté, bon à enfermer.
Et pourtant, ça devait marcher.
Cinq minutes après, l’aile ouest de l’établissement était en feu. Marine et moi avions repérer où se situait le stock médicamenteux, mais chercher des médicaments à base d’adrénaline à effet rapides et de corticoïde allait nous prendre du temps. Et faire croire aux Renégats que j’étais quelque part en ville concordait avec mon plan.
L’hôpital était en train d’être évacué. Dans la rue, les Renégats cherchaient un moyen d’arrêter le feu. Une partie de moi éprouvait des remords à mettre à feu un établissement hospitalier, mais les seuls à y accéder, d’après Marine, étaient les Renégats. Mes remords disparurent aussitôt.
Nous retournâmes littéralement le stock médicamenteux. Je ne comprenais rien aux étiquettes, imprimées de formules chimiques dont je n’entravais que dalle. Quelques remords néanmoins me parcoururent et je manipulais les échantillons et autres réceptacles avec soins.
« - J’ai trouvé ! me hurla Marine. »
J’accourus vers elle. Sous des noms imprononçables, je trouvai la composition d’adrénalines, et dans d’autres, de corticoïdes. Elle me regarda, alors qu’un craquement se fit entendre au dessus de nos têtes.
Nous levâmes notre regard au plafond, et j’eus une sorte de pressentiment. Je saisis les deux médicaments dans mes mains, saisit Marine par la taille, et je la forçai à plonger au sol, avec moi.
Une partie du plafond s’écroula alors, et une plaque vint tomber sur ma jambe. Je hurlai.
« - Ah, putain de merde ! »
Marine se leva, secouée, et sans perdre une seconde, se jeta sur la plaque. Tant bien que mal, elle parvint à la déplacer, non sans me provoquer un hurlement de douleur. Elle m’aida à me relever. Derrière nous, les flammes s’avançaient dangereusement, comme un raz de marée aveuglant, dont la chaleur venait jusqu’à faire souffrir mes yeux. Les craquements s’entendaient aussi bien qu’on en sentait le choc au cœur même de nos tripes, une vision digne des grandes métaphores de l’enfer. J’étais paralysé face à cela, une vieille peur remontant à la surface. Je sentais une vieille brûlure parcourir chacune de mes phalanges, ronger ma peau, m’arracher un hurlement de terreur suffoquante…
Marine me sortit de ma paralysie, Me prenant par le bras, me tirant vers elle.
« - Jo, on va s’asphixier si on reste là !
- Mais si on sort, on va se faire tirer dessus, rétorquai-je. »
Je cherchai dans ma tête, réfléchissant à toute vitesse. Non, il n’y avait rien à faire, je ne trouvais aucune solution à ce problème. Il n’y avait aucune solution. Nous étions – littéralement – pris entre deux feux. Mes pensées avaient beau se remuer, bousculer mes neurones, activer la moindre de mes capacités à analyser, comprendre, saisir, anticiper et agir, je ne voyais aucune solution, aucun miracle possible.
Nous allions mourir, et je ne sauverai pas Céleste. C’est là qu’une chose étrange s’est passée.
Le sol s’est écroulé sous nos pieds. Nous nous sommes regardées à peine le temps de réaliser ce qu’il se passait, que le carrelage s’effondrait d’un côté, transformant le sol en une petite range qui nous fit glisser au sous-sol. Il releva du miracle que nous ne nous retrouvâmes pas sous les décombres. Nous étions agenouillés, endoloris, éreintés par les évènements, tandis que le plafond, au dessus de nos tête, menaçait de s’écrouler à son tour.
« - On doit courir, Jo ! me fit-elle en criant. »
La poussière remuait de partout, saturant l’atmosphère d’un air irrespirable. Boitant sur ma jambe, la douleur me parcourant de part en part, je suivais Marine, espérant ne pas finir broyer. Plusieurs fois, je gémissais de douleur, manquant de m’écrouler. Mais la pensée de Céleste, mourante, qui attendait ces médicaments, me donnait la force de rester debout, et de continuer.
C’est une porte que je vis alors derrière une remise qui me donna mes dernières forces. Lorsque Marine ouvrit la porte, je regardai dehors, et me plaqua contre le mur.
« - Je peux pas sortir Marine ! Ils me reconnaîtront, et ils me tueront !
- Tu peux pas rester là, Jonas ! »
Les craquements commençaient à couvrir notre voix. Mais quelle idée avais eu-je là que de mettre le feu au bâtiment ? tout ça pour ces médicaments, est-ce que ça en valait la peine ?
Bon Dieu, je n’étais pas un fin stratège et la vie d’une gamine était en jeu. Bien sûr que ça en valait la peine ! Mais je ne pouvais pas sortir dans la rue. Si je sortais, j’étais mort. Si je restais, j’étais mort… il me fallait une alternative, et la seule que j’avais était devant moi, devait risquer sa vie pour sauver la mienne. Je regardai Marine, les larmes aux yeux. Elle, ne savait pas quoi faire. Est-ce que j’avais le droit de lui demander ? Est-ce que j’avais le droit de risquer sa vie pour la mienne ?
Mais qu’est-ce que je pouvais faire, QU’EST-CE QUE JE POUVAIS FAIRE ?
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